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La Gazette Drouot Art et patrimoine - Expositions

Grand Palais : Respect, Monsieur Lautrec !

Le 22 octobre 2019, par Christophe Averty

Fulgurant, féroce et amène, l’œil de Toulouse-Lautrec révèle toute son humanité dans la rétrospective du Grand Palais. Quelque deux cents œuvres d’une expressivité débarrassée des clichés.

Grand Palais : Respect, Monsieur Lautrec !
Rousse, 1889, huile sur carton, 67 x 54 cm.
© RMN-Grand Palais (musée d’œrsay)/Hervé Lewandowski

Depuis 1992, année de sa dernière grande rétrospective, Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) sommeillait dans le souvenir un peu flou du Montmartre des peintres et du Paris des bas-fonds. Il fallait raviver nos mémoires, montrer du mythique rebelle le monsieur, le titi aristo, le tendre candide comme le jouisseur espiègle et ravi, avide d’excès. Danièle Devynck, directrice du musée Toulouse-Lautrec à Albi, et Stéphane Guégan, conseiller scientifique auprès de la Présidence des musées d’Orsay et de l’Orangerie, ont atteint leur but. Tel un film muet, d’une puissante éloquence, le récit chronologique que nous proposent les deux commissaires égrène les œuvres du peintre comme autant d’instants vécus, authentiques et vibrants. Avec vigueur, son trait incisif sert, au fil des œuvres ouvrant l’exposition (tel Le Jeune Routy à Céleyran), le respect et l’empathie d’un artiste empreint d’un naturalisme assumé, puisé à ses débuts dans les ateliers de Léon Bonnat et de Fernand Cormon. Par un accrochage aéré et rythmé, nus, portraits de rousses «à la tête d’or» ou d’hommes (hélas présentés un peu à l’écart, dans un espace à part) disent la précoce maturité du peintre pour saisir, en aficionado de la photographie, un monde qui n’est pas le sien, dans lequel il se fond pour l’explorer et le traduire avec toute l’élégance de son respect et une bienveillance parfois amusée. Toulouse-Lautrec ne peint pas des prostituées mais des femmes. Il y a de l’anarchie dans sa vision du monde, qu’il distille au sein de La Revue blanche et dans son œuvre graphique. Ses affiches, qui scelleront sa renommée (il en réalisera une trentaine), figurent Yvette Guilbert d’un trait économe et sans détour ou les nuits du Moulin rouge, et s’emparent de la modernité du siècle qui s’invente. Toulouse-Lautrec en traduit la vitesse et le mouvement, les progrès grisants, et cherche des harmonies nouvelles dans des aplats de couleurs qui captent l’éclat de la lumière ou la danse des ailes d’un papillon, que Loïe Fuller interprète sur scène. Aurait-on jusqu’ici confondu expression d’un temps et chronique d’une époque ? Bien qu’il campe ses comparses Oscar Wilde et Félix Fénéon au pied de la baraque de la Goulue, l’imagerie complexe que l’artiste pense et décline dépasse la simple évocation ou sensation d’un présent (même si elles s’y invitent). Après lui, d’autres plus expressionnistes, Egon Schiele en tête, plaqueront à leur tour leur trait sur les tourments humains, les secrets de l’intime et la marche du monde. Synthèse et interrogation de son art à fleur de peau, Conquête de passage, rehaussé d’une lumineuse craie blanche, joue de coquines transparences, préservant, avec délicatesse, la pudeur d’une femme qui s’effeuille et la dignité admirative de celui qui la contemple. De même, La Roue (venue du musée d’art de Saõ Paulo) propose une virtuose perspective des coulisses, au fond du théâtre, pour mettre en lumière une danseuse abandonnée au rythme endiablé du french cancan. Lautrec nous dit, si nous voulons l’entendre, que le voyeur qui l’épie est chacun d’entre nous. Une leçon de peinture, de liberté et d’humanité.

 «Toulouse-Lautrec. Résolument moderne», galeries nationales du Grand Palais,
square Jean-Perrin, Paris VIIIe
, tél. : 01 44 13 17 17.
Jusqu’au 27 janvier 2020.
www.grandpalais.fr

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