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Great expectations à l'assemblée

Publié le , par Vincent Noce

Un nouveau rapport parlementaire émet des suggestions pratiques pour relancer le marché de l’art. Contraint par l’opposition du Budget, il contraste par sa mesure avec le défi historique lancé par le Brexit.

La Loi veille à l’entrée de l’Assemblée nationale, rue de l’Université. © assemblée... Great expectations à l'assemblée
La Loi veille à l’entrée de l’Assemblée nationale, rue de l’Université.
© assemblée nationale

No hope. Ce slogan n’a pas été tagué sur les murs de l’Assemblée par un groupe néo-punk, mais émis, le 16 novembre dernier, lors de la présentation de la mission d’information sur le marché de l’art, par Michel Herbillon et Stéphane Travert. «Aux débuts de nos auditions, nous aurions pu intituler notre rapport “No hope”», a expliqué ce dernier, tant les députés ont semblé impressionnés par les entraves à ce marché. Au final, ils voudraient néanmoins démentir cet état de déréliction, en soulignant les «atouts» d’une économie prête à être relancée, si elle bénéficiait d’un peu de compréhension du gouvernement. La mission a ainsi retenu 28 propositions, qui vont de la diffusion des moyens numériques pour l’enseignement de l’art à l’école à l’encouragement à faire davantage de place dans les musées aux artistes français ainsi qu’aux collectionneurs. D’autres, comme celle des «clusters d’art contemporain», outre un goût pour le choc des formules à l’américaine, semblent encore bien vagues. Stéphane Travert a ainsi souhaité que son «rapport rompe avec la logique fataliste qui voudrait que le marché de l’art en France soit condamné à un inexorable déclin». Il faut lui faire crédit d’avoir, jusque dans des détails très techniques, recensé les difficultés auxquelles se heurtent les opérateurs. Il a rappelé que la France représente 4 % du marché mondial et 2 % du segment de l’art contemporain. Il s’attriste ainsi de la comparaison entre le record obtenu par Pierre Soulages (5,1 M€ en 2013 chez Sotheby’s Londres, ce qui est quand même mieux que le million et demi de dollars cité par le rapporteur, sans doute emporté par son mouvement) et celui décroché par Cy Twombly (70 M$, Sotheby’s New York, 2015), pour une œuvre qui, franchement et même si nos députés n’osent pas s’avancer sur ce point, n’en mérite pas tant.  «En 2016, note le rapport, seuls 13 Français figurent dans le classement des 500 premiers artistes par volume de vente, et aucun n’apparaît dans les cent premiers.» Il pointe notamment «l’absence d’identification et de lisibilité des arts plastiques et de l’art contemporain au sein du ministère de la Culture, contrairement à ce qui prévalait auparavant, depuis l’impulsion donnée par Jack Lang, et contrairement à ce qui se passe aujourd’hui pour le spectacle vivant». François de Mazières a aussi rappelé l’ampleur, jamais vue, des amputations de crédits depuis cinq ans. Le député de Versailles a également signalé le danger que recèle le prélèvement fiscal à la source pour le mécénat. Parlant au nom du groupe socialiste, Hervé Féron s’est inquiété pour sa part du statut de commissaire judiciaire qui permettra à des huissiers, «sans aucune compétence», d’inventorier et vendre des collections. Il serait bien temps ! Se révèle ainsi la cruauté de l’exercice. La mission a «vécu douloureusement», dixit Michel Herbillon, la discussion budgétaire. «Les échanges avec les représentants du Budget, cela valait le voyage !», s’est exclamé Stéphane Travert, ceux-ci ayant «systématiquement répondu non» aux propositions pourtant bien mesurées des parlementaires. La mission relève ainsi le «caractère inadapté du système de la TVA à l’importation pour les œuvres d’art», évoquant même la suggestion d’une taxe à l’exportation. Mais, au nom du réalisme, elle s’est bien gardée d’en faire une recommandation.

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