La Crucifixion d’un maître méconnu

Le 18 janvier 2018, par Philippe Dufour

Obéissant aux codes de la fin du XVe siècle, l’épilogue de la passion gagne en sérénité sous le pinceau de Bartolomeo di Giovanni. Analyse d’une œuvre retrouvée du peintre florentin, bientôt proposée à Clermont-Ferrand.

Bartolomeo di Giovanni (vers 1475-1501), Crucifixion entre saint Jean, Marie-Madeleine, la Vierge, saint François et saint Jérôme, Florence vers 1499, panneau de bois tendre renforcé, 57 x 48 cm.
Estimation : 30 000/40 000 €

Sur un fond de paysage lumineux et épuré se déroule le dernier acte de la vie terrestre de Jésus de Nazareth : la Crucifixion, point d’orgue de la Passion. Au pied de la croix, se répartissent les acteurs du drame sacré, ceux décrits par les Évangiles : la Vierge, saint Jean l’évangéliste et Marie-Madeleine, qu’encadrent deux personnages non contemporains du supplice, saint François d’Assise à gauche et, en pendant, saint Jérôme. L’ensemble, incluant des personnages appartenant à différents récits et époques, pointe sans hésitation une seule origine et datation : la ville de Florence à l’extrême fin du XVe siècle. Petit panneau de dévotion apparaissant comme une version réduite des grandes fresques, qui, de Santa Maria Novella à Santa Croce, couvrent les murs des églises de la cité, l’œuvre laisse deviner l’identité de son auteur après une analyse plus poussée des visages de ses protagonistes. Leur expression affligée ainsi que l’absence de toute emphase trahissent une main particulière : celle du peintre Bartolomeo di Giovanni. Pour preuve, on les retrouve à l’identique sur la scène du Massacre des Innocents que ce peintre réalisa à l’arrière-plan de la grande prédelle de l’Adoration des Mages conçue à partir de 1485 par Domenico Ghirlandaio pour l’hôpital florentin des Innocents.
Sous l’influence croisée de Ghirlandaio et du Pérugin
Né à Florence vers 1475, Bartolomeo di Giovanni étudie donc la peinture sous la férule de Ghirlandaio, dont il sera l’un des collaborateurs. Oublié après sa mort, survenue vers 1501, il disparaît des histoires officielles de la peinture italienne… jusqu’au jour où l’historien de l’art Bernard Berenson (1865-1959) émet l’hypothèse de son existence, en étudiant les sept scènes de la fameuse prédelle des Saints Innocents, et les attribue à celui qu’il baptisera Alunno di Domenico («élève de Domenico»). Un éclair de génie qui est confirmé quelques années plus tard par la découverte du contrat passé, le 30 juillet 1488, entre di Giovanni et le prieur des Innocents pour ce travail. Depuis, on a établi que l’artiste aurait aussi œuvré, vers 1487, sous la direction de Sandro Botticelli, à des panneaux de coffres de mariage. Et qu’il vécut également quelques années à Rome, où il collabora entre 1495 et 1498 avec le Pinturicchio pour les fresques des appartements des Borgia au Vatican… De retour à Florence, il exécute une Trinité qui décore la lunette surplombant une Vierge à l’Enfant modelée par Benedetto da Maiano, aujourd’hui conservée au Victoria and Albert Museum ; le Christ en croix qu’on y voit présente une grande similitude avec celui de notre peinture. Dernière influence, et non la moindre : celle du Pérugin, qui se rend célèbre vers 1495 par sa Crucifixion en trois panneaux pour la salle capitulaire du couvent florentin de Santa Maria Maddalena dei Pazzi. Sa composition extrêmement dépouillée et équilibrée, typique des réalisations ombriennes du maître né près de Pérouse, trouvera aussi un écho dans ce Calvaire de Bartolomeo di Giovanni, à l’harmonieuse retenue.

 

samedi 27 janvier 2018 - 14:30
Clermont-Ferrand - 19, rue des Salins - 63000
Vassy-Jalenques
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