Napoléon et son fer de reliure à l’aigle impériale

Le 29 avril 2021, par Bertrand Galimard Flavigny

Napoléon disposa d’un certain nombre de fers de reliure, mais c’est celui dit aux grandes armes qui retient toutes les attentions…

J.-T. Bruguière (1765-1834), L’Oiseau et le petit chien, conte historique, en quatre chants, Paris, Le Normant, 1810, in-8°, plein maroquin rouge, grandes armes de l’Empereur, Drouot-Richelieu, 8 juillet 2020, Binoche et Giquello OVV, bibliothèque Henri Polaillon, M. de Proyart.
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Chaque date de l’éphéméride de Napoléon Ier évoque un événement capital pour la France. Le souvenir de l’année 1821, et plus précisément du 5 mai, jour de sa mort, devrait permettre de commémorer ses actions, tant lumineuses que sombres. Napoléon lisait, relisait et, surtout, retenait tout. Il était davantage bibliophage que bibliophile. On rapporte que l’Empereur jetait par la fenêtre de sa voiture les volumes dont la lecture l’agaçait. À Antoine-Alexandre Barbier (1765-1825), son bibliothécaire particulier à partir de 1807 (auteur également du fameux Dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes publié la première fois en 1806), il demandait de faire rogner au maximum ses «livres de lecture» pour économiser l’espace, et composant lui-même les bibliothèques volantes emportées dans les campagnes. Il convient de distinguer ces «livres de lecture» et ceux constituant officiellement sa bibliothèque personnelle, l’un n’empêchant pas l’autre. Ceux-là, reliés, sont frappés sur les plats, selon les périodes, par le chiffre «B» de Bonaparte, le fer de «Bonaparte Premier consul» puis à «l’aigle», et enfin aux «grandes armes». Celles-ci se lisent : «D’azur à l’aigle impériale d’or, empiétant un foudre du même, surmonté d’une couronne fermée et sommée d’un globe surmonté d’une croix recroisetée […], passant derrière l’écu, le sceptre et la main de justice […]. Le grand collier de l’ordre de la Légion d’honneur entourant l’écu. Le tout posé sur le manteau de gueules, doublé d’hermines au naturel, semé d’abeilles d’or et frangé de même, porte un galon de sarments et de grappes […].» Il convient de bien distinguer ce fer de celui de Napoléon III, qui se reconnaît grâce à une couronne plus haute et plus étroite, presque pointue, que celle de son oncle. On connaît aussi le fer de Joseph Bonaparte, l’aigle couronnée tenant la foudre dans ses serres, inscrite dans une guirlande, et non dans un écu.
Plusieurs bibliothèques pour Bonaparte
«Il est quasiment impossible d’estimer le nombre de ces volumes», affirme Anne Lamort, qui a étudié les reliures impériales à l’occasion de la dispersion en 2007 de la bibliothèque napoléonienne de Gérard Souham. «Parmi les ouvrages reliés à ses armes, outre les siens en propre, un certain nombre étaient des exemplaires de dédicace, d’autres des présents faits à ses proches, en remerciement ou de nature diplomatique. Toujours est-il qu’ils sont plus nombreux que l’on ne le pense.» Napoléon possédait plusieurs bibliothèques : à la Malmaison, aux Tuileries – celle-ci disparut en quasi-totalité lors de l’incendie du palais pendant la Commune –, à Fontainebleau, à Rambouillet et au Trianon, sans oublier Compiègne, ni la bibliothèque de campagne constituée pour la Russie.
Un Bossuet bien armé
La plupart des volumes étaient modestement reliés en veau, les reliures de luxe, en maroquin orné et aux armes, faisant figure d’exception. Ce sont évidemment ceux frappés aux grandes armes qui sont les plus prisés. La qualité des reliures et de leur ornementation permet de distinguer leur origine. On se souvient de l’exemplaire du Discours sur l’histoire universelle, depuis le commencement du monde jusqu’à l’empire de Charlemagne, de Bossuet, relié en plein maroquin rouge orné, aux grandes armes de l’Empereur, adjugé 12 100 €, à Drouot, le 19 mars 2008 par Pierre Bergé & Associés, lors de la dispersion de la bibliothèque de Dominique de Villepin. Moins rutilante est cette reliure, la dernière à être passée en vente : la Galerie du musée Napoléon (publiée à Paris, chez Filhol, artiste-graveur et éditeur, rue de l’Odéon, n° 35, de l’imprimerie de Gilles Fils, 1810, 10 volumes in-8°, reliés en maroquin vert, aux grandes armes impériales au centre des plats) a été adjugée 1 997 €, à Drouot, le 21 décembre 2020 par Aguttes. Les dos à cinq nerfs sont chacun frappés de quatre aigles impériales d’or entre les nerfs, les tranches sont dorées. Cet ouvrage comprend 720 planches gravées par Filhol (manquent la 552 et la 553, qui n’ont pas été délivrées). Le texte de l’ouvrage, évidemment «dédié à Sa Majesté l’empereur Napoléon Ier», a été d’abord rédigé par Armand-Charles Caraffe (1762-1822) pour les huit premiers tomes, les deux derniers par Joseph Lavallée (Louis-Joseph Lavallée, marquis de Boisrobert, 1747-1816) –un polygraphe qui concourut à la rédaction d’un grand nombre d’ouvrages et de journaux, auteur de pièces et d’épîtres.
L’oiseau, le chien et l'impératrice
Plus intéressant, eu égard à la qualité de la reliure et à l’inspiration du sujet, est L’Oiseau et le petit chien, conte historique, en quatre chants (Paris, Le Normant, 1810, in-8°), relié en maroquin rouge, au décor doré, à roulette de laurier bordée de doubles encadrements, et aux plats avec les grandes armes de l’Empereur frappées en leur centre. La doublure et la garde sont de moire verte, les tranches sont dorées. Ce bel exemplaire a été vendu 6 266 €, à Drouot, le 8 juillet 2020 par Binoche et Giquello, lors de la dispersion de la bibliothèque du docteur Henri Polaillon. Il a, auparavant, appartenu à l’auteur dramatique Armand Durantin (1818-1891). Les contes de L’Oiseau et le petit chien…, composés par l’abbé J.-T. Bruguière (1765-1834), sont inspirés par les deux animaux domestiques de Marie-Louise. S’agit-il du petit chien nommé Lovely et de la perruche nommée Margharitina que lui avait donnée sa sœur Léopoldine avant de partir pour le Brésil ? La question reste posée…

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