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Bonnard entre ombre et lumière à Grenoble

Le 16 novembre 2021, par Virginie Chuimer-Layen

Pour la première fois et pour sa réouverture, le musée de Grenoble célèbre les couleurs de l’enfant du pays, à travers ses lieux de prédilection mais aussi des scènes intimes, éclairant la part plus sombre de l’artiste. 

Bonnard entre ombre et lumière à Grenoble
Pierre Bonnard (1867-1947), Paysage normand, 1920, huile sur toile (détail), musée Unterlinden, Colmar.
© Christian Kempf

À Grenoble, Pierre Bonnard semble effectuer un retour aux sources. Le parcours imaginé par Guy Tosatto et Sophie Bernard, respectivement directeur et conservatrice en chef du musée, ainsi qu’Isabelle Cahn, conservatrice générale des peintures au musée d’Orsay, débute en effet par de grandes scènes décoratives illustrant son attachement au Grand-Lemps, en Isère, où le peintre possédait une maison de famille. « Dès 1920, une œuvre de Pierre Bonnard entre dans les collections du musée, avec le dépôt de l’État sollicité par le directeur d’alors Andry-Farcy, confie Guy Tosatto. En 1933, deux autres toiles seront acquises. Le peintre y sera même surpris à retoucher ses tableaux ! » En partenariat avec le musée d’Orsay, soixante-quinze peintures réparties en six chapitres révèlent sa conception de la lumière au travers des paysages et des personnages qu’il fréquentera tout au long de sa vie. Entre ces sections, deux salles présentent trente dessins que le peintre appréhende comme des « sensations », ainsi que vingt épreuves photographiques révélant son appétence pour l’instantané et l’intime. L’exposition s’achève par une mise en regard contemporaine avec les photographies de Bernard Plossu, réalisées au Cannet, dans la maison du peintre. Dans une scénographie aérée, le visiteur est donc transporté à la maison du « Clos », au Grand-Lemps, où Le Grand Jardin est luxuriant et les enfants heureux, jouant comme dans L’Après-midi bourgeoise avec les animaux dont le peintre se fait, tout au long de l’exposition, un des plus grands serviteurs. La Ville lumière lui offre ses plus belles scènes urbaines, entre secrets de loge de théâtre et Place de Clichy grouillante, aux cadrages audacieux, tandis que la Normandie fluviale se métamorphose en Symphonie pastorale, aux couleurs chaudes et froides. Sous son pinceau, la Côte d’Azur se pare d’accents chromatiques flamboyants, aux harmonies d’ors, de rouges et de mauves inimitables. De même, les scènes d’intérieur et de nu évoquent sa manière ambivalente, parfois grave, de représenter les corps. Car au-delà de la présentation de toiles-odes à la nature arcadienne, à la palette verdoyante ou de feu, l’exposition aux cartels touffus balaie le cliché de l’artiste « peintre du bonheur ». « Celui qui chante n’est pas toujours heureux », disait- il. Certains de ses nus, comme celui de La Femme assoupie dans un lit ou L’Indolente, où sa femme et muse Marthe baigne dans un clair-obscur ambigu, jettent le trouble. Plus loin, l’autoportrait Le Boxeur, symbolique de son combat éternel avec la peinture, ou encore Autoportrait dans la glace du cabinet de toilette, considéré comme l’une de ses dernières images, offrent une vision quasi tragique de lui-même. De plus en plus sec, son corps sans joliesse rappelle ceux d’Egon Schiele et son visage presque déformé arbore un regard sombre. N’ayant jamais cédé aux sirènes des avant-gardes et ayant assimilé les nabis, le japonisme, l’impressionnisme, les couleurs fauves, voire expressionnistes, Pierre Bonnard est un acteur de la synthèse, entre modernité et héritage historique, que son approche unique de la couleur et de la lumière traduit.

Musée de Grenoble,
5, place de Lavalette, Grenoble (38), tél. 
: 04 76 63 44 44.
Jusqu’au 30 janvier 2022.
www.museedegrenoble.fr

 

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