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Journalisme et sciences ne font pas bon ménage

Publié le , par Vincent Noce

Mesdames, Messieurs les scientifiques, «n’écoutez pas les journalistes, écoutez-nous !» Ce cri du cœur lancé par Michèle Gendreau-Massaloux au symposium mondial des sciences du patrimoine, à la mi-février, résume bien un état d’esprit : celui d’une communauté réticente, quoi qu’elle en dise, à se confronter aux enjeux ingrats...

  Journalisme et sciences ne font pas bon ménage
 

Mesdames, Messieurs les scientifiques, «n’écoutez pas les journalistes, écoutez-nous !» Ce cri du cœur lancé par Michèle Gendreau-Massaloux au symposium mondial des sciences du patrimoine, à la mi-février, résume bien un état d’esprit : celui d’une communauté réticente, quoi qu’elle en dise, à se confronter aux enjeux ingrats de nos sociétés. Il prend d’autant plus de relief que cette universitaire, qui ne porte pas les gens de presse dans son cœur, était l’une des organisatrices de la manifestation. On ne sait trop quels seraient les mauvais conseils qu’elle redoute de leur part, eux qui ont déjà tant de mal à retransmettre les propos des autres. Ils auraient pourtant été utiles pour signaler les travers habituels à ce genre de cénacle, où se succèdent des interventions passionnantes, mais chacune émise dans sa petite bulle, sans chevauchement ni même échange avec le voisin. Dans cette Académie que Colbert avait présentée au roi il y a trois siècles et demi, toutes les communications se font en anglais, parfois si mal prononcé qu’on n’y comprend goutte (les Italiens sont très forts pour cela). Et, comme de coutume, la dernière séance est occupée par les envolées lyriques et la langue de bois des institutionnels, qui n’ont rien à dire. Faut-il voir dans cette méfiance envers la presse la raison pour laquelle la médiatisation de cette rencontre a bénéficié d’un tel désintérêt ? Pratiquement aucun journaliste n’y a manifesté sa présence. Les agences attendraient en vain un communiqué final. Manifestement, la communication n’est pas encore reconnue comme une discipline à part entière au sein de cette vénérable enceinte.

En 2009 déjà, la revue Nature s’inquiétait de ce mépris jeté sur la presse, se demandant si le journalisme scientifique n’était pas «sur le point de pousser son chant du cygne».

Les chercheurs ne manquent pas de raisons de se méfier des médias, qui prennent un malin plaisir à maltraiter leurs précieuses découvertes, quand ils ne les entraînent pas vers les marais pestilentiels de la polémique, sur lesquels ils se plaisent à régner. Les approximations de langage constituent bien le moindre des péchés d’une profession qui peine à maîtriser l’étendue des sujets auxquels elle est confrontée. Il suffisait de voir Audrey Pulvar lors des tables rondes ouvertes au public… Le choix de vedettes de télévision pour animer cette journée est du reste significatif de la conception que se fait l’Académie d’une ouverture sur l’extérieur. En vérité, la mésentente naît dès lors que le malheureux écrivaillon tente d’insuffler un peu de vie dans le fastidieux rapport d’un laboratoire. Avec l’accélération des progrès technologiques et l’hyperspécialisation, l’exercice d’un esprit critique sur des sujets éminemment techniques lui devient de plus en plus difficile En 2009 déjà, Nature s’inquiétait de ce mépris jeté sur la presse, en se demandant si le journalisme scientifique n’était pas «sur le point de pousser son chant du cygne». Celui-ci mériterait davantage de respect puisque, comme le soulignait la revue, «il repose sur le même fondement que la science» : toute démonstration doit s’appuyer sur des preuves, celles-ci doivent être accessibles à tous et tout est matière à discussion. Et, aussi affaibli qu’il puisse être aujourd’hui, il conserve une utilité… Le paradoxe veut que les participants aient adopté une déclaration  en anglais, bien sûr  pressant les pouvoirs publics d’investir dans leurs recherches, dans la formation et dans la dissémination du savoir. On peut donc supposer que, s’étant débarrassés des importuns journalistes, ils attendent des ministres et des commissaires européens une lecture attentive de leurs centaines de communications scientifiques pour se convaincre du bien-fondé de cette requête.

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