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Les Francken, une dynastie flamande à Cassel

Le 28 septembre 2021, par Anne Doridou-Heim

Ils nous invitent à un jeu de sept familles artistique où il est question de pères, de frères, de fils et de petits-fils. Avec subtilité, le musée de Cassel tend le fil pour s’y retrouver.

Les Francken, une dynastie flamande à Cassel
Frans II Francken (1581-1642), Cabinet de curiosités, 1619, huile sur bois, 56 85 cm, Anvers, Musée royal des beaux-arts.
© Musée de Flandre, Cassel

Dans l’Anvers florissante de la fin du XVIe et du XVIIe siècle, les Francken sont une nébuleuse de treize peintres qui, de génération en génération, portent les mêmes prénoms et travaillent souvent sur les mêmes thèmes». Ce préambule posé par Cécile Laffon, commissaire de l’événement, donne une petite idée de la complexité du sujet et renforce le mérite de cette remarquable exposition pionnière, labellisée d’intérêt national – une habitude pour le musée de Flandre. Dans ce jeu un peu particulier, on présente d’abord le grand-père, Nicolaes, né vers 1520 et qui a surtout le mérite d’être le fondateur d’une dynastie. Viennent ensuite les trois fils, Frans, Hieronymus et Ambrosius, premiers de leur prénom, suivis des trois garçons de l’aîné, qui pour simplifier s’appelleront Frans II, Hieronymus II et Ambrosius II. On croise leurs regards tout au long du parcours : ces messieurs aimaient à se portraiturer et brosser leurs visages au sein de leurs œuvres monumentales, comme une signature. Dans l’exposition, on reconnaît ceux bonhommes de Frans I, ceux magnétiques de Hieronymus I – venu jeune homme à Paris et qui aura une carrière de peintre de cour –, ceux encore d’Ambrosius I et, visiblement satisfaits de sa renommée, ceux du plus influent, Frans II. Tout le monde suit ? Les premiers ont été de brillants peintres d’église, de lumineux coloristes marqués par l’héritage de Frans Floris (1517-1570), leur maître. Le contexte de la post-révolution iconoclaste leur a offert des commandes prestigieuses : deux retables pour les cathédrales Notre-Dame de Paris et d’Anvers, généreusement prêtés, le montrent. La génération suivante conserve les coloris chatoyants mais se tourne vers des formats plus restreints et des thèmes davantage adaptés à une clientèle bourgeoise : c’est là que la figure tentaculaire de Frans II apparaît.
Tentaculaire doctus pictor

Son corpus est riche de sept à huit cents peintures, quand celui de ses frères en compte une trentaine à peine – matérialisé par des natures mortes et des grisailles. Il est ce que l’on appelle alors un doctus pictor, un peintre érudit, l’inventeur du thème des cabinets d’amateur – sorte de collection idéale d’objets et de tableaux savamment agencés – et selon toute vraisemblance, de celui des singeries. C’est aussi lui qui fait le succès des scènes de sorcellerie par les références savantes qu’il y glisse, jusqu’à en faire de véritables rébus. Pour les décrypter, l’amateur devait détenir les clés d’une littérature souvent censurée. Signe des temps, c’est aujourd’hui un QR code qui le guide… C’est le cas d’une œuvre de grandes dimensions, L’Éternel Dilemme de l’homme : le choix entre le vice et la vertu (musée des Beaux-Arts de Boston). Pour faire face à de nombreuses commandes, un solide atelier était nécessaire. Si Frans II travaillait en famille — en clan même — avec ses frères et ses fils, qui reprenaient ses originaux, il développait aussi des collaborations extérieures avec d’autres maîtres anversois et en particulier des paysagistes, allant chercher le meilleur de leur technique. Pour agrémenter ses compositions allégoriques d’élégants personnages, à Abraham Govaerts il demandait des forêts, à Gijsbrecht Leytens des notes hivernales, à Joos de Momper d’amples panoramas rythmés de rochers et à Jan I Bruegel, des guirlandes de fleurs… Une belle synergie au service de l’art des grandes Flandres.

«La dynastie Francken», musée départemental de Flandre,
26, Grand’Place, Cassel (59), tél. 
: 03 59 73 45 60,
Jusqu’au 2 janvier 2022.
museedeflandre.fr

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