Gazette Drouot logo print

L’Étoffe des Flamands au Mans

Publié le , par Anne Doridou-Heim

La mode n’est pas affaire futile. Conçue sous le commissariat scientifique d’Alexandra Bosc, conservatrice et spécialiste de la mode et du costume, l’exposition du musée du Mans – première escale avant Tours et Angers dans une présentation à chaque fois renouvelée – explique que le vêtement définissait la bonne société...

Pieter Claesz Soutman (vers 1580?-1657), Portrait de la famille Beresteyn : Paulus... L’Étoffe des Flamands au Mans
Pieter Claesz Soutman (vers 1580?-1657), Portrait de la famille Beresteyn : Paulus Van Beresteyn (1588-1636) et son épouse Catherina Both Van der Eern, avec leurs six enfants et deux servantes, vers 1630-1631, huile sur toile, 167 241 cm, Paris, musée du Louvre, département des Peintures.
© RMN - Grand Palais (musée du Louvre) / Christian Jean

La mode n’est pas affaire futile. Conçue sous le commissariat scientifique d’Alexandra Bosc, conservatrice et spécialiste de la mode et du costume, l’exposition du musée du Mans – première escale avant Tours et Angers dans une présentation à chaque fois renouvelée – explique que le vêtement définissait la bonne société flamande mieux que n’importe quel écrit, et comment les protestants néerlandais en usaient pour affirmer leur statut social. Une idée préconçue est tordue d’emblée : ce n’est pas l’austérité religieuse qui guidait le choix du noir, mais le fait qu’au XVIIe siècle c’était la teinte la plus chère à obtenir. S’en vêtir signifiait donc afficher son aisance financière. Sous les grands manteaux, des couleurs chatoyantes étaient d’ailleurs cachées et réservées au quotidien, mais pour la peinture destinée à la postérité, il fallait ce noir, rehaussé par le blanc éclatant de la fraise et des dentelles. Là encore, un signe de richesse : le fil de lin servant à leur fabrication est naturellement d’un beige grisé. Pour le blanchir, il fallait des heures de nettoyage et de séchage dans de grands champs pas toujours ensoleillés, et pour la confection d’une fraise bien gonflée, jusqu’à dix-sept mètres de tissu étaient requis. Le propos est étayé par des prêts du Louvre, du Rijksmuseum et de l’Amsterdam Museum notamment, mettant en regard des œuvres gravures de mode, factures, gants, patins et donc dentelles pour une compréhension parfaite. C’est ainsi toute une société qui défile : futures épouses à la veille de leurs noces, commerçants au port altier, famille joviale en goguette, paysans en chemise grossière, fripiers recyclant les vêtements des classes aisées au profit des plus modestes, dentellières à leur labeur méticuleux…

«L’Étoffe des Flamands : mode et peinture au XVIIe siècle», musée de Tessé,
2, avenue de Paderborn, Le Mans (72), tél. 
: 02 43 47 38 51.
Jusqu’au 29 janvier 2023.
www.lemans.fr
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 2 articles.
Il vous reste 1 article(s) à lire.
Je m'abonne