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Gustave Le Gray à la manœuvre avec l’armée de Napoléon III

Publié le , par Caroline Legrand

L’Empereur Napoléon III vit dans la photographie une précieuse arme de propagande. Et son soldat en la matière se nommait Gustave Le Gray.

Gustave Le Gray (1820-1884), Souvenirs du camp de Châlons, 1857, album de photographies... Gustave Le Gray à la manœuvre avec l’armée de Napoléon III
Gustave Le Gray (1820-1884), Souvenirs du camp de Châlons, 1857, album de photographies offert par l’Empereur Napoléon III au général Camou, trente-quatre épreuves albuminées d’époque d’après des négatifs au collodion humide, toutes les épreuves portant un cachet du photographe, reliure par Binant à Paris en maroquin vert aux armes impériales, album : 54,3 67,6 cm, épreuves de formats divers.
Estimation : 30 000/50 000 

Louis-Napoléon Bonaparte fut le premier chef d’État français, en 1852, à faire réaliser son portrait officiel avec une nouvelle technique, la photographie. Celui qui vient de revêtir le costume d’empereur a compris tout le potentiel de ce nouveau médium dans le cadre de sa propagande politique et militaire. Cinq ans après, il s’adresse à nouveau au photographe Gustave Le Gray pour un projet de tout autre envergure : le camp militaire de Châlons, situé sur 10 000 hectares dans la campagne champenoise, non loin de Châlons-sur-Marne (aujourd’hui Châlons-en-Champagne). Inauguré le 30 août 1857, celui-ci sert de base d’entraînement pour l’armée française, dont les lacunes ont été constatées lors de la guerre de Crimée quelques années plus tôt. Son existence perdurera jusqu’en 1870, avec chaque année une visite impériale et de grandes parades… Dans la lignée des albums des grands travaux, des trésors patrimoniaux de la France ou des voyages officiels, Napoléon III commande à Gustave Le Gray l’ensemble de photos mettant en scène les forces du pays. Le photographe fut logé durant deux mois dans le camp, en septembre et octobre 1857, en compagnie du peintre Bénédict Masson. Il réalisa un véritable reportage, comprenant des portraits, des scènes pittoresques de la vie des militaires, des vues du camp et des manœuvres des troupes : un ouvrage qui aurait nécessité des années s’il avait été réalisé en gravure, mais qui ne demanda alors que quelques semaines de travail à Le Gray. Vingt-cinq exemplaires en furent commandés, autant que le nombre de généraux ayant participé aux cérémonies et manœuvres, dont les portraits sont bien sûr présents dans ces albums. L’empereur les offrit en personne à chacun d’entre eux. Le dédicataire de celui-ci ? Le général Camou (1792-1868). Son nom est présent sur le premier plat, en lettres d’or. Celui qui a débuté sa carrière dans les armées napoléoniennes en 1808 s’est distingué comme commandant d’une division de l’armée d’Orient au début des années 1850, puis à la tête de la 2e division d’infanterie de la Garde impériale. Le souvenir photographique a été conservé par son aide de camp, puis est resté dans la descendance. L’on sait que chaque album est différent. Peut-être furent-ils constitués selon les desiderata de leurs futurs propriétaires ? Certains sont de grand format, d’autres plus petits, qui ne présentent pas de portraits mais seulement des vues. Le nombre de clichés varie, pouvant aller jusqu’à une soixantaine. Mais tous ont une base commune d’au moins vingt-sept photographies. Le nôtre présente trente-quatre épreuves albuminées d’époque d’après des négatifs au collodion humide, une technique développée par Le Gray dès 1850. Celle-ci permet de produire des images plus précises que les autres procédés, avec de beaux dégradés de gris et dans un temps de pose plus court, mais aussi d’obtenir plusieurs tirages à partir d’une même plaque de verre. Six portraits sont ici inclus, dont celui de l’empereur, de Camou ou du général Decaen, accompagnés de vingt et une scènes de vie dans le camp, avec notamment la présence remarquée des zouaves. Si Gustave Le Gray s’est inspiré des lithographies d’Auguste Raffet (1804-1860) consacrées au camp russe de Vossnessensk en 1837, il renouvelle totalement le genre de l’iconographie militaire avec ces vues aux horizons ininterrompus, et surtout des scènes de manœuvres d’une grande beauté picturale, dans lesquelles les soldats, émergeant d’un brouillard artistique, sont envisagés comme un élément immuable, une force collective.

jeudi 14 avril 2022 - 14:30 (CEST) - Live
70, rue Vendôme - 69006 Lyon
De Baecque et Associés
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