Le retour du mammouth laineux

Le 08 décembre 2017, par Philippe Dufour

Exposé depuis un mois à Lyon, dans la salle des ventes de l’ancienne gare des Brotteaux, ce squelette au pas assuré crée l’événement. À ce jour unique spécimen complet entre des mains privées, l’animal promet une bataille d’enchères éléphantesque.

Squelette complet de mammouth Mammuthus primigenius, Pléistocène tardif, Sibérie, Russie, h. 3,40 m env., long. 5,30 m, poids estimé 1 400 kg, défenses : 62 kg pour l.  3,32 m et 76 kg pour 3 m.
Estimation : 450 000/500 000 €

Dans un joyeux télescopage d’époques  et le temps d’une vacation consacrée à l’histoire naturelle , un mammouth laineux du Pléistocène tardif a pris ses quartiers à Lyon-Brotteaux, chez Claude Aguttes. Ou plutôt son squelette complet, monté en position de marche. Mammuthus primigenius, haut d’environ 3,40 mètres, a trouvé un écrin à sa mesure dans cet édifice transformé en salle des ventes de prestige. Les autres mensurations de l’animal préhistorique, un mâle âgé, sont également en rapport avec le lieu, telle une masse de 1400 kg pour une longueur de 5,30 m, posée sur une structure d’environ 8 m2 (soit une répartition de 175 kg au m2). Ses seules défenses, de poids et de longueur naturellement inégaux, affichent également des caractéristiques impressionnantes : 62 kg pour 3,32 m et 76 kg pour 3 m. On aime préciser qu’elles sont de couleur ambrée. «Ajoutez à ces qualités exceptionnelles un état de conservation à 80 %, et vous aurez le plus important spécimen qui soit aujourd’hui entre les mains d’un collectionneur privé», explique l’expert Éric Mickeler. On peut encore préciser que  fait non négligeable  notre mammouth est pourvu de tous ses certificats et autorisations de sortie du territoire russe. Car c’est bien de Sibérie qu’il provient, d’un site de collecte où on l’a découvert il y a une dizaine d’années, enfoui dans le permafrost. Ce sous-sol jadis gelé en permanence à - 15°C, subissant le réchauffement climatique, livre désormais squelettes, mais aussi peaux et organes de ses illustres occupants.
Mort et résurrection du géant de la toundra
Si les premiers mammouths ont apparu il y a quatre ou cinq millions d’années, le mammouth laineux, lui, semble ne remonter qu’à 400 000 ans. Couvert de fourrure, il était particulièrement adapté à la dernière période de glaciation, où il vivait dans les steppes du nord de l’Eurasie et de l’Amérique du Nord. Ce grand herbivore a cohabité avec l’espèce humaine, d’abord contemporain de l’Homme de Neandertal, au Paléolithique moyen, puis à la période supérieure de l’Homo sapiens. Tous le chassaient pour sa viande, mais aussi ses os (qui pouvaient faire office de structures d’habitation), ses poils et bien sûr son ivoire ; ils en ont aussi laissé nombre de représentations pariétales ou gravées, qui permettent de préciser sa silhouette. En raison des changements de climat, sans doute aussi de la prédation par l’homme, le mammouth disparaît de son aire de répartition continentale à la fin du Pléistocène, il y a quelque 10 000 ans, même si certains semblent avoir subsisté au troisième millénaire avant J.-C. dans l’île sibérienne de Wrangel. Depuis la redécouverte de ses fossiles, au début du XIXe siècle, le mammouth n’a cessé de faire rêver les savants et les collectionneurs. Jusqu’à la star de l’art contemporain Damien Hirst, qui n’a pas hésité à recouvrir de feuilles d’or le squelette d’un jeune mammouth pour une œuvre au titre éloquent, Gone but not Forgotten. Il en fit don à la vente organisée en mai 2014 au profit de la recherche contre le VIH par l’amfAR, à Cannes, où la bête décrochait 11 M€ .

samedi 16 décembre 2017 - 14:30 - Live
Lyon - 13 bis, place Jules-Ferry - 69006
Aguttes
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