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Deux américains à Paris…

Le 19 avril 2018, par Pierre Naquin

Loin de Los Angeles, le DUO de galeristes Alex Freedman et Robbie Fitzpatrick a choisi La capitale française pour son développement. PETIT POINT avec LE SECOND sur ce choix ASSumé. Paris is back !

Deux américains à Paris…
Alex Freedman et Robbie Fitzpatrick.
 
COURTESY FREEDMAN FITZPATRICK

Quand Robbie Fitzpatrick se lance dans une nouvelle aventure, il ne fait pas les choses à moitié. Après cinq années passées en compagnie de sa complice Alex Freedman à Los Angeles, il accompagne personnellement le développement de leur galerie sur le Vieux Continent. Exit la cité des Anges, bonjour le Marais…
Comment se passe l’installation à Paris ?
Paris est fantastique ! On nous avait mis en garde contre un enfer bureaucratique, mais jusqu’ici tout va bien.
Entre Alex Freedman et vous, l’histoire avait initialement débuté en Europe…
En effet, tout a commencé à Berlin. Je travaillais pour une galerie et Alex écrivait. Quand nous avons pris la décision de nous associer, nous avons étudié deux options : rester à Berlin ou tenter New York. Puis, petit à petit, nous avons commencé à envisager Los Angeles. La ville nous offrait plus d’espace et davantage de liberté. Et Alex est de là-bas… alors ! Pour moi, c’était l’aventure ! Finalement, nous avons été plutôt chanceux. Nous ne nous attendions pas à un développement aussi rapide du monde de l’art dans cette partie du monde.
On parle beaucoup moins de Berlin ces derniers temps…
Berlin s’est gentrifiée ces dernières années. Les prix ont grimpé et l’ambiance n’est plus la même… Du coup, les artistes sont retournés dans leurs pays… ou à Paris !
Paris est-elle redevenue sexy ?
Paris a longtemps été considérée comme «chère». Mais aujourd’hui, toutes les villes de la planète le sont. Los Angeles n’échappe pas au phénomène. C’est désormais un sacerdoce de se loger n’importe où dans le monde. Maintenant que l’aspect financier s’est nivelé, les artistes choisissent en fonction d’autres critères. Paris est une ville très internationale, et sincèrement et historiquement versée dans la culture. C’est ce qui attire les créateurs ici.


 

Exposition «Fooding. Matthew Lutz-Kinoy».  
Exposition «Fooding. Matthew Lutz-Kinoy».
PHOTO AURÉLIEN MOLE. COURTESY MATTHEW LUTZ-KINOY ET FREEDMAN FITZPATRICK.

Vous aussi, donc…
Dès le début, nous imaginions ouvrir un second espace. Nous avons participé aux deux dernières éditions de la FIAC, qui nous ont très bien réussi ! C’est là que l’idée a commencé à se concrétiser. Même si nous sommes basés aux États-Unis, notre programmation a toujours été foncièrement européenne, de par nos artistes et nos thématiques. Tous les créateurs que nous représentons font déjà partie de collections en France. C’est le seul pays pour lequel il en va ainsi, en dehors des États-Unis. Chaque fois que nous venions en Europe, nous nous arrêtions systématiquement à Paris, que ce soit pour découvrir de nouveaux artistes, rencontrer des confrères, voir des expos, etc. La ville reste très accessible et très bien desservie : à seulement quelques heures de Londres, de Bruxelles, de la Suisse… Cela faisait trop d’arguments à ignorer ! Une opportunité s’est présentée, nous l’avons saisie ! Finalement, ça s’est fait très rapidement.
Vous intéressez-vous à des artistes d’ici ?
Il est vrai qu’avec un second espace, nous avons la possibilité de présenter davantage de choses. Nous verrons si nous nous engagerons auprès d’artistes locaux ; ce n’est pas encore défini. Dans un premier temps, nous allons surtout exposer certains plasticiens qui ne travaillent pas encore ou plus avec la galerie. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que la création française nous intéresse énormément. Les artist-run-spaces sur Paris sont simplement incroyables, et font certainement partie des choses les plus intéressantes qu’il m’ait été donné de voir.
Vous vous êtes installé à Paris. Alex est toujours à Los Angeles. Comment se passe la collaboration à distance ?
Heureusement, on a les mails, le téléphone, les SMS, WhatsApp, etc. Avec le décalage horaire, c’est parfois difficile, mais on s’appelle tous les jours. C’est très important. Par ailleurs, on assiste systématiquement ensemble à tous les vernissages de nos expositions. Notre relation est capitale pour nous. Il faut absolument préserver cela.
Quel est le bon moment pour s’internationaliser quand on est une jeune galerie ?
Il n’y a pas de règle. Avant de commencer, nous avions réalisé un business plan dans lequel nous avions imaginé déménager pour un plus grand espace autour de nos 5 ans et, peut-être, envisager une implantation dans une seconde ville après une décennie. Mais la vie ne ressemble pas toujours aux business plans ! Le prix des loyers a considérablement augmenté à L. A. en cinq ans et, pour être en mesure de continuer à représenter nos artistes, nous devions développer notre présence en Europe. Les conditions avaient changé, il nous fallait nous adapter. En principe, toutes les options peuvent être bonnes. Ce qu’il faut, c’est avancer, se méfier du statu quo. C’est là qu’est le danger. Il faut toujours innover, tout faire pour rester excitant, inspirant.


 

Exposition «This Mortal Coil. Jill Mulleady», à Los Angeles.  
Exposition «This Mortal Coil. Jill Mulleady», à Los Angeles.
PHOTO MICHAEL UNDERWOOD. COURTESY JILL MULLEADY ET FREEDMAN FITZPATRICK

Comment se porte le marché à Los Angeles ?
Il y a bien plus de collectionneurs que lorsque nous avons démarré. Mais, intrinsèquement, Los Angeles fait face aux mêmes problèmes que toutes les autres villes. Les coûts opérationnels comme les loyers, salaires, etc., augmentent très fortement. Les galeries ne peuvent pas vivre sur leur seule zone de chalandise naturelle : du coup, elles doivent impérativement grandir. Cela veut dire participer à des foires ou ouvrir de nouveaux espaces. Le marché étant global, on ne peut pas se reposer sur les seuls collectionneurs locaux.
Cela veut-il nécessairement dire qu’il faut s’exporter ?
Cela veut dire qu’il faut sans cesse prendre des risques, faire de nouveaux paris. Vous savez, même si nous avons pris un risque inconsidéré en ouvrant ce deuxième espace, quand on y réfléchit bien, celui-ci est le même que de participer à une foire. Le loyer annuel d’un espace dans une grande ville est identique au prix d’un stand de taille moyenne sur n’importe quelle foire. On ne le dit pas assez, mais les galeries mettent en péril leur existence sur une seule foire ratée.
Vous vous êtes d’ailleurs également essayé à l’organisation de foires…
Nous nous sommes vraiment amusés avec Paramount Ranch. C’était une super expérience. Nous avons quand même réussi à rassembler une cinquantaine de galeries internationales. En fait, nous nous sommes lancés là-dedans sans trop réfléchir… et puis, l’idée d’une trilogie était excitante ! Comme au cinéma ! Dans les faits, cela représentait beaucoup de travail et d’énergie pour nous au moment où il devenait évident, surtout lors de la dernière édition, que le marché était moins porteur. Il fallait que nous nous concentrions sur la galerie. Tout cela a fait que nous avons préféré arrêter avant que cela ne devienne délicat. Nous voulions finir en beauté. Je crois que ça a été le cas… Et, qui sait, peut-être y reviendrons-nous un jour !
Comment expliquer qu’il n’y ait, jusqu’à aujourd’hui, pas eu de grande foire d’art à Los Angeles ?
Je suis persuadé que quelqu’un va finir par réussir à monter une foire d’envergure à L.A. Ce sera peut-être Frieze, peut-être quelqu’un d’autre… Mais je pense aussi que ce n’est pas ce que les gens attendent. C’est loin d’être vital pour l’écosystème. On met beaucoup trop l’accent sur les foires, alors que l’on devrait plutôt essayer de repenser la manière de soutenir les galeries. Nous avons surtout besoin de nouvelles approches pour financer les artistes et la création.
Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?
Plutôt bien ! Je pense que nous avons fait le bon choix et suis ravi de l’accueil que nos confrères et la presse nous ont réservé. Il reste maintenant à nous inscrire dans la durée !

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