facebook
Gazette Drouot logo print

La Fiac : du virtuel au présentiel

Le 12 octobre 2021, par Annick Colonna-Césari

Après un passage en version digitale, la FIAC fait son retour physique et investit un nouvel espace sur le Champ-de-Mars. Les marchands se montrent optimistes, sans oublier les enjeux cruciaux de cette rentrée.

La Fiac : du virtuel au présentiel
Rokni Haerizadeh, Ramin Haerizadeh et Hesam Rahmanian (Iran), 7 January 2015, 10 rue Nicolas Appert, 2019-2021, acrylique, huile, collage, toile et papier peint sur bâche, 195 242 cm. Galerie In Situ.
@ Courtesy des artistes et galerie in situ-Fabienne Leclerc-Grand Paris

C’est « le » rendez-vous de la rentrée parisienne, celui durant lequel collectionneurs et amateurs se retrouvent, ne serait-ce que pour s’imprégner des tendances. Un rituel que la pandémie a suspendu, obligeant la manifestation à se réinventer en mode virtuel, baptisé « FIAC Online Viewing Rooms ». Mais pour sa 47e édition, la Foire internationale d’art contemporain regagne le monde réel, au moment où elle quitte le Grand Palais, en travaux jusqu’aux jeux Olympiques de 2024, pour en investir un autre – éphémère celui-là –, construit sur le Champ-de Mars. Dans le déménagement, elle perd un quart de sa superficie et nombre d’exposants, passant de 190 en 2019 à quelque 160 aujourd’hui. Parmi les marchands, souffle néanmoins un vent d’optimisme. Et cela pour deux raisons : d’abord, même si le virus rôde toujours, la situation sanitaire paraît sous contrôle ; ensuite, le bilan financier des premières foires physiques de septembre, Art Paris et Art Basel, a rassuré les esprits. « Les amateurs d’art n’ont rien perdu de leur appétit d’achats, car ils n’appartiennent pas aux milieux touchés par la crise », résume Magda Danysz, membre du Comité professionnel des galeries d’art (CPGA). Bref, pour un peu, on croirait à une rentrée normale n'était-ce l’absence des collectionneurs américains et asiatiques. Le principe de la FIAC reste, lui, inchangé. La manifestation se compose d’un secteur principal dans lequel cohabitent art moderne et art contemporain, deux autres étant dédiés aux jeunes galeries et aux spécialistes de design, auxquels se sont joints cette année des éditeurs de multiples. Le cosmopolitisme de ses exposants a d’autre part été préservé. Ils sont à 60 % étrangers, originaires de vingt-cinq  pays, essentiellement européens, certains venant également de New York, São Paulo, Séoul ou Tokyo. Quant à la programmation « Hors les murs », véritable vitrine à ciel ouvert, elle a pareillement été renouvelée. Preuve supplémentaire du regain de confiance : les foires « off », à l’exception du salon Galeristes, se sont maintenues : Asia Now, Paris Internationale et Art Élysées, renommée «Moderne Art Fair» (voir page 20).
La confiance revient…
En tout cas, les stands du Grand Palais Éphémère se sont écoulés sans difficultés, tant le retour de la FIAC était attendu, malgré le maintien de ses tarifs, contrairement à Art Basel — laquelle, en prévision de la baisse de fréquentation internationale, avait accordé une réduction de 10 % par mètre carré. Toutefois, modère Franck Prazan, « ce n’est pas la prise en charge partielle du coût d’un stand qui influe sur le choix d’un événement. L’essentiel est la croyance que vous avez dans son potentiel de réussite». À en juger par la densité d’enseignes prestigieuses rassemblées à Paris, beaucoup ont partagé son sentiment, de Perrotin à Obadia et Templon, de Ropac à Zwirner et White Cube, certaines ayant déjà participé en cette rentrée à deux foires, voire à trois si l’on inclut Frieze — qui se tient jusqu’au 17 octobre à Londres, soit quelques jours avant la FIAC. De fait, la manifestation parisienne a étoffé son concept. Bien sûr, tous ses exposants bénéficient d’un accès aux « FIAC Online Viewing Rooms ». Mais la plateforme numérique, dotée de nouvelles fonctionnalités, réserve aussi dorénavant un espace aux marchands non présents physiquement. Aux participants du Champ-de-Mars se sont donc ajoutées une cinquantaine de galeries exposant exclusivement en ligne, parmi lesquelles Magda Danysz. Déçue d’avoir été recalée faute de place, elle se réjouit en revanche que l’œuvre de l’un de ses protégés, le Palestinien Abdul Rahman Katamani, soit sélectionnée pour le parcours « Hors les murs », rejoignant une vingtaine de sculptures déployées dans le jardin des Tuileries. Enfin, comme à l’habitude, cette section se prolonge sur la très chic place Vendôme. Depuis 2012, celle-ci accueille à chaque édition une création contemporaine. Pour la première fois se dressera une sculpture, signée d’une figure majeure de l’art moderne : l’Américain Alexander Calder, décédé en 1976. L’œuvre en acier rouge, haute de six mètres pour dix-sept mètres de large, intitulée Flying Dragon, constituera un point d’orgue de l’édition 2011, d’autant que présentée par l’intermédiaire du méga-galeriste californien Larry Gagosian, elle marquera aussi l’ouverture de sa troisième antenne parisienne située à proximité, sous les arcades de la rue de Castiglione, confirmant par la même occasion l’attraction que suscite en ce moment la capitale française.
…mais l’inquiétude persiste
Les marchands n’en gardent pas moins les yeux rivés sur la FIAC. « Ces derniers temps, analyse encore Franck Prazan, nos galeries se sont retrouvées dans la situation de locomotives à vapeur, qui, bien que n’étant plus nourries par du charbon, continuaient d’avancer sur leurs rails». Grâce aux aides de l’État, aux économies réalisées et aux contacts personnalisés développés à distance, elles ont résisté à la tempête. Maintenant, il faut remettre « beaucoup de combustible afin de redémarrer », rembourser les prêts contractés pendant la crise, trouver de nouveaux artistes, recommencer à investir dans l’achat ou la production d’œuvres… Beaucoup s’interrogent également sur leur participation aux foires. «Jusqu’au confinement, poursuit Franck Prazan, je participais à neuf par an. Je n’en conserverai que cinq ou six, pour me concentrer sur l’essentiel.» La FIAC appartient heureusement, et plus que jamais sans doute, à la catégorie des rendez-vous internationaux incontournables. Pour le moment, chacun mise sur son succès.

à voir
Foire internationale d’art contemporain
Grand Palais Éphémère, Paris VII
e.
Du jeudi 21 au dimanche 24 octobre
www.fiac.com

Gazette Drouot
Gazette Drouot
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne