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Yoroi de samouraï

Publié le , par Anne Doridou-Heim

L’histoire du clan Nakawaka, dont les emblèmes figuraient sur un ensemble composé de deux armures et de deux paravents, était relatée par la Gazette...

Yoroi de samouraï
Japon, milieu de l’époque d’Edo (1603-1867), armure (yoroi) garnie de laque dorée avec cuirasse à deux corps et cordelettes colorées, casque laqué rouge à soixante-deux plaques.
Adjugé : 15 312 

L’histoire du clan Nakawaka, dont les emblèmes figuraient sur un ensemble composé de deux armures et de deux paravents, était relatée par la Gazette no 9 du 8 mars (page 60). Cela ne suffisait pourtant pas à retenir l’attention sur celui-ci. C’est un autre modèle plus ancien, puisque produit au milieu de l’époque d’Edo, qui obtenait le plus haut résultat. Cette armure de guerrier (reproduite ci-contre) était non seulement laquée à l’or, complète et pourvue d’un casque laqué rouge à soixante-deux plaques, mais encore enrichie d’une cuirasse à deux corps entièrement tissée de cordelettes rouges, vertes et blanches. Un rendu saisissant qui lui permettait d’emporter 15 312 €. Les armures japonaises sont probablement le symbole le plus reconnaissable du samouraï avec son sabre, le célèbre katana. Et pourtant, la majorité de celles que nous voyons sur le marché n’ont jamais protégé un combattant. De fait, et on l’oublie trop souvent, en dépit de quelques incidents, l’ère d’Edo fut la plus longue période de paix de l’histoire du pays et les armures, si elles continuaient à plaire aux membres des influentes familles, étaient uniquement commandées en tant qu’objets d’apparat. Ce qui n’enlève rien à leur fascinante beauté ! Le bouddhisme est arrivé dans l’archipel depuis la Corée au milieu du VIe siècle. Il y est fondé sur la recherche de sérénité. Une vertu dont le bouddha Sakyamuni assis sur son trône, les mains appelant la terre à témoin, n’est pas dépourvu. Une statue (h. 54 cm) le représentant, fondue en bronze au Laos entre les XVIe et XVIIe siècles, exprimait 12 760 €. Elle est exécutée dans le style Vientiane alors en vogue dans ce royaume d’Asie du Sud-Est. Au Laos, le bouddhisme est bien plus qu’une doctrine : c’est une culture qui fait partie de la vie de tous les jours et de tout un chacun. Le XVIe siècle le voit devenir religion d’état, l’animisme et le culte des esprits étant dès lors interdits et le pays se couvrant de temples et de sculptures.

vendredi 15 mars 2019 - 14:00 (CET) - Live
Boisgirard - Antonini
Emblèmes et armures du clan Nakagawa

L’époque Azuchi-Monoyama (1573-1603) fut une période de troubles, rythmée par des batailles entre les seigneurs pour l’unification du Japon, jusqu’à la prise de pouvoir de l’un des clans, celui de Tokugawa, qui ouvrira l’ère Edo. Le samouraï Nakagawa Kiyohide (1542-1583), d’abord au service d’Ikeda Katsumasa, va se rallier, après une brève période indépendante, à Oda Nobunaga et, après la mort de celui-ci, à Hashiba Hideyoshi. Il trouve la mort à la bataille de Shizugatake. Son seigneur Oda Nobunaga s’était converti au christianisme et était favorable à une ouverture aux techniques occidentales. Les Nakagawa sont ainsi devenus chrétiens. Influents dans le système politique du shogunat, ils adoptèrent un kurusu-mon (croix chrétienne), conservé après le bannissement du christianisme au Japon, effectif à partir de 1637. En 2003, pour la réédition du Puissant royaume du Japon  la description de François Caron (1636), Jacques et Marianne Proust choisissent pour illustrer la couverture un détail de La Chasse au cerf sur le mont Miyake (propriété de la préfecture d’Oita, Kyushu), où l’on voit le seigneur Nakagawa Hisayori à cheval ; la selle est ornée du kurusu-mon, bien visible. L’autre emblème du clan est le dakikashiwa, soit deux feuilles de chêne tournées l’une vers l’autre, qui devait assurer son allégeance à l’empereur. La famille hérite du château d’Oka, détruit en 1873 à l’abolition de l’usage militaire des châteaux. En 1884, la famille Nakagawa reçoit le titre de comte, qui sera employé jusqu’à l’abolition de l’aristocratie, en 1947. Elle reste cependant attachée à ses emblèmes, comme en témoignent ces deux paravents byobu représentant deux rideaux rouges sur fond de feuille d’or, l’un comportant deux dakikashiwa-mon et un kurusu, l’autre deux kurusu et une des feuilles de chêne. Ils accompagnent deux armures très complètes : l’une à laque noire et cordelettes orange avec l’emblème kurusu, l’autre à lacets bleus avec le dakikashiwa, composées chacune d’un casque à trente-deux plaques, d’une cuirasse à deux éléments aux cordelettes orange, d’un hidate couvert de maille à la japonaise et de lamelles de métal lacées… Elles sont présentées dans des coffres pour armure (yoroibako).

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