Le groupe MCH dans la tourmente

Le 09 juillet 2020, par Sibylle Aoudjhane

Alors que cette année s’annonce particulièrement rude pour l’entreprise suisse en pleine restructuration, elle devient la cible d’investisseurs, bien conscients de la sous-évaluation actuelle de sa marque phare Art Basel.

© Art Basel

Les rumeurs circulaient depuis plusieurs semaines. Plus récemment, le journal germanophone Finanz und Wirtschaft affirmait qu’un énième actionnaire, jusqu’alors tenu secret, serait lui aussi prêt à entrer au capital de l’entreprise suisse spécialiste de l’organisation d’événements commerciaux MCH. L’intéressé ne serait autre que James Murdoch, fils du magnat des médias et propriétaire de Fox News Rupert Murdoch. MCH n’a pas encore confirmé officiellement cette information. Comme beaucoup d’autres, James Murdoch serait surtout intéressé par la marque Art Basel, dont la valeur marchande est estimée à 500 MCHF (470,5 M€) alors que sa maison mère n’est, elle, valorisée qu’à 100 MCHF
(94 M€). À travers cette opération, l’homme d’affaires chercherait à détenir une quote-part montant jusqu’à 30 
%.
Des négociations approuvées par la ville de Bâle
Comme le souligne le groupe, «le Grand Conseil du canton de Bâle-Ville a approuvé les propositions du Conseil d’État et de la commission d’économie et des redevances (WAK) concernant une augmentation de capital de MCH Group SA : le canton de Bâle-Ville renoncera à exercer son droit de souscription et le Conseil d’État est autorisé à convertir un prêt de 30 MCHF (28 M€) en capital social». L’entreprise explique également que cette renonciation «permettrait à un nouvel investisseur de prendre une participation minoritaire significative, même si tous les actionnaires autres que les collectivités de droit public exerçaient leur droit de souscription.» Le Conseil d’État du canton de Bâle-Ville a tout de même déclaré qu’il ne consentira à la transaction «que si le nouvel investisseur conclut un accord formel avec MCH Group SA, au terme duquel les foires, salons et congrès rentables continueront à se tenir à Bâle et à Zurich pendant une période raisonnable et prolongée». Le groupe, de son côté, ajoute qu’il «fait en sorte que les pouvoirs publics continuent de détenir plus de 33,3 % des parts, leur permettant ainsi d’empêcher toute modification des statuts» (la participation du canton de Bâle-Ville dans MCH est actuellement de 33,5 %). Pour la Ville, le conseil d’administration devra nécessairement être réduit suite à l’augmentation de capital : «Trois sièges sont aujourd’hui prévus pour le nouvel investisseur, trois sièges pour les pouvoirs publics et, selon la taille finale du conseil, un à trois sièges pour des membres supplémentaires.»

MCH a dû faire face au retrait de plusieurs poids lourds lors de Baselworld ainsi qu’aux  annulations d’Art Basel Hong Kong et de son pendant européen.

Plusieurs investisseurs sur les rangs
Alors que les négociations sont toujours en cours, plusieurs autres actionnaires ou investisseurs lorgnent sur la bête malade. Adrian Cheng Chi-kong, milliardaire chinois, qui détient déjà 3 % du capital du groupe, aurait cherché à augmenter sa participation dans l’entreprise. Cela lui a été apparemment refusé alors que les montants qu’il était prêt à mettre sur la table étaient, semble-t-il, significativement supérieurs. Au moins un autre groupe d’investisseurs a déjà manifesté son intérêt pour MCH : XanaduAlpha, derrière laquelle on trouve l’entrepreneuse et investisseuse Annette Schömmel. La femme d’affaires souhaiterait entrer au capital d’Art Basel et chercherait même à prendre le contrôle du groupe, en essayant de récupérer 70 % de celui-ci, dont elle estime la valeur à 350 MCH (329 M€). Certains investisseurs actuels, et notamment les plus gros, se sentent en revanche lésés par cette augmentation de capital : ils voient leur influence se diluer, sauf à remettre au pot. Ainsi, Erhard Lee, qui contrôle plus de 10 % des actions via le fonds AMG Asset Values Switzerland, fait publiquement part de son désaccord quant aux projets du conseil d’administration et de la direction. Selon lui, cette revalorisation n’est ni nécessaire ni bénéfique et placerait la société dans une impasse.
Une année difficile
L’entreprise helvète, créée en 1916, comptait 860 collaborateurs l’année dernière. En 2019, elle a réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 523 MCHF (491,7 M€), dont 57 % pour la seule Suisse. Mais le groupe a vécu une année particulièrement difficile, ayant dû faire face au retrait de plusieurs poids lourds lors de la foire d’horlogerie Baselworld.
À cela s’ajoutent l’annulation d’Art Basel Hong Kong et de son pendant européen pour cause de crise sanitaire. «Au cours des derniers mois, nous avons suivi de près l’évolution de la situation liée au Covid-19 et avons travaillé intensivement à une éventuelle tenue d’Art Basel et de Design Miami Basel en septembre. Malheureusement, les conditions actuelles ont rendu cela impossible, étant donné le temps considérable nécessaire pour planifier et préparer un événement de cette taille. Nos équipes se concentrent maintenant sur la réalisation d’Art Basel à Miami Beach et de Design Miami en décembre 2020 », confie Bernd Stadlwieser, président-directeur général du groupe MCH. La tenue de l’édition floridienne de la plus grande foire d’art contemporain ressemble néanmoins de plus en plus à un mirage au vu de l’évolution de la situation sanitaire aux États-Unis. Alors que les entreprises d’événementiel sont en grande difficulté, elles deviennent la cible d’investisseurs à la recherche de belles marques et de bonnes affaires. Qui empochera le gros lot Art Basel 
?

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