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Le PAD s’installe au pied du rocher

Publié le , par Anne Doridou-Heim

Plus qu’un nouveau salon, c’est l’esprit de ce label qui arrive sur la Côte d’Azur, et espère y implanter une version «croisière» du design.

Vladimir Kagan (1927-2016), fauteuil Contour, 1954, noyer d’Amérique, tissu, édition... Le PAD s’installe au pied du rocher
Vladimir Kagan (1927-2016), fauteuil Contour, 1954, noyer d’Amérique, tissu, édition Kagan-Dreyffus. Galerie Alexandre Guillemain.
© Galerie Alexandre Guillemain


Patrick Perrin réécrit les dictons : lui, c’est en avril qu’il fait ce qu’il lui plaît. Après avoir commencé le mois à Paris, pour une nouvelle édition du PAD dans le jardin des Tuileries  une manifestation ancrée dans le paysage parisien depuis vingt-trois ans déjà , il le termine à Monaco. Voilà un certain temps qu’il pensait à cette extension méditerranéenne. D’ailleurs, il ne cache pas sa joie d’ajouter une nouvelle bouture à son label «Pavillon des Arts et du Design» et que celle-ci prenne racine sous le soleil monégasque. Le fondateur du PAD garde en effet en souvenir la belle époque de la Biennale des antiquaires au Sporting d’hiver, lancée en 1975 par son père et d’autres grands antiquaires parisiens ; dans un coin de sa tête, l’envie d’y revenir grandissait sereinement. Il fallait juste attendre le bon moment et… la bonne rencontre. Elle est venue de la synergie créée avec Thomas Hug, fondateur d’Art Monte-Carlo, autour de leur partenariat depuis trois éditions à Genève (voir Rencontre, page 18). Puisque cela fonctionne dans la cité helvétique, pourquoi ne pas tenter l’aventure du mythique Rocher ? D’autant que Monaco a plus d’un atout dans son jeu !
 

Kam Tin, France, 2014, cabinet Turquoise, structure en bois recouverte de cabochons de turquoise, piétement et finitions en laiton, 161 x 67 x 50 cm.
Kam Tin, France, 2014, cabinet Turquoise, structure en bois recouverte de cabochons de turquoise, piétement et finitions en laiton, 161 67 50 cm. Maison Rapin.© Maison Rapin

L’attrait du Sud
Le calendrier des foires est devenu tel qu’il est difficile de trouver une date libre. À Monaco, la difficulté se doublait du besoin de trouver un lieu disponible. Le Grimaldi Forum dévolu à l’art étant désormais occupé chaque été par une grande exposition muséale, impossible de choisir cette saison. L’association avec Art Monte-Carlo, en place depuis 2016, offrait donc une réponse à toutes ces questions. L’idée de mêler art contemporain et design a déjà fait ses preuves sur d’autres salons. «Sur l’exigence de qualité, Thomas et moi sommes sur la même longueur d’ondes», précise Patrick Perrin. Thomas Hug renchérit : «Le lien entre les deux salons est organique et c’est ensemble que nous construisons, pas à côté l’un de l’autre». L’attractivité du Sud, avec sa grande offre culturelle, l’existence d’un noyau solide de collectionneurs, la venue d’une clientèle cosmopolite et la situation sur un arc méditerranéen allant de Marseille à Gênes, a aussi convaincu. Parmi les vingt-six exposants annoncés, plusieurs sont des habitués du label PAD prêts à tenter l’aventure monégasque. «Par curiosité», sourit Pierre Passebon, qui revient vers sa clientèle historique. Comme à Maastricht cette année, il partagera son espace avec Alexandre Biaggi, mais avec une construction renouvelée, bâtie autour d’un thème : le néoclassicisme aux XXe et XXIe siècles. Une collection de céramiques de Roger Capron, de la série «Les Grecques», animera là un grand meuble de Renzo Mongiardino, ici une table basse de Robbj Gibbins fabriquée pour la villa Encantada, et ayant ensuite appartenu à Karl Lagerfeld. Si les raisons diffèrent, tous expriment d’une même voix leur confiance dans le «système PAD», et mettent en avant cette relation privilégiée. Alexandre Guillemain explique que «le mouvement moderne en Italie fait écho à notre sélection habituelle autour du design américain des années 1950-1960». La sélection pour cette nouvelle foire sera en effet orientée vers la Méditerranée : «Il est important de contextualiser la destination». Même constat chez Philippe Rapin, qui va aménager son stand façon «bord de mer» avec du mobilier en adéquation mariant grands palmiers décoratifs en laiton doré, meubles incrustés de turquoises, miroirs en bronze doré en trompe l’œil de corail et de coquillages de Robert Goossens… Quant à Sophie Negropontes, elle explique avoir une clientèle pour les yachts, des décorateurs installés dans le Midi, mais «finalement peu de clients à Monaco». C’est donc une occasion parfaite d’aller à leur rencontre avec, pour elle aussi, une thématique croisière animée par ses créateurs fétiches, Perrin & Perrin, Hervé Langlais, Éric de Dormael, Étienne Moyat et le dernier arrivé, Benjamin Poulanges.

 

Walid Akkad, bague en or rouge sertie d’une morganite brésilienne de 20,24 ct avec inclusion de quatre petits diamants.
Walid Akkad, bague en or rouge sertie d’une morganite brésilienne de 20,24 ct avec inclusion de quatre petits diamants.Courtesy Walid Akkad

De vrais bijoux
Le PAD ne serait pas le PAD sans une petite touche de spécialités. Les arts précolombiens seront en lumière chez Mermoz, les antiques chez David Aaron et les sculpteurs animaliers en majesté chez Pierre Dumonteil. Quant à la galerie de Sèvres, c’est avec un vaisseau amiral qu’elle compte attirer l’attention. Exceptionnellement en effet, aux côtés des pièces de créateurs contemporains, elle exposera un vase de 1757, le fameux «Vaisseau à mât» dont la forme fut donnée par Duplessis et le décor par Dodin. On le sait, Monaco rime avec joyaux. D’où une forte demande des joailliers contemporains d’aller taquiner ce marché porteur, mais exigeant. Patrick Perrin reconnaît avoir refusé des demandes et choisi, dans l’optique contemporaine, de donner la priorité aux créateurs et à ceux proposant des bijoux architecturés. Ces critères définissent les neuf sélectionnés, de Walid Akkad, dont les bijoux au décor volontairement minimaliste permettent aux pierres d’exprimer leur beauté intérieure, à Valéry Demure  pour «Objet d’émotion» , en passant par les bijoux d’artistes contemporains créés spécialement en pièce unique ou en série limitée pour la galerie de l’Anglaise Elisabetta Cipriani. Quant à Lorenz Baumer, il retourne en terra cognita, puisqu’il s’était vu confier la réalisation de la tiare que la princesse Charlène portait le jour de son mariage  le bijou sera d’ailleurs présenté, trônant au centre du stand. Il l’avoue : «Je suis parti de tout en haut. J’ai envie maintenant d’explorer pour faire rayonner ma maison». Un adage qui pourrait faire ancrage.

À savoir
PAD Monaco, Art + Design - Grimaldi Forum,
10, avenue Princesse Grace, 98000 Monaco.
Du vendredi 26 au dimanche 28 avril 2019.
www.pad-fairs.com
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