Antonio de Torres, père de la guitare classique moderne

Le 30 septembre 2021, par Philippe Dufour

Un exemplaire inédit d’Antonio de Torres – luthier à Amería surnommé le «Stradivarius de la guitare moderne» – réapparaît. Il s’agit de l’une de ses meilleures créations, car son millésime 1882 correspond à une période d’excellence.

Antonio de Torres (1817-1892), guitare «SE35», 1882, érable ondé et maillé, filets d’ébène, palissandre, deux étiquettes : l’une de Torres, l’autre du restaurateur Manuel Ramirez en 1904. Dimensions de la table 48 36 cm (27 cm pour la plus petite largeur), épaisseur 9 cm, longueur totale avec le manche 97 cm, poids 1 182 g.
Estimation : 100 000/150 000 

Rarement instrument aura connu une histoire aussi contrastée, alternant gloire et oubli… Trouvant son origine dans l’Espagne médiévale, la guitare gagne bien plus tard la France, et suscite l’engouement à Versailles : Louis XIV s’en entiche et en joue lui-même, imité par tous ses courtisans. Se dessine ensuite une longue éclipse qui ne prendra fin qu’au début du XIXe siècle, où l’objet revient en force dans les salons parisiens de l’époque romantique, avant de disparaître à nouveau, mais plus brièvement. En effet, dans son pays d’origine, il est resté populaire et justement, en Andalousie, les recherches de certains luthiers vont lui rendre tout son éclat. Le plus illustre d’entre eux s’appelle Antonio de Torres, et on le considère comme le père de la guitare classique moderne, avec des créations devenues une référence universelle. Pourtant, l’homme a débuté une carrière en solo assez tardivement, à Séville. En 1856, il y réalise une première guitare révolutionnaire, baptisée La Leona, pour le musicien Julián Arcas (1832-1882), lequel la rend célèbre et son auteur avec elle. Pour obtenir ce modèle novateur, Torres a beaucoup travaillé l’impact des pièces sur la sonorité, grâce à l’amincissement et l’élargissement de la table d’harmonie, ou la consolidation du barrage (les barrettes collées au revers de la table). En 1870, le luthier s’installe à Almería, en Andalousie. Le bel exemple proposé à Vichy s’inscrit dans cette deuxième période de production, comme l’indique une étiquette collée à l’intérieur avec la date de «1882», et le numéro «35» – outre son nom et son adresse. Quant à la mention de «segunda epoca», elle rappelle que Torres considérait cette dernière série (qui prit fin avec sa mort en 1892) comme la plus réussie. Notre guitare, indexée sous l’appellation «SE35», présente donc les caractéristiques des réalisations de la maturité, à savoir la grande finesse de sa table d’harmonie (1,3 à 1,5 mm), son barrage en éventail, sans oublier le raffinement de la marqueterie de sa rosace. Après être passée par les mains de la princesse Toporkoff – elle-même guitariste –, puis avoir été léguée par cette dernière à un monastère bénédictin où elle a sommeillé des décennies, la «SE35» revient sur un marché où les guitares authentiques de Torres sont plutôt rares. On n’en connaît que quatre exemples, passés en vente entre 2007 et 2015, mais une seule réalisée à Almería en 1888 – et vendue chez Brompton’s à Londres le 27 octobre 2014 – datait de la seconde époque… la plus recherchée !

samedi 06 novembre 2021 - 14:00
Vichy - 16, avenue de Lyon - 03200
Vichy Enchères
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