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Fine Arts Paris, le salon qui réveille les beaux-arts

Publié le , par Dimitri Joannides

Pour sa 3e édition, l’événement ne se limite plus aux seuls arts graphiques et à la sculpture qui avaient jusque-là fait sa signature, et s’ouvre à de nouvelles spécialités.

Georges Lallemant (1575-1636), La Rixe, huile sur toile 92 x 120,5 cm (détail). Fine Arts Paris, le salon qui réveille les beaux-arts
Georges Lallemant (1575-1636), La Rixe, huile sur toile 92 120,5 cm (détail).
© F. Baulme Fine Arts

Petit Salon deviendra grand ! Créé en 2017, par les organisateurs du Salon du dessin, Fine Arts Paris affiche cette année encore ouvertement son ambition : devenir «le» salon de référence où les musées font leur marché. Pour l’édition 2019, la jeune foire dédiée aux beaux-arts de l’Antiquité à nos jours accueille quarante-six exposants, dont une dizaine de nouveaux marchands parisiens et internationaux.
 

Gustave-Frédéric Michel (1851-1924), La Forme se dégageant de la Matière, marbre, 58 x 47 x 35 cm.
Gustave-Frédéric Michel (1851-1924), La Forme se dégageant de la Matière, marbre, 58 47 35 cm. © Trebosc + Van Lelveld
Maître de François de Rohan (actif vers 1525-1546), page provenant d’un livre d’heures : Le Bain de Bathsheba, France, Paris, vers 1540-15
Maître de François de Rohan (actif vers 1525-1546), page provenant d’un livre d’heures :
Le Bain de Bathsheba, France, Paris, vers 1540-1546.
© Les Enluminures


Vers de nouveaux horizons
Pour les antiquaires et les galeristes, c’est une question de survie : il faut conquérir en permanence de nouveaux amateurs. Oui mais voilà, qu’ils soient sensibles ou non aux prescriptions des décorateurs vedettes, les nouveaux acheteurs européens, américains ou asiatiques n’appliquent plus du tout les codes d’achat de leurs aînés ! Désormais libérés du carcan des intérieurs parfaitement homogènes, les collectionneurs se laissent volontiers séduire par le mélange des genres. Fort heureusement, quelques inconditionnels du Grand Siècle, soucieux de cohérence stylistique, parcourent encore les allées des salons. Mais à la vérité, plus le temps passe et plus les professionnels du marché de l’art marchent sur des œufs, multipliant les initiatives pour attirer des acheteurs plus jeunes… sans pour autant faire fuir les clients traditionnels ! Forts de ce constat, les organisateurs de la Fine Arts Paris, qui vient fermer le ban de la saison des foires parisiennes, ont décidé de sortir des sentiers battus en conviant des représentants de nouvelles disciplines. Les férus d’art classique pourront y découvrir un exceptionnel tableau de chien de Jean-Baptiste Oudry (Didier Aaron), un surprenant Eugène Delacroix (galerie de Bayser) ou un rare plâtre d’atelier d’Auguste Rodin (l’Univers du Bronze). Les amateurs d’art moderne et contemporain retrouveront quant à eux Zao Wou-ki (galerie Bérès), Balthus (Brame & Lorenceau) ou Raoul Dufy (galerie Taménaga). L’art de la tapisserie ne sera pas en reste avec un rare projet d’Alfred Janniot (L’Horizon chimérique) et un dromadaire de la manufacture de Beauvais (galerie Chevalier). Enfin, l’archéologie complète ce rapide tour d’horizon avec un spectaculaire torse d’Aphrodite hellénistique (Cahn International) et un rare lécythe aryballistique proto-apulien (Gilgamesh). Bertrand Gautier, l’un des organisateurs de l’événement, le résume ainsi :  «Fine Arts Paris n’est pas seulement une foire, c’est un rendez-vous pluridisciplinaire où les idées circulent.» Autre coup de force du salon : avoir convaincu des marchands d’envergure qui ne participent habituellement à aucune foire de franchir le Rubicon. Parmi eux, les Parisiens Trebosc + Van Lelyveld, qui y ont vendu l’an passé une dizaine de sculptures, dont un bronze d’Antoine-Denis Chaudet ayant depuis rejoint les collections du Louvre. Nouvel exposant de l’édition 2019, la galerie Sarti, référence mondiale en matière de peinture primitive, à qui l’on ne peut que souhaiter de bénéficier des retombées du Cimabue adjugé 24,18 M€ à Senlis le 27 octobre dernier. C’est aussi une première pour deux célèbres marchands londoniens, Rafaël Valls et Charles Beddington, qui ont eux aussi choisi de n’être présents à aucune autre foire en France cette année. Tout comme Édouard Ambroselli, fidèle parmi les fidèles, qui dévoile cette année un bois sculpté de Georges Aubert et Odilon Redon et affirme tout simplement : «C’est le seul salon auquel je participe 

Alexander Munro (1825-1871), Portrait de John Everett Millais, vers 1855, terre cuite originale, diam. : 36 cm.
Alexander Munro (1825-1871), Portrait de John Everett Millais, vers 1855, terre cuite originale, diam. : 36 cm. © Galerie Chaptal

La foire anti bling-bling
En quittant le palais Brogniart pour se rapprocher du palais du Louvre, Fine Arts Paris peaufine une image chic et sobre qui la situe aux antipodes du clinquant de certaines foires d’art contemporain. Si le succès d’estime des deux premières éditions devait beaucoup à la sélection pointue opérée par les organisateurs et à la présence d’amateurs hautement éclairés, Fine Arts Paris ne cherche pourtant pas à grandir à n’importe quel prix. Bien au contraire, pour son président Louis de Bayser, tout repose sur ce fragile «équilibre entre la diversité, la qualité et l’esprit du Salon». À telle enseigne que cette foire à taille humaine, au goût sûr et affirmé, n’accueille cette année que trois exposants de plus par rapport à l’an passé, signe d’une volonté de privilégier la qualité à la quantité. De surcroît, l’intervention d’historiens d’art et de chercheurs, comme Élisabeth Lebon (comité Despiau) ou Ève Turbat (Camille Claudel) à la galerie Malaquais, contribue à crédibiliser encore plus l’événement et, partant, à rassurer collectionneurs et conservateurs. Ainsi, cette approche singulière, presque intimiste, permet-elle aux marchands de tisser des liens autrement plus solides que dans des contextes plus intimidants, comme peut l’être à certains égards la nef du Grand Palais. Quoi qu’il en soit, en continuant à réserver une majorité de ses stands à l’art ancien, Fine Arts Paris reste fidèle à son ambition première, celle de mettre en lumière le dynamisme d’un secteur souvent hâtivement qualifié de déclinant. Mais l’initiative la plus spectaculaire est sans nul doute d’être parvenu à convaincre un musée public de premier plan, la Piscine, de faire voyager une partie de ses collections jusqu’au Carrousel du Louvre. Fondé en 1835 par des manufacturiers du Nord, le musée d’Art et d’Industrie André Diligent de Roubaix  probablement l’un des plus beaux musées réhabilités d’Europe  y présente pour l’occasion des pièces emblématiques de Camille Claudel, Émile Bernard, Marc Chagall ou Jean Lurçat.

 

Torse d’Aphrodite nu, IIe-Ier  siècle av. J.-C. marbre, h. 50,5 cm.
Torse d’Aphrodite nu, IIe-Ier  siècle av. J.-C. marbre, h. 50,5 cm. © Cahn International

Partenariats
Astucieuse, la galerie Trebosc + Van Lelyveld a choisir de faire écho à cette exposition hors les murs de la Piscine en présentant sur son stand un marbre de Gustave-Frédéric Michel, dont un modèle en plâtre est justement conservé à Roubaix. Il y a encore quelques années, ce type de partenariat public-privé aurait été inconcevable. Un succès à mettre au crédit des organisateurs de Fine Arts Paris, forts de l’expérience accumulée grâce au Salon du dessin, qui fêtera bientôt ses 30 ans. Les deux foires sœurs essaiment en effet jusque dans les institutions publiques puisque la Semaine du dessin et la Semaine des beaux-arts (à laquelle est greffée Fine Arts Paris) proposent des parcours thématiques dans des lieux aussi prestigieux que les musées Picasso, Rodin ou Zadkine. Et pour n’oublier personne dans la grande famille des amateurs d’art, Fine Arts Paris donne cette année carte blanche au street artist Andrea Ravo Mattoni pour une performance in situ, durant laquelle le graffeur italo-suisse réinterprétera un tableau du peintre baroque napolitain Luca Giordano (1634-1705), à qui le Petit Palais consacre une exposition jusqu’en février 2020. Cette œuvre, pensée pour jeter un pont entre peinture classique et art contemporain, sera ensuite vendue aux enchères au profit de la restauration d’un plâtre de Paul Cornet, pour laquelle le musée cherche de généreux mécènes. Décidément, Fine Arts Paris n’a pas non plus oublié les commissaires-priseurs !

3 questions à
Céline Letessier
codirectrice de la galerie Chevalier

 
Amélie-Margot Chevalier et Céline Letessier, directrices de la galerie Chevalier, Paris.
Amélie-Margot Chevalier et Céline Letessier, directrices de la galerie Chevalier, Paris. © Galerie Chevalier


C’est votre première participation à Fine Arts Paris. Pourquoi ce choix ?
Nous misons sur la pluridisciplinarité de cet événement pour toucher de nouveaux acheteurs. Avec nos tapisseries, les amateurs de peinture ancienne reconnaissent une iconographie et seront naturellement attirés par notre stand. Mais il y a aussi tous les autres visiteurs !

Viseriez-vous les collectionneurs d’art contemporain ?
Avec ma sœur Amélie-Margot, nous développons en effet des projets autour de l’art textile contemporain, comme le prouvent les deux œuvres de Mathieu Ducournau, que vous découvrirez sur notre stand.

Comment comptez-vous vous distinguer ?
Ce type de salon draine une clientèle dont nous avons besoin. Dans notre spécialité, les murs des stands sont vite remplis. L’inconvénient, c’est que nous présentons peu d’œuvres à la fois. Mais l’avantage, c’est qu’on nous voit de loin !
à voir
Fine Arts Paris, Carrousel du Louvre,
99, rue de Rivoli, Paris Ier.
Du mercredi 13 au dimanche 17 novembre 2019.
www.finearts-paris.com
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