Frédéric Mauget bienvenue chez ma tante

Le 25 janvier 2018, par Sylvain Alliod

Avec un encours de prêt de 210 M€ et un produit de ventes aux enchères de près de 12 M€, le Crédit municipal de Paris offre de multiples services à ses clients. Un lieu encore à découvrir, avec pour guide son directeur général.

Frédéric Mauget, directeur général du Crédit municipal de Paris depuis 2016.

Prêt sur gage, vente aux enchères, garde-meuble, accompagnement budgétaire et épargne solidaire, le Crédit Municipal de Paris est une officine multiservice. Comment le définiriez-vous ?
Avant tout comme une maison qui a une vocation sociale très affirmée, et cela depuis son origine. Il s’agit de la plus vieille institution financière parisienne, créée par Théophraste Renaudot, le célèbre médecin et journaliste très impliqué dans l’aide sociale, proche de Richelieu. Son idée était de réunir de riches particuliers pour mettre un capital en commun afin de pratiquer une forme de prêt bancaire, pour notamment contrecarrer les usuriers et les banquiers génois, vénitiens et lombards. Aujourd’hui, nous faisons des prêts sur gages une activité dont nous avons le monopole pour les particuliers depuis 1804  à des clients qui ont du mal à accéder au crédit bancaire. Par exemple, des seniors qui ont un patrimoine, mais un besoin de liquidité que les banques ne leur offrent qu’en échange d’un questionnaire de santé et d’une grosse assurance emprunteur. Ce n’est pas le cas chez nous, car c’est l’objet apporté qui sert de garantie. On ne demande ni leurs revenus, ni leur situation personnelle. Notre vocation sociale tient aussi au fait que le Crédit Municipal distribue chaque année à nos clients près de deux millions d’euros, car lorsque les objets passent en vente et qu’ils font un prix supérieur à l’estimation que l’on a donnée, cela génère  après remboursement de notre crédit et des intérêts  un boni que l’on verse au client.
La vente aux enchères est-elle l’issue naturelle d’un prêt sur gage ?
Absolument pas, le taux de défaut sur nos prêts est très constant, et ne se monte qu’à environ 10 %. Nos ventes ne relèvent que du domaine judiciaire. Après avoir relancé le client, si celui-ci n’a pas remboursé son prêt, nous saisissons le président du tribunal de grande instance pour pouvoir procéder à la vente des objets ayant servi de gages pour les contrats de prêt. Je signe tous les mois des demandes d’autorisation de mise en vente. En 2017, nous avons organisé quatre-vingts ventes aux enchères, pour un montant de près de 12 M€. 80 % sont alimentées de bijoux et nous organisons quatre à six ventes cataloguées par an. Les dispersions sont plutôt thématiques : mode, vins, musique, maroquinerie, montres…
Comment fonctionne concrètement un prêt sur gage ?
Nous prêtons au minimum 50 % de l’estimation donnée, mais nous pouvons prêter davantage. Par exemple pour les tableaux et les photographies, nous allons jusqu’aux deux tiers, et pour l’or et le platine, jusqu’à 80 %. Statistiquement, sur l’ensemble de notre encours de prêts, qui approche aujourd’hui les 210 M€, le rapport prêt/estimation est à 56  57 %. Pour les prêts les plus importants, comme pour une toile de maître, nous avons comme tous les établissements bancaires un comité de crédit, qui va prendre une décision collégiale. En fonction de la somme dont a besoin le client, on lui dit jusqu’où on peut aller, et nous prêtons souvent plus que ce que les gens attendent. Le prêt se fait sur un an ; au bout de ce délai, soit le client le rembourse, paie les intérêts et récupère l’objet, soit il procède à un nouveau prêt. Avec ce système, la durée peut être indéfinie, mais elle est en moyenne de deux ans et demi. Le remboursement se fait toujours en une seule fois, et on peut s’en libérer à tout moment, le calcul des intérêts étant alors au prorata temporis.
Toujours à ce propos, vos taux d’intérêts sont-ils comparables à ceux des autres organismes financiers ?
Non, ils sont beaucoup plus favorables aux clients. Nous avons mis en place un système de taux par tranches. Nos vrais concurrents sont les organismes de crédits à la consommation, et le découvert bancaire qui est une forme de prêt. Le taux moyen des crédits à la consommation, pour 2 000 € sur 24 mois, s’établit à un peu plus de 12 %, celui du découvert bancaire étant de 14 %. Le plus petit prêt que nous octroyons est de 30 €, aussi entre 30 et 300 € le taux est de 4 %, puis entre 300 et 1 000 € de 7,80 %, s’établissant entre 1 000 et 6 000 € à 8,45 %. Il s’agit du taux le plus élevé que l’on pratique. Au-delà de 6 000 €, il descend à 5,80 %.

 

Lors de l’expertise, ouverture d’une montre pour en vérifier le mécanisme.
Lors de l’expertise, ouverture d’une montre pour en vérifier le mécanisme. © Alain Goulard


Comment vous financez-vous ?
Notre financement vient de deux sources. Étant une banque, la première est fournie par notre activité de collecte d’épargne avec des produits, livrets et comptes à terme qui proposent des taux intéressants. Nous récoltons ainsi 150 M€ uniquement auprès des particuliers. C’est un choix que l’on a fait, car nous n’avons pas besoin d’épargne de sociétés, notre deuxième source de financement étant réalisée sur les marchés obligataires. En émettant des certificats de dépôt, nous nous refinançons avec des taux d’intérêt négatifs. Établissement public, le Crédit Municipal a une meilleure notation que beaucoup de grandes banques, car la Ville de Paris se porte garante.
Avez-vous affaire à des collectionneurs ?
Ils représentent même 20 % des clients à qui nous prêtons de l’argent ! Ce sont des personnes qui font tourner leur collection. Elles déposent des objets de grande valeur pour disposer de liquidités afin de financer un achat, sans avoir à se dessaisir forcément d’une œuvre. Le prêt sur gage est souple et rapide et convient donc parfaitement à un besoin d’achat impulsif.
Ils peuvent aussi utiliser votre service de conservation…
Nous avons en effet développé des activités de conservation et de garde d’objets d’art depuis trente ans. Nous bénéficions d’une situation privilégiée au cœur de Paris, et sur les 25 000 m2 dont nous disposons, 5 000 à 6 000 sont consacrés à cette activité, avec un potentiel d’extension de 2 000 à 3 000 m2 supplémentaires, car la demande est forte et nous avons des listes d’attente, notamment pour les coffres-forts, car les banques en offrent de moins en moins. Les espaces sont bien sûr sécurisés, tous en hauteur pour éviter les risques d’inondation, à l’exception de La Cave de ma tante, un service de gardiennage de vins et spiritueux créé en 2014, qui se trouve en sous-sol. Toutes activités confondues, nous conservons plus de 1,3 millions d’objets. Nous offrons deux types de contrat. Le premier concerne une ou des œuvres déclarées, le second, dit «de coffre-fort», consistant à louer un espace  nous avons des alvéoles de 6 à 30 m2  sans savoir ce qu’il y aura dedans, mais dans ce cas s’applique une limitation de responsabilité à 10 000 €. Nos clients peuvent être autonomes et se charger du transport, mais nous avons aussi un service de transport et de manutention, qui permet par exemple une activité de garde estivale clé en main, des grandes familles mettant en sécurité leurs biens les plus précieux durant leur absence.
Concernant la responsabilité, quelle est celle du Crédit Municipal vis-à-vis des estimations qu’il donne ?
L’établissement n’est pas responsable de l’évaluation, faite par l’un des trois commissaires-priseurs avec qui nous sommes en marché public, avec un contrat d’une durée de trois ans. Ils interviennent au moment de l’estimation pour le prêt sur gage et au moment de la vente, en expertisant à nouveau l’objet. Ils peuvent faire appel aux experts, au nombre d’une vingtaine, qui sont également en marché public. Ce sont les commissaires-priseurs et les experts qui fixent l’estimation. C’est une garantie pour nos clients, car nous nous engageons sur une somme déterminée par un tiers.
Avez-vous des projets en cours ?
Nous travaillons sur la digitalisation de l’activité, que ce soit pour la conservation des objets d’art, les prêts sur gage ou le financement. Déjà, les dépôts à terme peuvent être souscrits en ligne. L’idée est d’avoir une approche globale de notre clientèle et de favoriser la transversalité.

 

La cour Framboisier de Beaunay, ouvrant d’un côté sur la salle de prêt sur gage, de l’autre sur la salle des ventes.
La cour Framboisier de Beaunay, ouvrant d’un côté sur la salle de prêt sur gage, de l’autre sur la salle des ventes.


 

Le Crédit municipal de Paris
en 8 dates
1637 Théophraste Renaudot fonde le Mont-de-Piété de Paris
1644 Un arrêt met fin à l’institution
1777 Louis XVI la rétablit, sous l’impulsion de Jean-Charles-Pierre Lenoir
1804 Napoléon Bonaparte lui accorde le monopole de l’activité de prêt sur gage
1918 Le Mont-de-Piété devient Crédit Municipal de Paris
1984 La loi bancaire du 24 janvier le reconnaît comme banque à part entière
1992 La Ville de Paris en devient l’unique actionnaire
2016 Frédéric Mauget est nommé directeur général

À savoir
Crédit Municipal de Paris 55, rue des Francs-Bourgeois, 75004 Paris Tél : 01 44 61 64 00. www.creditmunicipal.fr

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