Biennale Paris 2019, 31e édition : cap sur l’avenir

Le 05 septembre 2019, par Anne Doridou-Heim

Ancrée dans la réalité, la Biennale Paris a choisi de faire fi du passé pour aller de l’avant… et écrire une nouvelle page de son histoire.

Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923), Escalier vers le jardin supérieur, Alcazar de Séville, 1910, huile sur toile, 94,5 x 63 cm (en paire avec Cour des Danses, Alcazar de Séville). Galerie Ana Chiclana
© Joaquin Cortes

Toujours sous les verrières du Grand Palais, la Biennale Paris déploie pour sa 31e édition un programme qui entend réveiller la belle endormie. À souligner en premier lieu, un nombre plus important d’exposants, notamment étrangers. L’invité d’honneur est pour la première fois un pays, le Bahreïn, qui participe à l’ambition affichée par l’événement de prouver l’importance et le rayonnement de la place de Paris. Mathias Ary Jan, son président, insiste sur un point essentiel : la nostalgie n’est plus de mise, il faut oublier la Biennale des antiquaires des grandes années, une époque révolue et qui ne renaîtra pas de ses cendres. C’est une nouvelle page qui est en train de s’écrire  et c’est celle-ci que l’on doit lire.
 

Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923), Escalier vers le jardin supérieur, Alcazar de Séville, 1910, huile sur toile, 94,5 x 63 cm (en paire avec Cour
Joaquín Sorolla y Bastida (1863-1923), Escalier vers le jardin supérieur, Alcazar de Séville, 1910, huile sur toile, 94,5 63 cm (en paire avec Cour des Danses, Alcazar de Séville). Galerie Ana Chiclana © Joaquin Cortes


Sagesse et jeunesse
Les incontournables sont toujours là, et se voient même renforcés. Ils sont largement mis en avant, car s’ils ne font pas à eux seuls le succès d’une manifestation, ils en sont les meilleurs augures. À savoir, une commission  toujours présidée par Christopher Forbes , un vetting composé d’experts indépendants, une identité visuelle au lancement remarqué l’an dernier et donc pérennisée, et bien sûr un dîner de gala, dont les fonds récoltés iront pour la deuxième fois à l’Aliph, autour d’un projet emblématique : la réhabilitation du musée de Mossoul. Pas de scénographe distingué pour cette édition, mais le recours à la société Stabilo, qui a fait ses preuves sur la scène internationale : il s’agit d’envoyer un signal de sérieux plus que de recherche d’effets, étayé d’un projet discret pour mettre en valeur la beauté du Grand Palais et le contenu des stands. Dernière nouveauté : les organisateurs, conscients de leur rôle de promotion des jeunes acteurs du marché de l’art, lancent une section «Nouveaux talents», pour laquelle est créé un prix. Ils seront douze marchands ou créateurs installés depuis moins de dix ans à y participer, bénéficiant d’un stand de 10 métres carrés pour 10 000 €  décor inclus. Parmi eux, la Maison Auclert (Paris) apportera ses bijoux antiques transformés à l’aune contemporaine, Villa Rosemaine (Toulon) des collections textiles avec l’intention de montrer la diversité de ce support, ou encore Igra Lignum (Dompierre, Suisse), fondée par un jeune couple qui s’est lancé dans la délicate relève des arts décoratifs français du XVIIIe siècle. Des aventures dynastiques s’amorcent ici également, avec les noms de Touchaleaume, prénom Pablo pour l’art africain, et de Sourget avec Amélie, qui poursuit à Paris, parallèlement à sa sœur, un parcours bibliophilique commencé à Chartres par leurs parents.

Joseph Bernard (1866-1931), Danseurs, 1927 (Couple dansant, second état), bronze à patine noire richement nuancée, tirage d'artiste signé «J. Bernard»
Joseph Bernard (1866-1931), Danseurs, 1927 (Couple dansant, second état), bronze à patine noire richement nuancée, tirage d'artiste signé «J. Bernard», fondu par C. Valsuani, cire perdue Paris (cachet), avec envoi : «dédiée à monsieur E. Chenavard en l'honneur de la Danse affectueusement», daté 1927, 75,8 x 34 x 35 cm. Univers du bronze
Travail indo-portugais, Enfant Jésus bon pasteur, ivoire, h. 44,5 cm. Galerie São Roque
Travail indo-portugais, Enfant Jésus bon pasteur, ivoire, h. 44,5 cm. Galerie São Roque






Un voyage dans la curiosité
Les exposants sont et demeurent le cœur de la manifestation. Ils sont soixante douze et parmi eux, il est satisfaisant d’assister au retour de nombreux habitués, pour choyer une nouvelle fois la variété des thématiques exposées. Chez les parisiens, il faut citer entre autres les galeries Ary Jan, Berès, Alexis Bordes, Brame & Lorenceau, Kevorkian, Mathivet ; pour les étrangers, retenons la galerie Cahn (Bâle), la madrilène Ana Chiclana, Costermans de Bruxelles, Rosenberg & Co de New York, ou encore, venue de Lisbonne, São Roque  qui avait remporté le Prix Biennale en 2018 avec un exceptionnel coffret indo-portugais, et dont l’offre est cette année encore remarquablement riche. Les sortants Art Cuéllar-Nathan de Zurich, Jacques Barrère, Charles Hooreman, Pascal Izarn ou encore Jacques Lacoste, Yves Gastou, Perrin et la galerie Mermoz… tous des poids lourds dans leurs domaines respectifs sont remplacés par trente nouveaux arrivants, dont les propositions vont donc être observées de près. La galerie Claude Bernard (Paris) n’a pas besoin de convaincre, son parcours parlant pour elle. Il en va de même pour l’enseigne Martel-Greiner (Paris), présente sur les grandes foires internationales avec des arts décoratifs du XXe siècle et des sculpteurs de l’entre-deux-guerres, et pour la galerie Dreyfus, installée à Bâle : son choix rigoureux balaie l’histoire de la peinture occidentale, de Fragonard à Kisling, en passant par Renoir et Degas. Elle nous offre une transition naturelle vers les arts anciens. Si à nouveau  et l’on ne peut que le regretter  cette section ne sera pas la plus importante en volume, l’arrivée de Dreyfus justement, celle de Kunstberatung Zürich, et les retours d’Ana Chiclana ainsi que de Costermans et Florence de Voldère (Paris) sont autant de promesses de découvertes de haut vol. Quant aux bijoux, ils ne proviendront pas des vitrines de la place Vendôme, mais de celles de galeries spécialistes de longue date comme Bernard Bouisset (Béziers), Francine Joaillerie (Saint-Tropez), Alain Pautot (Clermont-Ferrand) et Henn Gems (Londres).

 

Charles Manguin (1874-1949), Jeanne au rocher, cavalière, huile sur toile. Galerie Alexis Pentcheff
Charles Manguin (1874-1949), Jeanne au rocher, cavalière, huile sur toile. Galerie Alexis Pentcheff


Voluptés modernes
Les arts moderne et contemporain sont également bien représentés, avec pas moins de vingt enseignes internationales, et de belles signatures du XXe siècle. Un voyage au long cours sur les ailes d’un oiseau de Braque (galerie Berès, Paris) débute chez les artistes aborigènes défendus avec passion depuis 1996 par Stéphane Jacob (Paris), pour venir se poser aux abords du Grau du Prévot, peint en 2016 par Vincent Bioulès (galerie La Forest Divonne, Paris), une toile du voluptueux peintre de la couleur Henri Manguin poursuivant chez le Marseillais Alexis Pentcheff la saison estivale. Les artistes d’après-guerre seront aux cimaises des enseignes parisiennes Brame & Lorenceau (Debré, Dubuffet), de la zurichoise Von Vertes (Léger, Calder, Chagall) et de la très internationale Opera Gallery (Hantaï). Autant d’échos à l’installation de l’œuvre monumentale du Vénézuélien Carlos Cruz-Diez, Transchromie, montrée dans son format originel  quinze mètres par quinze  au pied du paddock de la nef du Grand Palais, grâce à un partenariat avec la Patinoire royale de Bruxelles. La Biennale serait-elle dans les starting-blocks pour une immersion plus contemporaine ?

 

Jan Bruegel le Jeune (1601-1678), Le Printemps ou l’Allégorie de l’odorat, vers 1640, huile sur bois, 53 x 89 cm (détail). Galerie Florence de Voldère
Jan Bruegel le Jeune (1601-1678), Le Printemps ou l’Allégorie de l’odorat, vers 1640, huile sur bois, 53 x 89 cm (détail). Galerie Florence de Voldère



 

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