Figures féminines par Magritte et Warhol

Le 14 janvier 2021, par Anne Doridou-Heim

Le maître belge cultivait le mystère et jouait avec les niveaux de lecture. À ses côtés apparaissaient de célèbres visages américains.

René Magritte (1898-1967), Head with Female Torso, vers 1941, gouache sur papier, 14,6 10 cm.
Adjugé : 547 240 

Le menu se promenait dans tout le XXe siècle pictural et se concluait sur un produit total de 1 798 791 €. Il était emmené par les 547 240 € de cette petite – 14,6 10 cm – gouache de René Magritte (1898-1967). Avec cette Head with Female Torso exécutée vers 1941, le maître belge, membre du surréalisme, livre une œuvre nécessitant une nouvelle fois des clés de lecture. Il dessine une représentation inversée du corps, le visage étant à la place du torse et vice versa. L'artiste développe cette idée depuis quelques années déjà — abordée en couverture d’un ouvrage de Breton paru en 1934 (Qu’est-ce que le surréalisme ?, René Henriquez éditeur, Bruxelles) — et l’appliquera en 1945 dans l’une de ses toiles les plus célèbres, Le Viol (Centre Pompidou). Le visible et l’invisible sont présents dans ce corps morcelé et recomposé en un alphabet plastique particulier, celui qui use aussi souvent de pomme, d’oiseau, de nuage ou encore d’homme à chapeau melon. Cette poésie a une vocation, faire comprendre la difficulté que nous avons à faire cohabiter la réalité extérieure avec nos images mentales. Magritte l’évoquait ainsi : «Mes tableaux sont des pensées visibles. Ces pensées sont formées exclusivement par les figures que le monde m’offre. Ces figures sont réunies dans un ordre qui évoque le mystère.» Il n’est pas pour autant amateur des théories psychanalytiques que la plupart des surréalistes recherchent, mais de symboles avec lesquels il joue à volonté. Transition facile avec Andy Warhol (1928-1987), l’auteur de l’œuvre suivante, qui affirmait : «Tout est plus ou moins artificiel. Je ne sais pas où s’arrête l’artificiel et où commence le réel». Bien sûr, la démarche de celui-ci est tout autre ! Sa sérigraphie unique sur papier Saunders, représentant Marilyn Monroe (85 63 cm) en 1978 dans une impression de négatif, fixait 314 510 €. Et pour rester de l’autre côté de l’Atlantique, on s’arrêtera à nouveau sur un visage féminin produit en associant l’acrylique, le flocage, le néon et la xérographie, le tout sur toile par l’artiste Elaine Sturtevant (1926-2014). Cette autre Américaine s’est fait connaître – tout en suscitant la controverse — en réinterprétant dans les années 1960-1970 lesœuvresdecontemporainscélèbres comme Warhol, mais aussi Lichtenstein, Rauschenberg… Avec ce Raysse Peinture à Haute Tension (162 96,5 cm) de 1968-1969, produit à huit exemplaires et imprimé à 156 000 €, c’est un tableau du Français Martial Raysse (né en 1936) qu’elle réinterprétait.
Jeudi 17 décembre, Atelier Richelieu. Pierre Bergé & Associés OVV.

jeudi 17 décembre 2020 - 19:00 - Live
Pierre Bergé & Associés
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