Une collection aussi précieuse que scientifique

Le 29 octobre 2020, par Sophie Reyssat

Une boîte à automates attribuée aux Frères Rochat et un astrolabe maghrébin montent sur le podium.

Attribuée aux Frères Rochat, Genève, vers 1820, boîte à automates à trois ors jaune, rose et vert, et décor émaillé, musique à un air par cylindres en laiton à picots, poinçon Sené & Detalla, maîtres orfèvres, 9,2 5,7 cm.
Adjugé : 392 780 

Deux catalogues se partageaient les beaux objets d’une collection familiale constituée depuis le XIXe siècle (voir l'article Entre art et sciences, les rouages d’une collection de la Gazette n° 35, page 12), et qui mobilisait de nombreux amateurs français et étrangers, très actifs en ligne. 92 % des lots trouvaient preneur, permettant à cette dispersion de récolter 2,51 M€. Figurant parmi les objets précieux ouvrant l’après-midi, cette boîte à automates attribuée aux Frères Rochat, était particulièrement attendue. Elle dépassait les espérances en étant bataillée jusqu’à 392 780 € entre cinq passionnés français, britanniques et suisses, sur une estimation haute de 150 000 €. L’étude du mécanisme musical a permis de rapprocher son peigne de cinquante-huit lames, son ressort et son cylindre à picots, des pièces fabriquées par John Rich, un orfèvre anglais actif au tournant du XIXe siècle, avec lequel collaboraient les Frères Rochat. L’horlogerie n’était pas en reste, grâce aux 119 600 € requis pour un gousset à automates du début du XIXe siècle, fabriqué par Louis Duchêne et fils à Genève. Dans une architecture orfévrée sur fond de paysage suisse émaillé, deux couples de danseurs virevoltent sur un air de harpe joué par deux musiciens (diam.  6,2 cm, voir l'article Une collection familiale pile à l'heure de la Gazette n° 36, page 113). Autre travail d’orfèvre, une imposante poire à poudre, réalisée en Allemagne au début du XVIIe siècle, récoltait 61 100 € sur une estimation haute de 8 000 €. Conservée dans son coffret en cuir, cerclée d’argent ciselé et plaquée de nacre, elle s’orne d’un décor en vermeil montrant une ville assiégée d’un côté, et des armoiries de la maison Habsbourg de l’autre (18 13 4,5 cm). Après une bataille d’enchères d’une dizaine de minutes, le marteau tombait à 91 000 € pour la maquette d’une frégate anglaise du milieu du XVIIIe siècle, bordée en acajou et dont le tableau est richement sculpté et doré.

Ce globe céleste, portant la signature «A New Celestial Globe by R Caifhiee 1730», a été conçu pour réaliser des expériences astronomiques
Ce globe céleste, portant la signature «A New Celestial Globe by R Caifhiee 1730», a été conçu pour réaliser des expériences astronomiques. Au pôle, des engrenages peuvent s’adapter dans l’ensemble mécanique du globe terrestre qui l’accompagne. À eux deux (h. 58 et 60 cm, circonférence 88 et 89 cm), ces globes fabriqués en Angleterre forment donc un ensemble de démonstration, dont l’intérêt justifiait de batailler jusqu’à 102 700 € pour les emporter. D’usage aussi bien céleste que terrestre, un cercle d’arpentage du XVIIe siècle en laiton doré richement orné, signé «Leonard Damery Matemat à Bruxelles», respectait quant à lui les attentes, à 28 600 € (voir Gazette n° 35, respectivement pages 16 et 15).
La célébrité d’un facteur maghrébin du XVIIIe siècle, Muhammad al-Battutî, dont une vingtaine de pièces seulement sont référencées, permet
La célébrité d’un facteur maghrébin du XVIIIe siècle, Muhammad al-Battutî, dont une vingtaine de pièces seulement sont référencées, permettait à cet astrolabe, signé, d’être bataillé à 175 500 €. De belle taille (diam. 18 cm), il a été fabriqué en 1728, en bronze et laiton. La mère dispose de trois tympans double face, et d’une table. L’araignée comporte la position de vingt-six étoiles, et un petit arc-de-cercle du tropique du capricorne. Le dos contient un carré des ombres. Sur les tympans figurent ses lieux d’utilisation : Tunis, Meknès, Marrakech, La Mecque, Sijilmassa. Persan cette fois, et fabriqué en 1647 par Muhammad Bâqir et Muhmmad Mahdî al-Yazdî, un autre modèle se négociait à 49 400 € (voir Gazette n° 35, page 17).

Attendus au plus haut à 20 000 €, trois cadrans solaires étaient remarqués. Un modèle équatorial de forme ronde (h. 6, diam. 8,3 cm), fabr
Attendus au plus haut à 20 000 €, trois cadrans solaires étaient remarqués. Un modèle équatorial de forme ronde (h. 6, diam. 8,3 cm), fabriqué en 1558 par l’Augsbourgeois Christophorus Schissler l’Ancien, était propulsé à 118 300 €. Le prix de l’excellence, pour ce fournisseur des princes. Toujours en laiton, un cadran diptyque rectangulaire de 1584, par Alexius Schniep, décrochait 65 000 € (11,4 8,4 cm, voir Gazette n° 35, page 17). Plus rare, en ivoire, un modèle de forme similaire, fabriqué par Christian Heiden en 1569, était bataillé à 117 000 € (voir photo). Il a appartenu à V. D. Joachim Haller, consul du grand conseil de la République des lettres de Nuremberg, directeur en charge de ses temples et écoles (9,5 6,5 cm).
Les objets d’art n’étaient pas reste, certains dépassant allègrement leurs estimations, comme cette sculpture en verre signée René Lalique
Les objets d’art n’étaient pas reste, certains dépassant allègrement leurs estimations, comme cette sculpture en verre signée René Lalique (1860-1945), propulsée à 71 500 € sur une estimation haute de 9 000 €. Un résultat à attribuer à la rareté des grandes pièces sur le marché, celle-ci mesurant 59 cm. Les Inséparables, en verre blanc moulé-pressé, reposent sur une base en bois pyramidale. Émile Gallé (1846-1904) se faisait lui aussi remarquer, à 62 400 €, avec un vase en forme de lampe de mosquée, façonné vers 1880 en verre transparent à fond vermiculé et émaillé en relief. Son décor oriental – un personnage, un singe et un palais dans trois cartouches – est surmonté par la devise «C’est sortilège que d’aimer» (h. 31,5 cm 18,5 cm).
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