De riches Heures à l’usage du Nord

Le 06 octobre 2017, par Philippe Dufour

Au sein des trésors d’une bibliothèque bientôt proposée aux connaisseurs, un livre d’heures du XVe siècle laisse admirer la fraîcheur de ses enluminures. Quelques indices précisent ses origines géographiques.

Livre d’heures à l’usage de Rome, école française, région du Nord, manuscrit seconde moitié du XVe siècle, enluminé de quinze grandes miniatures et de vingt petites, petit in-4°, 40 pages, reliure du XVIe siècle.
Estimation : 20 000/30 000 €

Monsieur R. n’aimait rien tant que l’art de la Haute Époque, les beaux et bons objets des XVe et XVIe siècles. Sa bibliothèque humaniste n’échappait pas à ce penchant irrépressible, puisque l’ouvrage le plus récent qu’on pouvait y découvrir avait été imprimé en l’an 1619… Autant dire que cette précieuse collection, rassemblée entre 1930 et 1950, comporte bien des pièces rares, allant du manuscrit à l’incunable, de préférence en reliures d’origine. Parmi elles, un livre d’heures occupe une place de choix, en raison de la richesse et de la fraîcheur de son ornementation. Datant selon toute probabilité de la seconde moitié du XVe siècle, ces «heures» à l’usage de Rome se présentent sous la forme d’un petit in-4°. Plusieurs indices laissent supposer qu’il a vu le jour dans le diocèse de Cambrai ; ainsi les saintes et saints fêtés dans le calendrier sont souvent locaux, tels sainte Aldegonde et saint Géry, mais aussi originaires de Wallonie et même de Flandre. Par ailleurs, il s’habille d’une reliure datée de 1590 au nom d’Anne de Lilliers, certes très postérieure, mais qui pointe la ville éponyme, proche de Cambrai. Le manuscrit se compose de trois parties inégales : après des notes préliminaires, et ce fameux calendrier en latin, s’ouvre le livre d’heures proprement dit, égrenant entre autres les heures de la Croix, celles de la Vierge, les suffrages des saints, les psaumes pénitentiaux et les litanies. L’intérêt de l’ouvrage réside pour l’essentiel dans sa très opulente décoration, d’où se détachent quinze grandes miniatures peintes sur fond soit à décor de paysages ou d’intérieur, soit doré ou quadrillé d’or. La représentation de saint Adrien en armure tenant l’instrument de son supplice, le marteau et l’enclume, en est peut-être l’exemple le plus réussi.
Objet de dévotion et marqueur social
Chacune de ces images est ornée d’une lettrine enluminée sur fond doré, alors que vingt et une petites miniatures, animées parfois de plusieurs personnages, viennent encore enrichir le recueil. Détail d’importance qui devrait convaincre le futur acquéreur : toutes les pages possèdent de très riches encadrements chargés de rinceaux, de feuillages et de fleurs, voire d’oiseaux et de monstres pour certaines. Notre livre d’heures reprend ainsi les caractéristiques de cette catégorie très codifiée de recueil de prières. Se diffusant à partir du XIVe siècle dans l’aristocratie puis la bourgeoise, l’usage du livre d’heures répond à la demande des laïcs, et en particulier des femmes, de posséder un support à la dévotion, commode par ses petites dimensions. Imitant le bréviaire des clercs, ce livre pieux rappelle surtout aux fidèles les huit prières quotidiennes, de matines à complies ; et si celles-ci sont toujours indiquées en latin, des commentaires en langue française peuvent les accompagner. Son illustration joue également un rôle important : réalisée par des enlumineurs d’écoles régionales comme ici, parisiennes et même internationales, elles peuvent compter plus d’une vingtaine de petites et grandes miniatures, affichant le niveau d’aisance de leur propriétaire.

samedi 14 octobre 2017 - 09:30 - Live
Chartres - Galerie de Chartres, 7, rue Collin-d'Harleville - 28000
Ivoire - Galerie de Chartres (Gody-Baubau - Maiche - Paris - Rivière)
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