L’acte d’abdication de Louis-Philippe : la fin de la royauté en France

Le 07 octobre 2021, par Philippe Dufour

Au cœur d’un ensemble de documents rares provenant de l’homme politique Anthony Thouret - farouche adversaire de la Monarchie de Juillet - se détache l’acte d’abdication du roi Louis-Philippe qui clôture l’histoire de la royauté en France.

Louis-Philippe (1773-1850), roi des Français, acte d’abdication à la couronne, pièce manuscrite autographe signée, 1 page in-folio (30,5 20,20 cm), [Paris], 24 février 1848.
Estimation : 7 000/9 000 

La feuille est traversée d’une écriture ample et nerveuse, auréolée de quelques taches, ce qui est peu étonnant quand on découvre dans quel contexte d’urgence la lettre fut produite… Car il s’agit d’un acte d’abdication, celle du dernier roi des Français, Louis-Philippe, rédigé à la hâte le 24 février 1848 alors que le peuple de Paris se masse devant sa résidence des Tuileries. La foule est venue demander des comptes au souverain après la fusillade de la veille sur le boulevard des Capucines, où 52 manifestants ont trouvé la mort, au terme d’une semaine d’agitation et de barricades. Louis-Philippe, bien qu’entouré de certains membres de sa famille et de quelques officiers, est complètement isolé, la troupe ayant déserté les abords du palais. Il prend alors la décision d’abdiquer, contre l’avis de son épouse Marie-Amélie, qui l’implore de ne pas «consommer une telle lâcheté». À son bureau, le monarque trace ces quelques lignes : «J’abdique cette couronne que la voix nationale m’avait appellée [sic] à porter, en faveur de mon petits-fils le comte de Paris […].» Dans quelques instants, habillé en costume de ville, il traversera le jardin des Tuileries pour s’engouffrer avec ses proches, place de la Concorde, dans trois voitures qui les mèneront à Saint-Cloud, avant l’exil en Angleterre. Deux jours plus tard, la IIe République est proclamée par Alphonse de Lamartine, ne tenant aucun compte de la dernière volonté du roi déchu…
De Lagrange à Thouret, un acte convoité
De son côté, l’acte d’abdication va connaître un parcours tout aussi mouvementé. En réalité, on compte trois exemplaires originaux, que Louis-Philippe a rédigés simultanément à l’attention de différentes autorités, nationales et municipales. Le premier a fini par échoir à un pasteur, Martin Paschoud, qui le légua en 1872 aux Archives nationales (où il se trouve toujours, enfermé dans l’armoire de fer). Le deuxième, qui est passé dans les mains du vicomte Alcide de Beauchesne sous le second Empire, a été adjugé 11 875 € par la maison Coutau-Bégarie & Associés OVV le 3 mars 2015. Quant au troisième, il s’agit de notre acte : son histoire, riche en rebondissements, est connue grâce à une lettre d’Alfred Maury –nommé directeur des Archives nationales en 1868 –, jointe ici à la missive royale. Cette dernière «fut confiée […] au général de Lamoricière, qui sortit des Tuileries l’ayant à la main, avec l’intention de la porter à l’Hôtel de Ville […]. L’un de ceux qui étaient à la tête de l’émeute, Charles Lagrange, s’élança à la tête du cheval du général, arracha l’acte d’abdication de ses mains.» Mais Anthony Thouret (1807-1871), le célèbre opposant républicain, est aussi présent et récupère rapidement le précieux document. Dans les jours suivants, Lagrange écrit deux lettres à Thouret (complétant également le lot) pour réclamer sa prise. En vain : l’homme politique resta sourd aux injonctions et conserva l’acte d’abdication, demeuré ensuite dans sa famille. Ce sont les membres de celle-ci qui le mettent en vente aujourd’hui, avec un ensemble de souvenirs de leur ancêtre, grâce auquel ces lignes émouvantes ont survécu.

samedi 16 octobre 2021 - 13:30
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Jack-Philippe Ruellan
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