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La collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton

Le 19 octobre 2021, par Carole Blumenfeld

La collection Morozov à la Fondation Louis Vuitton
Paul Cézanne (1839-1906), Nature morte à la draperie, 1892-1894, huile sur toile, 55 74 cm, collection Ivan Morozov, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.

L’exposition phare de la saison se veut aussi spectaculaire que celle des œuvres de Sergueï Chtchoukine, en 2016-2017. C’est une occasion unique de voir réunies les collections de Mickhaïl Morozov – offerte par sa veuve en 1910 à la galerie d’État Tretiakov – et de son frère Ivan – nationalisée en 1918 –, qui n’ont jamais formé un tout et sont aujourd’hui dispersées. La Ronde des prisonniers de Van Gogh, les dix-sept Cézanne, Les Deux Saltimbanques de Picasso, le formidable ensemble décoratif de Bonnard, le triptyque marocain de Matisse, les Gauguin… Si les chefs-d’œuvre méritent à eux seuls le déplacement, tout n’est pas du même acabit. Certains artistes souffrent de la comparaison avec les plus grands, et même le décor du salon de musique commandé par Ivan Morozov à Maurice Denis – magistralement reconstitué – donne une idée mitigée du peintre, peut-être parce que situé au terme du parcours sinueux de Frank Gehry. L’exposition Chtchoukine en tirait autrement parti, en transmettant d’ailleurs une meilleure idée de l’âme du collectionneur. Contrairement à ce que suggère la fondation Louis Vuitton, il ne s’agit pas d’une première – le musée d’Essen ayant déjà présenté en 1993 «Russian Collectors Morozov and Shchukin», en opérant certes une sélection – ni de toute «la» collection Morozov. Pour être au plus près de la réalité, il aurait fallu emprunter au Metropolitan Museum de New York le Portrait de Madame Cézanne dans la serre et au musée de Yale Le Café de nuit de Van Gogh – vendus par l’État russe et que les héritiers des collectionneurs ont tenté de récupérer pour être finalement déboutés par la Cour suprême américaine –, ou encore exposer les quelque quatre cents œuvres russes d’Ivan Morozov. Les vingt-trois présentées, majoritairement des portraits de la famille, sont ici accompagnées de dix-huit tableaux n’ayant pas appartenu aux deux frères et qui ont été arbitrairement choisis pour montrer l’influence des artistes français sur ceux de Russie. Ce parti pris, qui n’est pas souligné dans la muséographie, est d’autant plus gênant que si la collection de Sergueï Chtchoukine était ouverte au public le dimanche, ce n’était pas le cas de celle d’Ivan Morozov, et les peintres locaux n’y avaient donc pas accès.
 

Fondation Louis Vuitton,
8, avenue du Mahatma-Gandhi, Paris 
XVI
e,
tél. 
: 01 40 69 96 00,
Jusqu’au 22 février 2022.
www.fondationlouisvuitton.fr

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