facebook
Gazette Drouot logo print

La France, un modèle pour la restitution

Le 23 janvier 2019, par Vincent Noce

La France, un modèle pour la restitution
 

1 720 œuvres ont été découvertes dans les collections publiques en France, dont l’historique laisse à penser qu’elles ont pu provenir de la spoliation nazie. À un mois de la commémoration à Berlin du vingtième anniversaire de la conférence de Washington, craignant de se retrouver en position d’accusée, la France fait son coming out. Depuis lors, elle a conduit cette recherche passant au crible les acquisitions dans les collections à partir de 1933. 163 institutions ont recensé leurs fonds. Afin de dissiper tout soupçon de conflit d’intérêt, elle a été placée sous l’égide d’un comité présidé par un ancien directeur de l’Institut national d’histoire de l’art, comprenant un directeur de musée en activité et un autre à la retraite ainsi que deux juristes. Il est flanqué d’un conseil scientifique, formé de magistrats, avocats, d’un historien de l’art et d’un universitaire. Tous les objets sont décrits dans la base de données des musées nationaux, en français et en anglais. Une exposition des biens suspects s’ouvre à Orsay et au Louvre. Celui-ci, en raison de l’importance de ses collections, est le seul établissement à n’avoir pas achevé ce récolement. La Lamentation de Memling figure dans cette liste, ainsi qu’un portrait du Dauphin de la galerie de Versailles, un autoportrait d’Ary Scheffer, qui se trouve au musée de la Vie romantique, une vue de l’église de Murnau par Kandinsky, au musée d’Orsay, et une odalisque de Matisse, du Centre Pompidou. Et même un paysage, acheté en 1960 par le Mobilier national, qui se trouvait accroché à l’Élysée. Des restitutions ont déjà eu lieu. Orsay a dû rendre aux héritiers Flersheim un portrait de paysan, par l’artiste mystique Jan Toroop, La Foi en Dieu. Le comité a aussi recommandé la restitution d’un Moïse en bronze du XVIIe siècle. Cette sculpture faisait partie de la succession d’Emma Budge-Lazarus, mise aux enchères à Hambourg après sa mort en 1937. Même si cette dispersion a été ordonnée par les exécuteurs testamentaires juifs qu’elle avait désignés, le conseil scientifique a jugé que les circonstances en faisaient bien une spoliation.

En réalité, aucune œuvre des collections publiques ne figure dans la base de données sur la spoliation artistique en France.

Hélas, hélas, cher lecteur, rien de tout ceci n’est vrai. Ou plutôt, ces événements ont bien eu lieu, mais aux Pays-Bas. Il suffit de diviser le nombre d’œuvres suspectes par dix, c’est bien le moins qu’on doive à la France, et de changer le nom des musées, pour le Rijksmuseum, le Stedelijk ou le Boijmans van Beuningen. Et l’Élysée par le Palais royal. Les Pays-Bas, pourtant, sont loin d’être exemplaires. Il y a dix-sept ans le président de la fondation Boijmans accueillait la revendication de la famille Flersheim par des insultes, en traitant de «maître-chanteur» son représentant, dont les grands-parents, dénoncés par de braves Hollandais, étaient morts en déportation. Aucune œuvre des collections publiques ne figure dans la base de données sur la spoliation en France, qui ne comporte pas de version anglaise. Bien qu’il s’agisse d’une des recommandations de Washington adoptées par notre pays, la France n’a jamais formé d’instance de personnalités indépendantes sur la question. Le gouvernement commence tout juste à réaménager ce système. Mais, comme l’a révélé la Gazette, l’État refuse toujours de rendre trois Derain aux descendants de René Gimpel, au motif que celui-ci aurait pu les avoir vendus quand il s’était réfugié en zone italienne. Aucun texte n’a jamais été publié ordonnant aux musées d’opérer cette vérification. Aucun grand établissement n’en a pris l’initiative. Si bien que le nombre d’œuvres suspectes révélées par le Louvre, Orsay ou Versailles se ramène à un chiffre : zéro.

Les propos publiés dans cette page n’engagent que leur auteur.

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne