L’intendant rebelle au mécénat en Burgondie

Le 21 février 2019, par Vincent Noce
 

C’est le maire de Tichey, François Variot, qui a attiré l’attention de la Fondation pour la sauvegarde de l’art français, présidée par Olivier de Rohan-Chabot, sur cette situation ubuesque. Son village a montré de longue date son attachement pour une église paroissiale dont la flèche a été refaite il y a une vingtaine d’années. Dans cette ancienne enclave en Jura du duché de Bourgogne, elle a gardé son chœur du XVe siècle en brique. Sa nef a été élargie au XVIIIe et elle a conservé le mobilier d’époque  d’un autel en marbre aux lambris, en passant par trois retables et les grilles. «Dans une petite commune rurale, l’église est un bâtiment symbolique auquel les habitants sont attachés, même s’ils ne le fréquentent qu’occasionnellement, car il fait l’identité du village et reste le seul bâtiment commun quand tous les services ont disparu», expose le maire, pour motiver «un programme de restauration complet» qu’il a lancé pour restructurer le bâti et restaurer un mobilier «très sensiblement dégradé». Le devis approche les 700 000 €. L’église a été inscrite sur la campagne de collecte ouverte à l’occasion des Journées du patrimoine. Elle a pu récolter à ce jour un peu plus de 10 000 € sous l’égide de la Fondation du patrimoine, auxquels celle-ci a ajouté 2 500 €. Avec les autres subsides, l’édile prévoyait d’engager une première tranche des travaux cette année. Quelle ne fut pas sa surprise d’apprendre, par le préfet Bernard Schmeltz, que le montant de cette collecte serait porté «en déduction de la dépense éligible» pour la dotation de l’État. Cette subvention, qui peut atteindre 20 à 30 % de la réfection de «bâtiments présentant un caractère architectural ou historique certain», est indispensable à une commune qui vient à peine de dépasser les 250 habitants.

Cette initiative cible spécifiquement le petit patrimoine rural en Bourgogne, Franche-Comté et Côte-d’Or.

Autrement dit, si elle a trouvé un mécénat permettant de financer 20 % d’une facture de restauration, le préfet se permet d’amputer la dotation d’un cinquième, une initiative qui vise spécifiquement le petit patrimoine rural, non protégé. Pour Jean-Jacques Aillagon, cette décision «contredit totalement l’esprit du mécénat» dont il avait porté la loi en 2003, qui «se conçoit évidemment comme complémentaire de l’aide de l’État et non pas s’y substituant». «Elle est décourageante pour ceux qui se mobilisent pour le patrimoine local et profondément injuste, car elle prévoit qu’une commune qui s’engage avec passion et énergie pour solliciter ses concitoyens sera moins aidée que celle qui ne fait rien», déplore Dominique Jouffroy, architecte du patrimoine en Bourgogne, pour lequel cette nouvelle «est ressentie très négativement» dans les petites communes. Elle introduit, ajoute-t-il, de «l’incertitude et de la confusion» dans les plans de financement, tout en contrecarrant la politique de la Région, qui, elle, «bonifie au contraire les projets qui recherchent le mécénat». C’est la solidarité entre l’État et la société qui est ici mise en cause. Ce préfet est le seul en France à se livrer à cette interprétation, qui pourrait lui valoir d’être attaqué pour excès de pouvoir. Apparemment, ses services opèrent une confusion entre l’apport du mécénat et la part d’autofinancement due par la collectivité. La Fondation du patrimoine, organisme privé, confirme pourtant que les aides délivrées grâce au mécénat ou sur ses fonds propres constituent des financements privés, qui ne devraient pas entrer dans le calcul des plafonds des subventions publiques. On ne sait si l’on doit se désoler de ce vaudeville local ou céder à l’admiration devant la créativité de l’administration pour reculer devant ses responsabilités envers le patrimoine.

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