À l’école de Sambin, le grand style bourguignon

Le 01 décembre 2016, par Philippe Dufour

La réapparition d’une armoire de la fin du XVIe siècle, au décor foisonnant et ciselé, remet en lumière la figure d’Hugues Sambin, créateur d’une grammaire décorative à l’origine de bien des chefs-d’œuvre.

Bourgogne, école d’Hugues Sambin, dernier tiers du XVIe siècle.
Armoire en deux corps sculptée, noyer, 248 x 37 x 67 cm.

Estimation : 60 000/ 80 000 €

Avec l’avènement de la Renaissance – et après des siècles de bannissement –, un vert paganisme réenchante le quotidien. Faunes et centaures, mascarons grimaçants, nus mythologiques ou profanes se répandent dans tous les arts, de la peinture à la littérature. Sans retenue, ils s’invitent aussi sur cette armoire française du XVIe siècle, qu’ils finissent par recouvrir entièrement... Mais, de quelle riche région peut bien provenir ce meuble extraordinaire, ciselé tel un chef-d’œuvre d’orfèvrerie ? On sait que, jusqu’en 1904, cette pièce de choix trônait dans l’hôtel particulier de la plaine Monceau construit par le banquier Émile Gaillard (1821-1902). Dans le catalogue de la vente qui s’est tenue sur place, entre les 7 et 16 juin de cette année-là, elle portait le n° 56, avec pour origine «l’école lyonnaise ou bourguignonne», selon Émile Molinier, conservateur honoraire des Musées nationaux. Grâce à un siècle de recherches, l’attribution de ce type de mobilier, au décor extrêmement fouillé, s’est aujourd’hui recentrée sur ce dernier atelier. Et quand on évoque la Bourgogne, l’ombre du légendaire Hugues Sambin n’est jamais bien loin. Ce touche-à-tout de génie, actif entre 1547 et 1583, est à l’origine d’un style largement diffusé dans sa belle province. L’homme de l’art, né autour de 1520, s’est révélé un créateur aux talents multiples, de la trempe des plus grands, ainsi que le signalent ses compétences s’étendant de l’architecture à l’ingénierie hydraulique, en passant par le dessin d’ornement. Quelques éléments subsistent de sa biographie, marquée par un passage très formateur, en 1544, sur le chantier de Fontainebleau, où officient Rosso et Primatice. Trois ans plus tard, il est reçu maître dans la catégorie «menuiserie» à Dijon.
Un poème sculpté dans le noyer
Un ensemble de réalisations prestigieuses voit alors le jour, auquel on rattache, en l’absence de toute signature, des éléments épars tels que le fantastique cabinet de Gauthiot d’Ancier, au musée du Temps à Besançon. De manière sûre, on lui doit surtout des modèles destinés aux autres praticiens, et diffusés par la gravure : il publie ainsi à Lyon, en 1572, son traité ou Œuvre de la diversité des termes dont on use en architecture. Un ouvrage destiné à «servir à plaisir aux ouvriers et aux architectes»… qui ne se priveront pas d’en user, comme en témoigne notre armoire. Très architecturée, celle-ci présente une façade monumentale à deux corps, où, horror vacui oblige, les ornements occupent le moindre espace disponible. Au niveau inférieur, deux impressionnants satyres, dressés sur leurs pattes fourchues, semblent porter tout l’ensemble à la pointe de leurs ailes. L’étage supérieur est rythmé par huit termes, ces fameux bustes posés sur des gaines, motifs favoris et véritable signature du «menuisier» de Dijon, à l’instar du fronton brisé encadrant un édicule. Si l’auteur d’une telle merveille n’est pas forcément Sambin lui-même, il s’agit bien d’un virtuose ayant assimilé tous les préceptes décoratifs dictés par le maître !

samedi 10 décembre 2016 - 14:30 - Live
Saint-Raphaël - 60, avenue Eugène-Félix - 83530
Var Enchères - Arnaud Yvos
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