Une pêche à succès de Vernet

Le 17 juin 2021, par Anne Doridou-Heim

Le filet bien garni contenait une peinture de Vernet et une paire d’encoignures de Carlin.

Claude Joseph Vernet (1714-1789), Pêcheurs retirant leur filet dans un paysage classique, 1746, huile sur toile, 74 98 cm.
Adjugé : 489 440 

Alors que le musée de la Vie romantique met les peintures de tempête de Claude Joseph Vernet à l’honneur (voir l'article Avis de tempête sur la peinture de la Gazette n° 20, page 20), aux enchères, c’est une toile bien plus paisible du maître du XVIIIe siècle qui déchaînait les passions. Son thème : des Pêcheurs retirant leur filet dans un paysage classique. Et son résultat : 489 440 €. Une belle pêche pour l’auteur de la série des vingt vues des ports de France – quinze ont été exécutées, la plupart sont à Paris au musée de la Marine – et pour une œuvre puissante et arcadienne (voir l'article Vernet, une nature arcadienne de la Gazette n° 22, page 51), réalisée alors qu’il effectue son long séjour à Rome. Indubitablement, Vernet s’y montre à la fois digne héritier du Lorrain, dont il a retenu l’art ample et lumineux, et précurseur du sentiment romantique de la nature que le siècle suivant va adopter. C’est par décision royale en date du 27 septembre 1753 que Vernet est chargé de peindre les ports français. Royale également est la paire d’encoignures en marqueterie de bois de rose et amarante, estampillées de Martin Carlin, reçu maître en 1766. Les deux petits meubles ont été réalisés sous la direction du marchand mercier Simon-Philippe Poirier (vers 1720-1785), qui a déjà fourni en 1770 le coffret à bijoux de la future reine exécuté par le même ébéniste, et conservé au château de Versailles. Ils ont été livrés pour le garde-meuble privé de Marie-Antoinette, probablement vers 1775. Les encoignures portent en effet la marque au feu «GR/W», qui correspond à celle du grenier du couvent des Récollets, à Versailles. Les combles de ce lieu, édifié en 1684 par Jules-Hardouin Mansart, servirent de garde-meuble pour la reine Marie Leszczynska, pour la dauphine Marie-Josèphe de Saxe et pour Marie-Antoinette jusqu’en 1784, année de la réorganisation complète de cette administration royale. Un faisceau d’indices qui a convaincu l’établissement public du château de Versailles de les préempter pour 51 520 €.

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