Les galeries à l’heure de la Biennale Paris

Le 05 septembre 2019, par Agathe Albi-Gervy

Pour cette rentrée, nombre d’enseignes parisiennes se sont appliquées à mettre au point des accrochages exceptionnels, entrant ainsi en résonance avec la foire occupant le Grand Palais.

Attribuée à François Roux (1811-1882), Corvette à vapeur Le Sphinx […] avec le Luxor à sa remorque», vers 1880-1882, aquarelle, 50 66 cm. Galerie Delalande.

Si l’on considère que le rayonnement d’un événement se mesure à la mobilisation de la scène locale aux mêmes dates, force est de constater que la Biennale pèse encore d’un poids non négligeable dans le calendrier parisien. Portraits du XVIIIe siècle, tableaux avant-gardistes, sculpture religieuse de la Renaissance et bronzes modernes… L’offre des galeries en fête est suffisamment large pour inciter l’ensemble du public du Grand Palais à aller visiter quelques enseignes in situ.
Cap sur l’art ancien
Les 11 et 12 septembre, dans son nouvel espace  désormais au 33, quai Voltaire , la galerie Sismann nous invite à découvrir la sélection de sculptures anciennes qui habillera quelques jours plus tard (du 21 au 29
septembre) son stand de la Biennale des antiquaires de Florence. Un
Ecce homo en bois polychrome, sculpté par le Milanais Giovanni Battista da Corbetta dans la seconde moitié du XVIe siècle, figure parmi ces raretés. À la galerie Delalande, spécialiste notamment des objets de marine et instruments scientifiques, une trentaine d’œuvres  essentiellement des aquarelles  bourlingueront sous les yeux des visiteurs du 11 au 17 septembre. Signées de différents membres de la famille Roux, la fameuse dynastie de peintres et hydrographes marseillais actifs entre 1780 et 1850 réputée pour ses «portraits» de bateaux, elles offrent aussi l’occasion d’étudier la diversité des embarcations, du cabotage au commerce hauturier, des frégates de corsaires aux navires de combat.
Des portraits, des époques
La tradition du portrait humain, peint, dessiné ou sculpté, fait néanmoins toujours figure de proue. Elle est à l’honneur chez Franck Baulme, du 11 au 28 septembre ; l’école française constitue le point d’orgue de cette sélection couvrant la production européenne du XVIIe au XIXe siècle, grâce à des noms comme ceux de Ferdinand Voet, Jean-François de Troy, Hyacinthe Rigaud ou Thomas Couture… Certains d’entre eux auraient d’ailleurs pu trouver leur place au sein de l’accrochage de la galerie de Guillaume Léage : le marchand de mobilier ancien a fait appel à Daniel Gervis  le fondateur de la FIAC, en 1974 pour l’aider à concevoir son exposition «Harmonie» : un dialogue, répété du 10 septembre au 16 novembre, entre mobilier historique, peintures du XVIIIe, sculptures du XXe siècle et tableaux de Hans Hartung, peintre longtemps représenté par Daniel Gervis. Autre collaboration, celle des galeries Neuse et Aveline : du 11 septembre au 16 décembre, la première présentera chez la seconde deux cents objets et meubles décoratifs créés pour les Expositions universelles de 1851 à 1910, ici sublimés par une théâtrale scénographie de François-Joseph Graf. L’exposition tire son titre, «L’apothéose du génie», d’un centre de table monumental (110 cm de hauteur !), conçu par Eugenio Bellosio pour celle de 1900 à Paris ; la pièce ne manquera pas d’éblouir l’assistance, aux côtés d’un cabinet en ébène et bronze de Ferdinand Barbedienne, haut de 354 cm, et d’un vase en cuivre et bronze de 193 cm par Christofle Orfèvres…
De terre et d’eau
Dans son nouvel espace germanopratin inauguré au mois de juin, Xavier Eeckhout montrera «Tout sauf du bronze» : du 11 septembre au 26 octobre, d’un crocodile en plâtre de Marcel Lémar à un aigle en terre cuite d’Albéric Collin, le spécialiste révélera aux visiteurs toute la variété des techniques et matériaux employés par les maîtres animaliers au cours des années 1930… Autres experts dans ce domaine, les marchands Dumonteil ont pour cette rentrée fait un choix bien différent de leurs propositions habituelles, en accrochant conjointement des œuvres récentes du Chinois Weng Jijun et du Français Wensen Qi, lesquels partagent une réflexion sur l’utilisation d’une technique ancestrale, la laque, à l’époque contemporaine. Un événement à découvrir du 13 septembre au 12 octobre dans leur espace de la rue de l’Université. Retour quai Voltaire où, non loin de Sismann, la galerie Chenel dévoilera un ambitieux projet, célébrant en grandes pompes ses deux décennies d’activité. Dès le 13 septembre, et pour trois mois, c’est un Pablo Picasso céramiste que l’on rencontrera en ses murs, celui qui fit entrer Vallauris dans l’histoire et dont la famille Chenel, originaire de Nice, a toujours été familière ; parmi les pièces exposées, un certain nombre  exemplaires uniques et éditions du vivant de l’artiste  sont issues de la collection familiale.
Jeu de mains, jeu de points
Après la contemplation, place au spectacle comique de la rue de Seine où, chez Georges-Philippe & Nathalie Vallois, des sculptures animées et lumineuses de Jean Tinguely ressusciteront, par leurs danses et couleurs, la créativité débordante que l’artiste néo-dadaïste a su déployer dans les années 1970. Du 13 septembre au 20 octobre dans «Bricolages & Débri(s)collages», sèche-cheveux, perceuses électriques, marteaux et cloches s’unissent pour donner naissance à des œuvres surprenantes. La peinture ne sera pas en reste, grâce à l’accrochage proposé rue du Faubourg-Saint-Honoré par Hélène Bailly. Du 12 septembre au 18 novembre, les différents courants ayant suivi l’impressionnisme offriront l’occasion d’apprécier des œuvres signées des pointillistes Achille Laugé, Maximilien Luce, Albert Dubois-Pillet, Georges Seurat et Paul Signac, ainsi que celles des nabis Maurice Denis, Paul Gauguin, Paul Sérusier et Édouard Vuillard, ou des fauves, parmi lesquels Kees Van Dongen. Une sélection aussi réfléchie et variée que l’ensemble des événements offerts par la scène parisienne en marge de la Biennale.

Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne