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Jochen Lempert

Publié le , par Virginie Huet

Les accrochages sommaires de Jochen Lempert ont un air de dorica castra, cette suite qui n’a de logique que la répétition d’un même son, de la fin d’une unité au commencement d’une autre. Sa mélodie en sourdine résonnait il y a deux ans au Crédac, à Ivry, et voilà quelques jours encore au Jeu de Paume, le temps du festival...

Jochen Lempert (né en 1958), Automimikry, 2018, épreuve gélatino-argentique, 28 x 23 cm... Jochen Lempert
Jochen Lempert (né en 1958), Automimikry, 2018, épreuve gélatino-argentique, 28 23 cm environ.
Courtesy BQ, Berlin and ProjecteSD, Barcelona.
© Adagp Paris, 2022 Photo © BQ, Berlin

Les accrochages sommaires de Jochen Lempert ont un air de dorica castra, cette suite qui n’a de logique que la répétition d’un même son, de la fin d’une unité au commencement d’une autre. Sa mélodie en sourdine résonnait il y a deux ans au Crédac, à Ivry, et voilà quelques jours encore au Jeu de Paume, le temps du festival Fata Morgana. À 64 ans, le natif de Moers (Allemagne), venu à la photographie en 1989 après avoir étudié la reproduction des libellules au Libéria et fondé le collectif de cinéma expérimental « Schmelzdahin » (Dissous-toi), est passé maître dans l’art de la mise en espace : au mur, en vitrine – plan horizontal fétiche –, il groupe ou isole ses images tendres sans cadre ni couleur selon les formes qu’elles dessinent, les idées qu’elles donnent. En somme, par associations libres : près d’un hibou solitaire, essaim, acarien, chat et traînée de condensation font bande à part. Ailleurs, une tortue d’eau refait surface sous les yeux interdits d’une mouche posée au bord d’une feuille. Trois décennies passées à scruter les règnes du vivant au 50 mm, objectif normal, défilent ainsi en autant de chapitres – Physionomies/Morphologies, Bioluminescence et Perception. D’un bout à l’autre, son histoire naturelle, ouverte sur deux diptyques anciens – la nuque d’un faon dédoublée, un bras tatoué d’une chauve-souris à gauche d’un dipneuste, poisson préhistorique respirant à pleins poumons – fait l’éloge du peu. Car Lempert a le sens du détail, et ses motifs d’élection ne sont pas ceux qui, d’ordinaire, retiennent l’attention. Son œuvre humble guette les apparitions fugitives – une épaule nue pleine de taches de rousseurs, la grille impeccable d’une toile d’araignée, un nuage de pollen –, attiré par les étoiles et autres phénomènes que ses effets spéciaux – jeux d’échelle, de cadrage, de flou – imitent. Tirés par ses soins sur des papiers bizarres qui en accusent le grain, ses fragments du réel frisent, bien plus que l’abstraction, le microclimat.

Centre Pompidou, place Georges-Pompidou, Paris IVe, tél. : 01 44 78 12 33,
Jusqu’au 4 septembre 2022.

www.centrepompidou.fr
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