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Le Paris gagnant de Pissarro

Publié le , par Christophe Provot

Réalisée l’année de sa mort, cette toile de Camille Pissarro est un condensé de son art, et illustre à merveille son talent de peintre de la vie tant urbaine que rurale française.

Camille Pissarro (1830-1903), Statue d’Henri IV et hôtel de la Monnaie, soleil du... Le Paris gagnant de Pissarro
Camille Pissarro (1830-1903), Statue d’Henri IV et hôtel de la Monnaie, soleil du matin, 1903, huile sur toile, 46 38 cm.
Adjugé : 845 820 

Connu comme le père de l’impressionnisme, Camille Pissarro fut également un expérimentateur de ses différents courants. Après avoir mis en pratique les idées néo-impressionnistes entre 1885 et 1890 – ce qu’il considérait comme un «impressionnisme romantique» –, il s’en détourne pour pratiquer le pointillisme, ou «impressionnisme scientifique» selon ses termes, avant de revenir à une manière plus classique dans la dernière décennie de sa vie. Se partageant entre la capitale et sa Thébaïde d’Éragny, Pissarro brosse plusieurs séries de vues parisiennes, celles de la place Dauphine achevant le parcours. C’est depuis un appartement du 28 de ladite place, où il s’est installé en juillet 1900, qu’est peinte notre toile. Elle relève donc de la troisième et dernière du genre, exécutée à l’hiver 1902-1903 – en atteste l’inscription au dos de la toile («3e série La Monnaie et l’Institut, soleil du matin») –, et s’inscrit dans la suite des quarante-cinq tableaux englobant des vues du Pont-Neuf et de la statue d’Henri IV. On y voit le plus souvent la rive droite et le Louvre, l’hôtel de la Monnaie sur l’autre rive apparaissant plus rarement. Ces vues de Paris étant toujours très recherchées, notre toile était fermement disputée jusqu’à 845 820 €. Elle provient de l’ancienne collection de Julius Elias (1865-1927), qui l’acquit directement auprès de l’artiste en 1903. Ce maître de conférences en histoire de l’art à l’université de Charlottenburg, éditeur et collectionneur mais aussi critique d’art, avait rencontré Pissarro sur la côte normande un an plus tôt, en 1902. Par sa position, il contribua à la reconnaissance des impressionnistes en Allemagne, où ces artistes étaient mal connus. Le tableau fut peint alors que Pissarro avait d’importantes difficultés financières, son marchand Durand-Ruel ne lui ayant rien acheté cette année-là. Ce dernier, qui le soutenait activement dans les années 1890, veillait à ce que ses œuvres partent au meilleur prix dans les ventes aux enchères de Drouot. Autant dire qu’il aurait été fier de celui obtenu ce samedi !

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