Fernand Léger en Corse

Le 03 juin 2020, par Caroline Legrand

Offert par Fernand léger à son modèle, Monsieur Blasini, ce portrait est un des rares témoins du travail de jeunesse de l’artiste. Une marque d’amitié sous influence cézanienne.

Fernand Léger (1881-1955), Portrait de Monsieur Ernest Blasini, 1907, huile sur toile, signée «F. Léger ». 80 60 cm.
Estimation : 50 000/80 000 

Impossible de ne pas penser aux portraits d’hommes assis que Paul Cézanne a réalisés durant sa carrière lorsque l’on regarde cette toile peinte en 1907 par Fernand Léger. On y retrouve la même frontalité et ce jeu de couleurs et de lumière appelant notre regard sur les traits réalistes du modèle, à l’opposé de la teinte sombre du costume et de l’austérité de la pièce qui l’entoure. C’est au Salon d’automne de 1904 que Léger découvre l’œuvre de Cézanne, qui y expose quarante-deux peintures ; elle lui ouvre les yeux sur une nouvelle approche de la couleur, mais aussi de la forme, synthétique et bientôt géométrisée. L’évolution passera aussi par la révélation des paysages méditerranéens, et notamment corses, pour Fernand Léger. Le voyage dans l’île de Beauté s’impose à lui pour des raisons de santé – il souffre en effet d’un début de tuberculose –, une destination encore peu fréquente à l’époque. Le motive dans ce choix la présence de son ami Henri Viel, originaire comme lui d’Argentan, en Normandie, et avec lequel il avait créé le Groupe des peintres d’Argentan vers 1895. Léger le retrouve durant l’hiver 1906-1907 à Belgodère, dans le nord de l’île, où ce dernier travaille comme fonctionnaire de l’Enregistrement, des Domaines et du Timbre. Après avoir passé un moment avec son ami, il se rend à L’Ile-Rousse. Le lieu le séduira particulièrement, puisqu’il y reviendra durant l’hiver 1907-1908, s’installant dans le château Piccioni, devenu depuis l’hôtel Napoléon. Entre les deux voyages, Léger assiste à la grande exposition organisée au Salon d’automne après la mort de Cézanne… une nouvelle raison d’admirer un peu plus le maître aixois. Parmi les personnalités qu’il côtoie à L’Ile-Rousse figure Ernest Blasini. Trois cartes postales seront d’ailleurs offertes avec ce tableau ; l’une d’entre elles montre les deux amis «à l’heure de l’apéritif» dans un café. C’est grâce à ce propriétaire et négociant, qui administrait les biens de son parent le comte François Valery, maire de L’Ile-Rousse, que Léger put s’installer dans le château délabré de Piccioni. Resté par descendance dans la famille de monsieur Blasini, en Corse, ce portrait est une œuvre bien connue des amateurs du peintre. Il a été plusieurs fois montré, notamment au Grand Palais à Paris, en 1971-1972, et au musée de Biot en 2002. Lors de cette dernière exposition étaient réunies quelques toiles conservées de cette courte période corse ; ce portrait figurait aux côtés de plusieurs paysages et des Fortifications d’Ajaccio, de 1907, données à l’origine au pasteur Lièvre puis acquises par le musée Fernand-Léger. Elles forment les rares témoignages de cette période d’évolution stylistique majeure pour l’artiste, passant de l’impressionnisme et du fauvisme des années 1903-1904 à l’influence de Cézanne, pour aboutir en 1909 à ses premières œuvres cubistes, telle la Couseuse du Centre Pompidou. Ayant finalement mal vécu cette période perturbante de quêtes intenses – sur son art et sur soi –, Fernand Léger abandonna au fil des déménagements et même détruisit la plupart des tableaux s’y rattachant… heureusement, certains
ont survécu.

vendredi 12 juin 2020 - 14:30 - Live
Marseille - 224, rue Paradis - 13006
Maison R&C, Commissaires-Priseurs Associés
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne