Brussels Gallery weekend porte les espoirs de la rentrée Bruxelloise

Le 09 septembre 2021, par Annick Colonna-Césari

Malgré la crise sanitaire la 14e édition de Brussels Gallery Weekend s’ouvre pour les galeries participantes dans l’enthousiasme. Et servira sans doute de premier baromètre artistique.

Joana Vasconcelos, Novo Pradigma, 2020, marqueur acrylique, marqueur à l’huile, et feuille d’arbre sur papier, 80 cm (détail), présenté par La Patinoire royale- galerie Valérie Bach.
COURTESY OF THE ARTIST © Joana Vasconcelos

La manifestation est particulièrement attendue. Comme d’habitude, «elle inaugure la rentrée artistique bruxelloise», explique Sybille du Roy, sa directrice. Surtout, «compte tenu du contexte, ces quatre jours représentent un enjeu majeur», ajoute Constantin Chariot, directeur général de la Patinoire royale. Les visiteurs seront-ils au rendez-vous ? La question est sur toutes les lèvres. En temps normal, ce Gallery Weekend bruxellois, le deuxième le plus ancien après celui de Berlin, est très fréquenté, essentiellement par un public local, mais pas uniquement. Car il reçoit simultanément des visiteurs venant des pays limitrophes. Toutefois, l’optimisme est de mise, d’autant que la situation sanitaire en Belgique semble sous contrôle. «Je pense qu’après ces longs mois, beaucoup de gens auront envie de sortir, prendront plaisir à faire des activités culturelles, même s’il ne faut pas trop compter sur les étrangers», affirme Constantin Chariot. En tout cas, estime Nicolas de Cherisey, de la galerie Almine Rech, il offrira une première occasion de «prendre le pouls des amateurs d’art et collectionneurs, avant la période des foires, qui débutera dans la foulée». À savoir : Art Paris et la FIAC en France, Art Basel en Suisse et Frieze London en Grande-Bretagne, dont la tenue physique est maintenue. Pour sa 14e édition, Brussels Gallery Weekend offre un panorama des galeries de la ville, des plus établies, telles Xavier Hufkens ou la Gladstone Gallery, aux plus jeunes ou novatrices, comme la Maison de rendez-vous, où se sont regroupées quatre enseignes étrangères. Ou encore Aeroplastics, qui, créée en 1998, s’est depuis 2017 transformée en structure nomade, occupant des lieux hors norme –un hôtel de maître, une école de prêtres jésuites, une maison Bauhaus. «Cette fois, nous nous installons pendant un an dans une ancienne concession automobile», déclare Jerome Jacobs, son fondateur. Fait significatif, malgré un budget en forte diminution, la manifestation s’est étoffée, passant de 38 ou 40 participants à 46. «C’est une conséquence de la crise sanitaire, explique Sybille du Roy. L’annulation des foires a incité des marchands à nous rejoindre, pour renouer avec le public.» Néanmoins, cette augmentation reflète avant tout, selon elle, le dynamisme de la capitale wallonne. Ces derniers mois se sont en effet implantées plusieurs nouvelles enseignes, qui ont d’emblée rallié ce week-end artistique, à l’instar de Ballroom Project, née de l’association de deux galeries anversoises, de la californienne Nino Mier, de la brésilienne Jacqueline Martins, ou encore de la luxembourgeoise Nosbaum Reding. Preuve que l’attractivité de Bruxelles, qui avait déjà séduit les françaises Almine Rech, Daniel Templon ou Nathalie Obadia, ne se dément pas, y compris dans un contexte périlleux. Ses atouts restent d’ailleurs inchangés, résume Raphaël Sachsenberg, directeur de la galerie Templon. «Une localisation idéale à la croisée des grands axes européens et un marché immobilier attractif où le prix au mètre carré est trois ou quatre fois moins élevé qu’à Londres ou Paris.»
Une saison tournée vers l’avenir
Finalement, le moral des marchands semble plutôt bon. « La plupart des grandes ou très grandes galeries ont réussi à tirer leur épingle du jeu, analyse Raphaël Sachsenberg. Pour les autres, moyennes ou petites, la situation est plus délicate bien qu’aucune n’ait fermé.» En effet, «après le désarroi du début de la pandémie, nous avons rebondi, explique Nicolas de Cherisey. Nous nous sommes adaptés en établissant des contacts directs avec certains collectionneurs, en développant des expositions digitales sous forme de viewing rooms». Et en réduisant la voilure de manière drastique, ne serait-ce que par la non-participation aux foires, dont les coûts, de 40 000 à 100 000 €, plombent les budgets. «En ce qui me concerne, je n’ai organisé aucune exposition, témoigne Jerome Jacobs. J’ai préféré me concentrer sur ma deuxième activité, le second marché. Et c’était un bon choix.» Alors, pour cette reprise, chacun a mis le paquet. «Nous occupons la totalité de l’espace de la Patinoire royale, avec quatre expositions simultanées, ce que nous n’avions encore jamais fait», décrit Constantin Chariot. Cette 14e édition met particulièrement en lumière les plasticiens belges mais les signatures internationales sont néanmoins présentes, de Bruce Naumann à Joana Vasconcelos et Louise Lawler. Signe des temps sans aucun doute : nombre d’artistes s’interrogent sur des questions sociétales, écologiques, économiques, médiatiques. Afin de guider le public, un dispositif d’assistance a été soigneusement élaboré. «Nous voulions mettre l’accent sur le contenu de fond, poursuit Sybille du Roy. C’est la raison pour laquelle nous avons développé des parcours de visites “curatés”, par quartier. Et nous avons parallèlement lancé l’idée d’une présentation audio : lorsqu’un visiteur entre dans une galerie, il scanne un QR Code avec son téléphone, ce qui lui permet d’écouter les explications du galeriste et de son artiste, sous forme de podcasts, qui sont également accessibles sur le site.» À signaler qu’un programme d’expositions off est aussi proposé dans quatorze lieux de la ville, centres d’art ou fondations. Parmi elles, il en est une à laquelle Sybille du Roy est particulièrement attachée : Génération Brussells. Sa 4e édition rassemble une dizaine de jeunes artistes bruxellois ne disposant pas de galerie, sélectionnés par deux commissaires tout aussi jeunes. Un autre reflet, selon elle, du dynamisme de la ville.

à voir
Brussels Gallery Weekend,
du 9 au 12 septembre.
www.brusselsgalleryweekend.com
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