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Beirut Art Fair gagne du terrain

Publié le , par Céline Piettre

Profitant de la vitalité croissante de Beyrouth, la foire part à la conquête d’un marché soumis aux aléas d’une géopolitique complexe.

Mounir Fatmi (né en 1970 à Tanger), Union impossible, 2017, jet d’encre sur papier... Beirut Art Fair gagne du terrain
Mounir Fatmi (né en 1970 à Tanger), Union impossible, 2017, jet d’encre sur papier baryté, 30 x 21 cm (détail). Avec l’aimable autorisation de la galerie Analix Forever et de l’artiste.
DR

Tape-à-l’œil, inégale… La critique n’a pas toujours été tendre avec Beirut Art Fair, fondée en 2010 par la Française, libanaise d’adoption, Laure d’Hauteville. Une réputation poisseuse qui a poussé l’équipe de la foire d’art contemporain  la même depuis ses débuts  à redoubler d’efforts pour redorer son blason. À l’heure de sa 8e édition, Beirut Art Fair a séparé le bon grain de l’ivraie parmi la cinquantaine d’exposants. Exit la camelote esthétique, exit les enseignes «trop jeunes». Si la sélection souffre encore de l’absence criante de certaines galeries locales, la puissante Sfeir-Semler en tête et compte malgré tout quelques intrus «elle s’est bonifiée avec le temps», commente Aurélie Clemente-Ruiz, directrice des expositions à l’Institut du monde arabe à Paris. «La foire a su s’entourer de personnalités établies, à l’image de Rose Issa, la commissaire invitée de cette édition». Intitulée «Ourouba, the Eye of Lebanon», son exposition réunit des artistes provenant des grandes collections locales, questionnant au passage le concept d’arabicité. «Il est important de remettre les productions dans leur contexte», nous explique le directeur artistique Pascal Odille, qui expose quant à lui les encres de l’Algérien Rachid Koraïchi illustrant le Prophète de Khalil Gibran. «Cela évite d’aborder la foire avec notre seul regard occidental. Ici, la vision de la modernité est différente.» Quoi qu’il en soit, Beirut Art Fair peut désormais compter sur le soutien des collectionneurs du cru, tels Basel Dalloul, Abraham Karabajakian et Tarek Nahas, membres du comité de sélection et véritables prescripteurs auprès de l’importante diaspora libanaise.
Beyrouth, terre promise de l’art
Le président de la République, Michel Aoun, s’en est félicité il y a quelques jours : le Liban progresse dans sa lutte contre le terrorisme, ayant réussi à chasser l’EI de ses frontières avec la Syrie. «À Beyrouth, on se sent en sécurité», nous confie la Française Nathalie Obadia, dont la première participation, avec un solo show de Sarkis, confirme la montée en gamme de la foire. Si l’on ajoute à cela une absence totale de censure, favorisant l’émulation artistique, et un tissu institutionnel qui s’étoffe d’année en année  après la fondation Aishti, en 2016, le Beirut Museum of Art ouvrira en 2020 , la ville devient une terre d’accueil idéale. Beaucoup d’artistes palestiniens et syriens y ont d’ailleurs déjà trouvé refuge, tandis qu’une riche clientèle revient s’y adonner aux plaisirs culturels depuis la détente des relations entre le Liban et les pays du Golfe. «Istanbul était aussi très active, mais semble aujourd’hui se fermer à l’art engagé», déclare Barbara Polla, fondatrice d’Analix Forever, autre recrue sérieuse de l’édition 2017. Beirut Art Fair pourrait ainsi bénéficier de la baisse d’attractivité de sa rivale Contemporary Istanbul, tout en offrant une alternative plus intime et abordable à Art Dubai. D’après Aurélie Clemente-Ruiz, la manifestation permet en tout cas la promotion de la scène locale et l’émergence d’une nouvelle génération de collectionneurs. Beirut Art Fair, foire d’intérêt national ?

À savoir
Beirut Art Fair, Beirut International Exhibition & Leisure Center, Beyrouth.
Du jeudi 21 au dimanche 24 septembre 2017.
www.beirut-art-fair.com
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