Avec Boudin et Renoir, comme une envie de mer, de ciel changeant et de lumière…

Le 28 février 2020, par Anne Doridou-Heim

Ce premier grand rendez-vous annoncé de la saison à Drouot tenait ses promesses et s’achevait sur un produit total de 1 430 508 €.

Eugène Boudin (1824-1898), Berck, le chargement du poisson, 1883, huile sur toile, 49 74 cm.
Adjugé : 183 576 

Le résultat de cette vente, qui constituait l’«Événement» de la Gazette no 6 du 14 février (page 12), était emmené par les courbes voluptueuses d’une Baigneuse assise de Renoir admirées à 492 120 € (voir page de gauche) et par trois huiles sur toile d’Eugène Boudin (1824-1898), qui atténuaient la déception pour la Cour de ferme à Melleraye de Camille Pissarro. Ces œuvres de Boudin sont tout à fait caractéristiques des recherches de ce grand maître des ciels changeants. Toutes trois étaient d’ailleurs reconnues à leur juste valeur : 183 576 € revenaient à Berck, le chargement du poisson (reproduite ci-dessous), 177 246 € récompensant aussi bien la Scène de plage (18 32,5 cm) que Le Passage, embouchure de la rivière de Landerneau (Finistère) (voir Gazette ci-dessus mentionnée, page 17). Qu’il pose son chevalet aux embouchures des rivières bretonnes, sur les grèves de la mer du Nord ou le long des plages normandes, partout la même quête de lumière le guide. Il y a dans les peintures de Boudin un supplément atmosphérique qui les rend immédiatement identifiables et très désirables ! Charles Baudelaire est le premier à l’évoquer en 1859, en parlant de «plusieurs centaines d’études au pastel improvisées en face de la mer et du ciel», qualifiées déjà de «prodigieuses magies de l’air et de l’eau». Qu’il s’agisse d’essais sur le motif, sortes d’instantanés, ou d’huiles plus abouties et précises, à l’image de celles-ci, le bonheur de peindre les variations lumineuses reste chez Boudin le même. La propriétaire de ces œuvres, dont la succession était dispersée, devait avoir aussi bien du plaisir à les regarder. Tout comme elle tenait à ses pièces d’orfèvrerie, ses montres anciennes et sa collection de faïences de Moustiers. Parmi cette dernière, un objet avait retenu l’attention et illustrait la page 16 de la Gazette du 14 février. Présentée par l’expert comme une gourde en forme de livre relié avec son décor polychrome de deux cœurs enflammés, cette céramique de l’atelier de Féraud délivrait ses secrets le jour de la Saint-Valentin. Il s’agit en fait d’une bouillotte à main, ce que l’amateur éclairé qui l’a acquise à 5 064 € – peut-être un reserbullirophile – ne devait pas manquer de savoir !
 

La palme de la victoire n’échappait pas à cette délicieuse Baigneuse assise (35,3 x 27,2 cm), peinte vers 1905 par Pierre-Auguste Renoir (
La palme de la victoire n’échappait pas à cette délicieuse Baigneuse assise (35,3 27,2 cm), peinte vers 1905 par Pierre-Auguste Renoir (1841-1919). La jeune dame sortant du bain et occupée à se sécher acceptait, avec un peu de rouge aux joues, l’offrande de 492 120 € qui était déposée à ses pieds. Elle était nimbée d’une traçabilité parfaite, provenant notamment de la collection de Maurice Gangnat, qui l’avait acquise directement auprès du maître de l’impressionnisme : quelques qualités supplémentaires n’ayant fait qu’ajouter à ses charmes.
 
Les montres de collection présentées dans cette vacation avaient une autre provenance, mais tout autant de qualités. En témoigne cette mon
Les montres de collection présentées dans cette vacation avaient une autre provenance, mais tout autant de qualités. En témoigne cette montre «horloge» de carrosse du milieu du XVIIIe siècle en argent, avec quantième et fonction réveil. Il faut se souvenir que les voyages étaient alors longs et que, ballotés par les secousses des routes, il était aisé de s’endormir et donc bien nécessaire de pouvoir être réveillé. Petit chef-d’œuvre de technicité, celle-ci, signée Marchand à Paris et protégée dans son étui gainé de cuir gaufré, délivrait sa sonnerie pour 18 662 €.
 
Au XVIIIe siècle, Moustiers, riche de nombreux ateliers, produit une céramique de grande qualité rivalisant avec sa concurrente du Sud, Ma
Au XVIIIe siècle, Moustiers, riche de nombreux ateliers, produit une céramique de grande qualité rivalisant avec sa concurrente du Sud, Marseille. Parmi les manufactures au nom entré dans l’histoire ? Celle de Joseph Fouque et Jean François Pelloquin, active dès 1749 et exprimant l’art de deux peintres déjà expérimentés et talentueux. Cela se vérifie sur cet ensemble constitué d’un pichet (h. 25 cm) orné, dans un médaillon, de Jupiter entouré des dieux de l’Olympe et de son bassin (l. 36 cm), au riche décor polychrome en plein mettant en scène Orphée attaqué par les Ménades, et se confirme par son beau résultat de 37 981 €.
 
Le nécessaire ne dédaigne pas le raffinement ni la préciosité de l’or. C’est en ce métal qu’a été réalisé ce coffret-nécessaire, en Anglet
Le nécessaire ne dédaigne pas le raffinement ni la préciosité de l’or. C’est en ce métal qu’a été réalisé ce coffret-nécessaire, en Angleterre et vers 1770. Découvert entrouvert et dévoilant ses nombreux accessoires (flacons, ciseaux, aiguille, poinçon, cure-oreille, grattoir, couteau…) en page 15 de la Gazette no 6, il est cette fois présenté fermé, pour mieux lire la jolie devise courant en bordure de son couvercle, écrite en lettres d’or bien entendu et sur fond d’émail blanc : «Votre fidélité/fait ma seul/félicité.» Tant de bienfaits le menaient à une enchère de 20 452 €.
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