La Calatrava, montre mythique

Le 30 juin 2017, par Framboise Roucaute

C’est la montre d’initié par excellence. Un sans-faute. Numéro une du vestiaire masculin, la Calatrava de Patek Philippe traverse le temps avec cette tranquille certitude que lui confère l’indéniable statut de mythe horloger.

Montre Calatrava Pilot Travel Time lancée en 2015. © Patek Philippe

Au top des ventes aux enchères, cette valeur sûre ultraclassique a largement contribué au rayonnement de la marque. Douée, elle en assure la promotion constante, jusqu’à sa toute dernière  et très remarquée  apparition au poignet de Ryan Gosling dans Drive, film culte qui achève de la consacrer comme la montre du gentleman driver. D’où tient-elle son nom ? D’un ordre espagnol fondé en 1158, moitié monastique, moitié militaire ! Tout un symbole dont la croix figure quatre fleurs de lys stylisées qui vont devenir, à terme, le blason de la maison Patek Philippe. Un choix corporatiste qui s’inscrit dans la tradition cantonale suisse où chacun pavoise, blason à l’appui.
Une parenté horlogère exemplaire
Car ce qui vaut à la Calatrava sa réputation, c’est aussi son pedigree horloger authentiquement genevois. Ce sérieux calviniste qui garantit la bonne marche d’une montre et dont Patek Philippe est l’un des bénéficiaires incontestés. Une légitimité d’autant plus étonnante que ni Patek, horloger d’origine tchèque, ni Philippe, ingénieur français, ne sont issus du sérail helvète. En 1845, le premier s’associe au second et la société devient en 1851 Patek, Philippe & Cie. Recordmen des brevets, ces deux-là vont cumuler les trouvailles parmi les plus révolutionnaires de l’horlogerie en moins de vingt ans. Depuis la géniale montre sans clé (1845), animée du premier remontoir de l’histoire, à l’invention du mécanisme de quantième perpétuel (1889), du double chronographe (1902) et du calibre extra-plat (1904). Une rampe de lancement phénoménale, qui justifie l’installation de la manufacture au très luxueux bâtiment du 168, rue du Rhône. La mutation est d’autant plus accélérée qu’Antoine de Patek investit en un temps éclair toutes les expositions universelles de la planète. Vingt-deux grandes villes au compteur de cet infatigable ambassadeur, entre janvier 1858 et août de la même année. Chili, Hongrie, Russie, Italie, Paris, Londres, le succès est immédiat, les premiers prix et les médailles d’or s’enchaînent et les monarques se disputent les mérites de l’horloger à coup de «fournisseur officiel». Du roi de Siam à la reine Victoria, de la grande duchesse Catherine de Russie au duc de Régla (Mexique), l’heure est partout la même : de charmantes et précieuses montres à gousset aux fonctions déjà multiples. On est loin de l’épure de la fameuse montre-bracelet Calatrava dont la crise de 1929 préfigure l’urgente nécessité. Ce sont les frères Jean et Charles Henri Stern, propriétaires d’une fabrique de cadrans haut de gamme à Genève, qui vont s’en charger en leur qualité de nouveaux propriétaires de la marque, dès 1932. Trop chères, les montres d’exception ne se vendent plus. Les acheteurs préfèrent l’épargne. Très fortement influencés par l’école du Bauhaus, les frères Stern projettent la marque dans le XXe siècle en adoptant la devise triangulaire de ce mouvement artistique d’avant-garde : simplifier, épurer, standardiser. Il était temps !

"La forme d’un objet est dictée par sa fonction"

Une exigence de simplicité
Ce manifeste élémentaire, Patek Philippe le respecte à la lettre. Puisque le mouvement horloger est circulaire, le boîtier doit lui emboîter le pas : il sera donc rond. Puisque la fonction consiste à lire l’heure, celle-ci devra être claire, ultravisible ! À la casse les chiffres romains qui brouillent les esprits, idem pour tout ornement superflu, le cadran d’or jaune de la montre Calatrava est cent pour cent pur. Lunette large et plate, boîtier épais, attaches galbées qui s’intègrent parfaitement à la carrure, l’engin répond en tout point à l’exigence de simplicité proclamée. Même combat côté mouvement, un basique à remontage manuel bien moins coûteux à produire. Difficile de faire plus sobre ! Déjà, la notion de design se fait sentir, mesurable à l’extrême graphisme des index minimalistes, comme les aiguilles bâton : deux traits d’épure sur fond blanc à peine perturbés par la petite aiguille des secondes à 6 h. Lancée en 1934, la première Calatrava à seconde centrale porte le matricule 96SC. Elle détonne, bouleverse les codes ambiants ; neutre et simple, à l’image d’une modernité qu’elle précède. Une montre dont la signature fait autorité, gage d’un SAV qu’elle ose garantir ad vitam. Produite en série, la Calatrava n’a aucun mal à conquérir le nouvel idéal masculin, mélange de chic classique à l’anglaise et de nonchalance à l’italienne. Une élite qui fait le grand écart entre le tycoon américain Jack Welch, patron de Général Electric, et le charismatique homme d’affaires italien Giovanni Agnelli, connu pour la porter directement sur sa chemise.

 

Jean Adrien Philippe invente un ressort-moteur dit «ressort libre» (brevet français no 58 941). © Patek Philippe
Jean Adrien Philippe invente un ressort-moteur dit «ressort libre» (brevet français no 58 941).
© Patek Philippe

Une montre de style pour connaisseurs très avertis
Leur style valide les qualités passe-partout de la montre qu’ils sont une poignée de connaisseurs à identifier et qui se reconnaissent entre eux. C’est ainsi que naissent les mythes : dans la confidentialité. Costume, smoking, elle s’adapte à tous les looks, se montre discrète, imperméable au temps qui passe. En près de quatre-vingts ans, elle change à peine, tout juste si elle fait l’objet de quelques concessions au progrès. Version étanche à 30 m avec la Calatrava 5196, animée du mouvement calibre 215 PS de 10 lignes à remontage manuel, version répétition minute ou officier avec son fond vissé qui laisse voir le mouvement manufacture. En termes d’esthétique, là encore, rien ne bouge si ce n’est la très raffinée version «Clous de Paris», créée en 1985, qui va booster les ventes de ce standard de l’horlogerie. L’intelligence de Patek Philippe consiste à limiter la production, 50 000 maximum par an, là où Rolex intensifie les cadences avec 850 000 montres par an. Une stratégie qui explique le prix des Calatrava en ventes publiques, deux à trois fois supérieures à ses rivales. Bref, sa cote est au beau fixe, évoluant autour de 5 000 € pour les versions simples, à beaucoup plus dans les versions à complications, comme un quantième vendu 50 000 € et un chronographe 35 000 € à l’Hôtel Drouot.
Valeur patrimoniale… l’atout maître de la Calatrava
Incontestable classique, cette montre inoxydable participe de la notion patrimoniale dont Patek Philippe va faire un slogan percutant : «Jamais vous ne posséderez complètement une Patek Philippe. Vous en serez juste le gardien pour les générations futures.» Créé il y a vingt ans, ce quasi motto de la marque vise juste en ce qui concerne la Calatrava, fille de famille un peu BCBG que l’on se transmet de père en fils et que les années ne dévaluent pas. Placement ? Mieux ! Icône et montre la plus vendue de la marque qui estampille ses créations d’un sceau perso, la crème des labels de qualité. Autre atout de la Calatrava : garantie toute sa vie, quelle que soit sa date de fabrication. Une performance dans le milieu horloger qui explique l’incroyable développement de la manufacture Patek Philippe à Plan-les-Ouates, vaisseau de 50 000 mètres carrés et véritable couveuse à brevets. C’est de là que s’est envolée en 2015 la toute dernière Calatrava Pilot Travel Time, une montre déjà collector, dotée d’un second fuseau horaire avec fonction GMT. Plus casual que la Calatrava originelle, elle élargit le spectre de ce classique certifié qui ne commet, décidément, aucune faute de goût !

La Calatrava «Clou de Paris» créée en 1985. © Patek Philippe
La Calatrava «Clou de Paris» créée en 1985.
© Patek Philippe

LA MONTRE
CALATRAVA

EN 5 DATES 


1839
Fondation de Patek, Czapek & Co
1932
Naissance de la Calatrava, au moment de l’acquisition de la marque
par Jean et Charles Henri Stern
1934
Lancement de la première Calatrava
à seconde centrale qui porte le matricule 96SC
1985
Lancement de la Calatrava
«Clous de Paris»
2015
Lancement de la Calatrava
«Pilot Travel Time»
 
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