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Caroline Jollès, mécène du musée des Arts décoratifs pour le design

Le 02 novembre 2021, par Sylvie Blin

Déjà très impliquée auprès du musée du quai Branly, cette collectionneuse passionnée a créé en 2011 le Cercle Design 20/21, club de mécènes du musée des Arts décoratifs pour le design contemporain. Retour sur une décennie d’acquisitions.

Caroline Jollès, mécène du musée des Arts décoratifs pour le design
© Justin Creedy Smith

Comment en vient-on à créer un cercle de mécènes pour le design ?
Par l’expérience et des rencontres. Dès sa fondation en 2006, je me suis impliquée dans la société des Amis du musée du quai Branly, comme membre de son conseil d’administration, puis ai participé avec mon mari Georges à la création du Cercle Lévi-Strauss en 2009. Parallèlement, Pierre Bergé m’a demandé de fonder et d’animer celle de ses trois institutions de Marrakech : le musée Yves Saint Laurent, celui des Arts berbères et le Jardin Majorelle. Mon expérience professionnelle de la communication institutionnelle m’avait beaucoup aidée sur la méthode et par les réseaux que j’avais constitués, sur lesquels j’ai pu m’appuyer. De formation juridique, j’ai également étudié à l’École du Louvre : passionnée par le design, j’ai notamment publié un livre sur Mathieu Matégot avec Philippe Jousse. Enfin, comme collectionneuse et mécène, j’ai toujours été proche des musées… Mais celui des Arts décoratifs à Paris est un peu mon musée de cœur. Or, n’ayant pas de budget propre pour ses acquisitions, il doit systématiquement faire appel au mécénat. Il dispose d’une très active société d’amis, mais le domaine du design contemporain souffrait d’un manque de moyens. Avec l’aval de Béatrice Salmon, qui en était alors la directrice, j’ai donc créé ce cercle en 2011 avec l’objectif d’enrichir les collections du musée en la matière.
Comment ce cercle est-il constitué ?
C’est une sorte de club d’amateurs, de connaisseurs et de collectionneurs de design. Nous sommes actuellement une trentaine de membres très fidèles. J’espère que nous atteindrons la cinquantaine, mais nous ne souhaitons pas être beaucoup plus : d’abord, parce que le musée des Arts décoratifs a déjà une importante société d’amis, et ensuite, parce que cela nous permet de nous réunir facilement, de bien nous connaître, de nous décider vite et de rester proches des responsables de l’établissement. Au départ n’y figurait aucun galeriste ni marchand pour éviter tout conflit d’intérêts. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais évidemment, aucun d’entre eux ne peut proposer l’un de ses poulains. La cotisation, fiscalement déductible à hauteur de 66 %, est de 3 000 € par an, ce qui peut sembler modeste mais permet une plus grande diversité au sein des membres. Et, souvent, il y a des dons périphériques ou ponctuels : certains peuvent apporter un complément pour des achats qui dépasseraient nos moyens. En dix ans, nous avons ainsi dépensé plus de 600 000 €, pour des pièces qui aujourd’hui ont une valeur beaucoup plus importante. Cela permet aussi au musée de réaliser des acquisitions de façon récurrente.

 

Joris Laarman (né en 1979), Starlings Table, 2010, achat en 2014. © MAD, Paris / Jean Tholance
Joris Laarman (né en 1979), Starlings Table, 2010, achat en 2014.
© MAD, Paris / Jean Tholance

Quel est son mode de fonctionnement ?
Nous sommes au service du musée et de son enrichissement. Le directeur Olivier Gabet et les conservatrices pour la période contemporaine, Dominique Forest et Chloé Pitiot, nous signalent les pièces qu’ils aimeraient acquérir. Chaque année, ils nous présentent environ douze à quinze dossiers dont nous discutons ensemble. En général, nous retenons une belle pièce et trois ou quatre autres un peu moins importantes. Si l’on peut parfois attirer leur attention sur tel ou tel objet, tel ou tel designer, ce sont eux qui définissent en amont la liste de choix possibles. Notre sélection est ensuite soumise à leur comité d’acquisition, qui doit l’agréer. Mais pour débattre, argumenter et émettre des avis aussi éclairés que possible, nous organisons régulièrement des visites de musées, d’expositions, de galeries, d’ateliers d’artistes… Ce ne sont pas nos goûts personnels qui président aux achats mais les besoins du musée, l’importance des créateurs, l’opportunité. Pour faire vivre ce petit groupe, il faut aussi l’animer, proposer des activités, des voyages, des rencontres avec des designers, des collectionneurs, et parfois prospecter, attirer l’attention du musée sur des créateurs que nous avons pu repérer. L’autre avantage est de pouvoir acquérir des pièces auprès de marchands ou directement auprès d’artistes dans les meilleures conditions possibles, avant que les prix ne s’envolent. Nous apportons ainsi une forme de souplesse et de réactivité. C’est un cercle très amical, mais en même temps très professionnel : en tant que marraine, je m’investis beaucoup à titre bénévole, dans un véritable mécénat de compétences. Nous nous appuyons aussi sur le service «mécénat» du musée des Arts décoratifs, particulièrement efficace et avec lequel nous travaillons étroitement. Nous sommes ainsi très impliqués et associés à la vie du musée.
Le Cercle suscite-t-il également des donations ?
Bien sûr ! Nous avons ponctuellement des dons de marchands ou de créateurs venant enrichir nos propres contributions. Le designer néerlandais Joris Laarman, dont nous avons acquis la très belle Starlings Table, a ensuite offert au musée la vidéo en rapport avec sa création. Notre rôle consiste aussi à favoriser ces liens, les relations entre les différents acteurs du design, à faire connaître les nouveaux talents.

 

Maarten Baas (né en 1978), Grandfather Clock, 2009, achat en 2012. © MAD, Paris / Luc Boegly
Maarten Baas (né en 1978), Grandfather Clock, 2009, achat en 2012.
© MAD, Paris / Luc Boegly

Quel type d’œuvres avez-vous pu acquérir depuis 2011 ?
C’est extrêmement varié : des pièces de mobilier, des objets en céramique, en verre, en métal… tous les formats, fonctions et techniques sont représentés. Nous ne nous focalisons pas sur les pièces les plus imposantes mais souhaitons, au contraire, être aussi représentatifs que possible de la diversité et de la richesse du design. Dernièrement, à l’invitation d’Olivier Gabet, nous avons fait entrer dans les collections des pièces non occidentales : le fauteuil Sansa du Malien Cheick Diallo, le cabinet Mjojo et la lampe Tutu de la Sud-Africaine Thabisa Mjo, la chaise Mudha Walla Throne de l’Indienne Gunjan Gupta… En dix ans, nous avons ainsi pu acquérir une cinquantaine de pièces. Pour certaines d’entre elles, ce ne serait financièrement plus possible actuellement.
Votre cercle a-t-il été imité ?
Pas vraiment, ou pas encore… Mais il est vrai que notre action monte en puissance et apporte de la visibilité au musée auprès de certains interlocuteurs ou acteurs culturels. Si elle
bénéficie avant tout à l’institution que nous soutenons, notre démarche crée une dynamique pour les designers et les donateurs. C’est une caisse de résonance, en quelque sorte…

Le Cercle Design a dix ans d’existence cette année : quels sont vos nouveaux projets ?
Nous aimerions créer une réserve financière afin de pouvoir acheter en vente publique quand l’occasion se présente. Actuellement, c’est impossible faute de réactivité : nous ne disposons pas de budget dédié à ce mode d’acquisition. Et pour célébrer notre 10e anniversaire, nous avons sollicité une école de design afin de dessiner notre nouveau logo.
Parmi les achats du Cercle Design 20/21, quelles pièces aimez-vous tout spécialement ?
Il y en a beaucoup et ce pour différentes raisons, mais j’aime particulièrement notre première acquisition, l’horloge Grandfather Clock du Néerlandais Maarten Baas. C’est une pièce extraordinaire, qui suscite toujours l’intérêt du public, et que nous ne pourrions plus acheter aujourd’hui !

 

à savoir
Cercle Design 20/21,
musée des Arts décoratifs,
107, rue de Rivoli, Paris Ier, tél. : 01 44 55 59 79,
madparis.fr


 

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