Ghisolfi ou l’art baroque du capriccio

Le 28 mai 2020, par Philippe Dufour

Prétextant un récit tiré d’un mythe antique, l’artiste romain se livre ici à une belle variation autour du thème des ruines. Poétiques, ses œuvres ont aussi l’attrait d’être fort rares dans les salles de ventes de l’Hexagone.

Giovanni Ghisolfi (1623-1683), Thésée découvrant l’épée de son père, huile sur toile, 92 x 116 cm.
Estimation : 8 000/10 000 €

Dans la douceur d’horizons italiens s’élèvent les vestiges d’une colonnade gréco-romaine, où s’affairent des personnages vêtus à l’antique. Tous les éléments d’un genre bien particulier, qui a pour nom « caprice architectural », sont donc réunis dans ce paysage animé, pour conter un épisode légendaire peu représenté Thésée découvrant l’épée de son père. Le jeune héros, en toge bleue, apparaît au centre de la composition, recherchant avec un groupe de serviteurs l’arme précieuse dont il doit se munir avant son entrée dans la cité d’Athènes, sur laquelle règne son géniteur, le roi Égée. Celui-ci avait caché à la naissance de son fils la fameuse épée – ainsi que des sandales d’or – sous un rocher, et fait éduquer Thésée loin de lui pour le protéger. Le peintre, prenant quelque distance avec le récit original, a choisi de représenter le moment précis où deux valets viennent d’en faire la découverte en soulevant une large dalle. La scène sert surtout de prétexte à une série de variations sur le thème des ruines, qui pourraient être ici les restes d’un sanctuaire. Des tombeaux peuplent aussi l’espace sacré, dont le plus spectaculaire est ce sarcophage juché sur un pilier et orné de la représentation du défunt, assis familièrement jambes croisées… Une liberté d’invention et une fantaisie qui permettent de désigner, pour cette œuvre non signée, un artiste passé maître en la matière : Giovanni Ghisolfi.
Un genre pictural très apprécié
Né à Milan en 1623, Ghisolfi gagne la Ville Éternelle vers 1650, pour y devenir l’un des meilleurs spécialistes de la représentation de paysages architecturaux. Il est d’abord l’élève de Salvator Rosa, et pratique à la fois l’art des vedute que lui inspirent les vestiges bien réels de la cité antique, du Panthéon au Colisée, et celui des capricci, où ces mêmes éléments fantasmés et combinés servent de décor à des scènes mythologiques. L’artiste s’inscrit ainsi dans la continuité de son aîné Viviano Codazzi, l’un des initiateurs de ce genre alors naissant. C’est au siècle suivant que l’exercice du capricio connaîtra à Rome un engouement sans précédent – notamment avec le virtuose Giovanni Paolo Panini –, mais aussi dans toute la péninsule. À Naples, cité où l'exercice a été introduit par le fameux Monsu Desiderio (pseudonyme recouvrant en fait deux Lorrains, François de Nomé et Didier Barra), brillera surtout Gennaro Greco, dit « le Mascacotta » ; du côté de Venise, il faut également citer Michele Marieschi, ou encore Giambattista Tiepolo, auteur en 1749 d’un recueil très remarqué de dix estampes, intitulé Vari Capricci… Très peu d’œuvres de Ghisolfi sont visibles dans les collections publiques. Le musée des beaux-arts de Narbonne possède toutefois un spectaculaire Triomphe de Silène, et le musée Jeanne d’Aboville, à La Fère (Aisne), expose ses Prières et offrandes aux dieux dans un palais en ruine. Quant à notre toile, elle a été acquise par son actuel propriétaire lors d’une vente tenue à Drouot par Maîtres Ader, Picard et Tajan le 15 juin 1979, avec alors une attribution au même védutiste romain.

mercredi 10 juin 2020 - 09:30 - Live
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