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Fine Arts Paris, un bouquet de spécialités

Le 28 octobre 2021, par Anne Doridou-Heim

La foire dédiée originellement aux peintures et sculptures, ouvre son horizon et devient plus généraliste en réunissant soixante-neuf galeries, dont treize étrangères. 

Fine Arts Paris, un bouquet de spécialités
Alexandre-François Desportes (1661-1742), Fruits, légumes, lièvre mort et lapin sous la garde d’un chien et Fruits, pavots, perdrix mortes et faisan dans un paysage (détail reproduit), 1722, deux huiles sur toile, 86 114 cm chacune.
Galerie Perrin.

En raison de la pandémie, l’édition 2021 de Fine Arts Paris, au lieu de se déployer dans la cour du Dôme des Invalides comme il était initialement prévu, reste au Carrousel du Louvre. Qu’importe, le bouquet de la mariée est tout aussi luxuriant. Et s’il privilégie les couleurs de la peinture ancienne et de la sculpture – les deux thèmes fondateurs de Fine Arts Paris –, il s’ouvre aussi à d’autres tonalités : arts premiers, bibliophilie, arts d’Asie, porcelaines et même joaillerie... Aux côtés des membres organisateurs, les fidèles sont de retour : Benjamin Steinitz, Françoise Chibret-Plaussu et sa fille Florence (galerie de la Présidence), Xavier Eeckhout, Michel Descours, Jacques Sargos et Clémence Dollier (L’Horizon chimérique), Arnaud Charvet ou encore Jacques Leegenhoek… mais aussi le Londonien Charles Beddington et la New-Yorkaise Marianne Rosenberg. Et treize primo-participants font leur entrée ! Parmi eux, les spécialistes de sculpture Robilant + Voena, présents à Paris, Londres, Milan et New York, ainsi que Laocoon Gallery & W. Apolloni, deux enseignes habituées des grandes manifestations internationales. Non sans humour, Monica Cardarelli, responsable de la galerie, précise : «Même si Astérix tapait sur la tête de nos ancêtres, nous aimons la France comme notre ancienne province de l’Empire la plus réussie. Bref, nous aimons Paris et chaque occasion d’y venir est une joie. Spécialement à cette occasion où l’on pourra montrer des artistes italiens plus rares, en particulier ceux de la première moitié du XXe siècle, qui méritent d’être mieux connus.» Marco Voena a aussi soigneusement réfléchi à ce qu’il allait proposer. «Paris a toujours été une ville internationale de premier plan et à présent, après le Brexit, elle est encore plus centrale dans le monde de l’art.» Et d’ajouter : «Fine Arts Paris s’adresse à une clientèle de connaisseurs, une race qui se meurt sur de nombreux marchés. Des marchands exceptionnels d’art français y exposent déjà. Nous ne cherchons pas à rivaliser avec eux, mais à proposer des chefs-d’œuvre italiens, là où nous excellons, à un public qui, nous le savons, les apprécie.» Le discours est le même du côté de Patrick Mestdagh (Bruxelles). Il a pris sa décision en visitant l’édition de 2019 car il y a «d’abord trouvé un choix d’exposants très soutenu, et cohérent, bon nombre d'entre eux ayant effectué une sélection réfléchie, différente de ce que l’on peut voir dans d’autres salons. Et je m’y suis senti immédiatement très bien ! Ce n’est pas toujours le cas, et pour mon épouse et moi, c’est important. Nous privilégions les manifestations “généraliste” internationales, qui nous permettent de rencontrer de nouveaux clients. La dimension du salon, à taille humaine, nous séduit également».
 

Sous le regard de Canova
 
Raimondo Trentanove (1792-1832), Antonio Canova, 1817, marbre, 60,5 x 23,5 x 29 cm. Galerie Robilant + Voena.
Raimondo Trentanove (1792-1832), Antonio Canova, 1817, marbre, 60,5 23,5 29 cm. Galerie Robilant + Voena.

Au chapitre de la sculpture, spécialité native de la foire, deux artistes italiens sont à retenir. Appartenant à l’école néoclassique romaine, ils sont liés au grand Antonio Canova. Antonio d’Este (1754-1837) a ainsi noué une amitié durable avec le maître alors qu’il était son condisciple dans l’atelier vénitien de Giuseppe Bernardi, dit «il Torretti». On lui doit un Buste du cardinal Fesch en marbre proposé par Laocoon Gallery & W. Apolloni. Pour leur part, Robilant + Voena exposent un marbre de Raimondo Trentanove. Celui-ci est le fils d’un gardien des moulages en plâtre de l’Académie des beaux-arts de Carrare, statut qui lui permet d’y commencer sa formation avant de gagner Rome en 1815, à la faveur d’une bourse obtenue grâce à la protection du comte Dionigi Zauli Naldi. Rapidement, ses talents de portraitiste lui apportent de nombreuses commandes, venant de riches familles romaines bien sûr, mais aussi d’au-delà des frontières, puisque l’on sait qu’il travaille pour les Bonaparte. Dès son arrivée dans la cité du Latium, il collabore avec Canova, en l’assistant notamment pour la réalisation du monument à George Washington. Installée en 1820 dans le hall du Sénat de Raleigh, en Caroline du Nord, cette œuvre est hélas détruite peu de temps après dans un incendie. Le comte Dionigi, non content de favoriser sa formation, lui commande en 1816 un buste de Canova. En 1817, s’inspirant de l’Autoportrait du maître exécuté en 1811-1812, Trentanove réalise au moins deux marbres, l’un d'entre eux étant à la galerie d’Art moderne de Milan.


Découvertes picturales
Point fort de la manifestation, la peinture recèle quelques pépites. À l’exemple d’une toile de Nicolas Bertin (reproduite page 20), l’un des artistes assurant la transition entre les règnes de Louis XIV et Louis XV, et surtout un grand promoteur de la peinture de chevalet. Il s’agit certainement d’une commande officielle datée 1720, répertoriée dans le catalogue raisonné de Thierry Lefrançois (publié en 1981), où elle figure comme une Allégorie de l’apothéose de la France. Franck Baulme en propose une nouvelle lecture : «Les deux figures fluviales laissent à penser qu’il s’agit du Rhône et de la Saône, on voit également un lion et des fruits qui pourraient être ceux de la vallée du Rhône, il s’agirait alors de L’Allégorie de l’apothéose de la ville de Lyon.» Autre redécouverte de choix, proposée par la galerie Didier Aaron cette fois-ci : quatre éléments de décor réalisés par Jacques de Lajoüe pour le cabinet de travail du duc de Picquigny à l’hôtel de Vendôme, illustrant La Peinture, La Botanique, La Marine et L’Éloquence. Jusque-là, seuls deux des treize éléments de cet ensemble étaient connus, qui figuraient dans la collection de Karl Lagerfeld. La galerie de Jonckheere accrochera pour sa part un panneau de Frans Francken II (1581-1642). Le Triomphe de Neptune et Amphitrite est un sujet apprécié du peintre, qui le décline en plusieurs versions. Le tableau est l’une des compositions ambitieuses de ce Flamand, touche-à-tout de génie et membre d’une dynastie qui rayonna sur les Flandres, ainsi que l’exposition du musée de Cassel le révèle avec érudition (voir Gazette n° 34, page 179). Les objets d’art vont eux aussi capter l’attention. Christian Deydier, spécialiste des bronzes archaïques chinois, a choisi de mettre en avant un vase jia de la dynastie Shang, plus précisément de la période d’Anyang, soit entre les XIV
e et XIIe siècles av. J.-C (voir page 21). Une pièce exceptionnelle, dont il souligne l’importance car, «symbole du pouvoir du ciel donné au roi, employé lors des libations rituelles aux ancêtres, il représente un vestige des pratiques religieuses de l’époque». Mentionné depuis 1863, le vase, vraisemblablement royal, est répertorié dans pas moins de 19 publications. Il a fait partie des collections du musée d’Honolulu avant qu’«un conservateur ne décide qu’il n’aimait pas les bronzes chinois et ne le vende, ce qui a permis de le retrouver sur le marché». L’histoire est tout autre pour l’epichysis à figures rouges mise en avant par Antoine Tarentino, lui aussi spécialiste reconnu dans son domaine. L’élégant récipient en argile, orné ici d’un Éros hermaphrodite et d’une jeune femme, était employé par les esclaves pour puiser le vin dans le cratère avant de le servir aux convives. L’objet est passé par l’Hôtel Drouot le 3 mai 1870, lors de la dispersion de la collection Eugène Piot. Célébré tout au long de cette année du bicentenaire de sa mort, Napoléon fait une apparition chez Royal Provenance, avec une assiette en porcelaine de Sèvres. Celle-ci provient de son service particulier commandé en 1807 – livré en mars 1810 au palais des Tuileries – et plus connu sous le nom de service «des Quartiers généraux». Aux côtés des 72 assiettes à dessert décorées de scènes de campagnes militaires sur les directives précises de l’Empereur, il en existait 24 destinées au même usage, nommées «assiettes à monter» : elles sont plus simplement décorées d’une rosace centrale et à bordure de glaives liés.
 

Vase pot-pourri en porcelaine de Chine, monture aux dragons en bronze ciselé et doré d’époque Louis XV, h. 22,5,  l. 26,5 cm. Pascal Izarn
Vase pot-pourri en porcelaine de Chine, monture aux dragons en bronze ciselé et doré d’époque Louis XV, h. 22,5,  l. 26,5 cm. Pascal Izarn.

Les musées dans la boucle
Reprenant les recettes qui ont fait le succès du Salon du dessin, Fine Arts Paris initie une véritable synergie avec les musées. La jeune foire organise ainsi la Semaine des beaux-arts, avec un parcours de visites privées dans une vingtaine d’institutions partenaires, dont la maison de Victor Hugo, le musée Condé, le château de Fontainebleau, et dans des lieux réservés comme la collection Émile Hermès ou la Fondation des artistes. Elle va plus loin encore en fêtant à sa manière Antoine Watteau. Le peintre des fêtes galantes est mort il y a trois cents ans, le 18 juillet 1721. Pour commémorer cet anniversaire, la foire, à l’initiative du collectionneur Lionel Sauvage (voir Gazette n° 29, page 166), organise au Petit Palais deux journées de colloque, les samedi 6 et dimanche 7 novembre. Enfin, Jacques Garcia a accepté de se faire scénographe pour magnifier cette 5
e édition, alors qu’il a toujours refusé de le faire pour les expositions (à l’exception notable de celle de Versailles consacrée au mobilier d’argent et de celle toute récente des Gobelins, «Sièges en société»). Il en donne la raison, simple : «Fine Arts Paris s’inscrit dans une culture qui me convient.» Et puis l’endroit, le Louvre, le fascine toujours. Le décorateur a donc conçu une fantaisie habillant le mur d’enceinte de Charles V, comme un décor de théâtre envahi par des images végétales. Une belle invitation à la promenade.
 

Chine, dynastie Shang, période d’Anyang, XIVe-XIIe siècle av. J.-C. Vase à boissons fermentées de forme jia, bronze, h. 47,5 cm. Galerie C
Chine, dynastie Shang, période d’Anyang, XIVe-XIIe siècle av. J.-C. Vase à boissons fermentées de forme jia, bronze, h. 47,5 cm. Galerie Christian Deydier.
Nicolas Bertin (1668-1736), Apothéose de la France ou Apothéose de la ville de Lyon, 1720, huile sur toile, 194 x 126 cm. F. Baulme Fine A
Nicolas Bertin (1668-1736), Apothéose de la France ou Apothéose de la ville de Lyon, 1720, huile sur toile, 194 126 cm. F. Baulme Fine Arts.
à savoir
Fine Arts Paris, Carrousel du Louvre.
Du 6 au 11 novembre.
www.fineartsparis.com

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