Un meuble comme une sculpture

Le 05 mars 2020, par Anne Doridou-Heim

Bel exemple de la floraison du style Régence, cette grande table console se posait dans les hauteurs.

Époque Régence. Table console en chêne sculpté, plateau en marbre rouge royal, 84 173 69 cm.
Adjugé : 49 400 

Sous Louis XIV déjà, le mobilier jouait avec la sculpture. Mais l’ordonnancement voulu par Charles Le Brun imposait un strict plan architectural. Avec l’avènement de la Régence (1715-1723) souffle un vent de liberté, et les meubles en bois sculpté connaissent une floraison toute printanière. Les consoles en sont l’exemple le plus caractéristique. Destinées à être placées contre les boiseries du mur – contrairement à la table de milieu –, elles offrent aux menuisiers et aux sculpteurs un terrain fertile sur lequel exercer leur virtuosité. Leur ceinture, richement ornée et souvent ajourée, ne l’est donc que sur trois faces. Cette grande table console, avec son décor de rinceaux feuillagés, volutes, fleurs d’acanthe, fleurons et coquilles, est typique de ces productions parisiennes apparues entre la mort du Roi-Soleil et le début du règne du jeune Louis XV. Elle était emportée à 49 400 €. Mobilier et objets d’ameublement étaient les temps forts de cette vacation, qui voyait ensuite une paire de candélabres à deux lumières s’éclairer à 35 100 €. Ils se présentaient sous la forme de ho-ho – jumeaux de la mythologie chinoise, symboles de bonne entente – en porcelaine bleu et blanc d’époque Kangxi (1661-1722), enrichis d’une monture en bronze ciselé et doré d’époque Louis XV (terrasse et bras de lumière, 18 10 10 cm). Le modèle est connu, plusieurs pièces semblables se trouvant dans des institutions publiques européennes – British Museum, Victoria & Albert Museum, Bayerisches Nationalmuseum de Munich notamment – ainsi que dans les collections de la reine d’Angleterre. Celui-ci, tout sourire, acceptait 35 100 €. Plus proche dans le temps et autrement imposante (h. 172 cm), une torchère en bronze doré et patiné attribuée à Victor Paillard (1805-1886), acquise selon la tradition familiale lors d’une exposition universelle parisienne de la seconde moitié du XIXe siècle, s’éclairait de 39 000 €. Paillard, après être passé dans l’atelier du sculpteur Claude-Aimé Chenavard (1798-1838), ouvre sa maison de bronzes à Paris en 1835 pour y fabriquer pendules, groupes, statuettes, lustres, candélabres ainsi que «tout l’ameublement à la Renaissance et autres». La reconnaissance officielle émaillera toute sa carrière, la critique encensant «l’harmonie singulièrement remarquable de chacune des parties dont se compose une pièce entière».
 

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