La tapisserie et ses maîtres

Le 02 juillet 2020, par Caroline Legrand

Plus de cinquante tableaux de laine et de soie, du XVe au XVIIIe siècle, seront prochainement en lice au château de Lasserre. Leur provenance ? La collection de Michel Tchaloyan.

Fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle, Bruxelles, Flandres. L’Extrême-Onction, tapisserie en soie et laine d’après un carton de Nicolas Poussin (1594-1665), 335 325 cm.
Estimation : 50 000/60 000 

De qualité muséale, ces cinquante-quatre tapisseries composent un ensemble rare aujourd’hui. D’autant qu’il provient d’un homme bien connu du milieu, le collectionneur Michel Tchaloyan. Ce dernier avait confié la vente d’une pièce à Stanislas Machoïr, au château de Lasserre il y a seize ans, finalement achetée à près de 100 000 € par l’État français, pour le musée d’un château du Périgord. Ainsi renouvelle-t-il sa confiance au commissaire-priseur, qui dispersera également, avant les tapisseries, cent douze tapis anciens le dimanche 5 juillet. Michel Tchaloyan, aujourd’hui presque centenaire, prouve une nouvelle fois la qualité de son œil. Arménien de naissance, il a effectué ses études à Bakou, été enrôlé dans les forces de l’Armée rouge, avant de se réfugier en France à la Libération. Il se lance alors dans le négoce de tapis et tapisseries.
Verdures, scènes historiques, sujets bibliques
Toutes les grandes manufactures européennes sont ici représentées, avec des estimations allant de 1 000 à 60 000 €. On y trouve d’originales verdures flamandes, comme une tapisserie d’Audenarde aux Animaux fantastiques, de la première moitié du XVIe siècle (280 430 cm) et annoncée à 25 000/40 000 €, ou encore des sujets historiques. Retenons là, à 8 000/10 000 €, une autre création flamande de même époque, figurant Henri IV et la reine Margot (155 270 cm). Mais beaucoup de regards se tourneront vers les modèles tissés à partir de cartons de peintres célèbres, notamment vers une Scène champêtre (360 380 cm) sortie des ateliers de Guillaume Werniers à Lille au début du XVIIIe, inspirée de l’école de David Teniers : elle est estimée 30 000/50 000 €. Toutefois, c’est le maître du classicisme français Nicolas Poussin qui dominera les débats dans cette catégorie, avec deux pièces. La Traversée de la mer Rouge (283 546 cm) – tissée à la manufacture royale d’Aubusson dans la seconde moitié du XVIIe et dont on attend 40 000/60 000 € – fait partie de la tenture sur la vie de Moïse dont il a créé huit pièces entre 1633 et 1634. Quant à la seconde, il s’agit de cette Extrême-Onction bruxelloise de la fin du XVIIe ou du début du XVIIIe siècle. Conçue tel un tableau – la bordure rappelant les moulures d’un cadre –, cette tapisserie est issue de la célèbre tenture sur le thème des « Sept Sacrements» , réalisée à partir de 1644 à Rome pour son ami Fréart de Chantelou (1609-1694). C’est la seconde fois que Poussin peint une série sur ce thème, la première commande pour Cassiano dal Pozzo remontant à sa courte période parisienne, vers 1640-1642. Il consacre quatre années à ce projet, débutant par l’extrême-onction, alors que c’est le dernier épisode dans l’ordre des sacrements. Le dessin préparatoire est conservé au Louvre, les peintures faisant partie de la collection du duc de Sutherland, en prêt à la National Gallery of Scotland, à Édimbourg. Poussin lui-même se disait très fier de cette représentation des derniers sacrements d’un mourant, dans une ambiance proche de l’époque des premiers chrétiens. Avec sa composition harmonieusement équilibrée et son dessin parfaitement maîtrisé, évoquant les bas-reliefs des sarcophages romains, elle est devenue l’une des œuvres les plus célèbres du maître. Une série tant admirée demandait à être rapidement transposée en tapisserie… pour le plus grand bonheur de la manufacture de Bruxelles et des collectionneurs.

lundi 06 juillet 2020 - 14:30 - Live
Montastruc-La-Conseillère - Château de Lasserre - 31380
FEE - Stanislas Machoïr
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