L’art du Vietnam dans tous ses états

Le 31 mars 2020, par Anne Doridou-Heim

En cette période d’immobilité forcée, ce chapitre 8 des ventes Indochine de la maison Lynda Trouvé prenait des couleurs particulières et lançait une bien jolie invitation au voyage.

Jean-Louis Paguenaud (1976-1952), La Baie d’Along, 1934, huile sur toile, 513 x 203 cm.
Adjugé : 28 160 €

La formule, fonctionnant depuis huit sessions déjà, mêle souvenirs de la cour de Hué, photographies d’époque, peinture vietnamienne, laques et objets d’art. Devant les nombreux ordres d’achat et marques d’intérêt reçus, notamment du Vietnam, la maison a décidé de maintenir sa vente et de la tenir on line. Avec raison visiblement ! Datant du règne de Thieu Tri (1841-1847), une coupe couverte (h. 20,5 cm) sur piédouche en cuivre voyait son décor émaillé de rinceaux fleuris séduire à 29 440 € tandis qu’une assiette impériale fabriquée dans la même technique (1820-1840), ornée de dragons pourchassant la perle sacrée, retenait 15 360 €. Ces bons résultats étaient confortés par les 21 760 € honorant le visage photographié de l’empereur Hàm Nghi (il a régné moins d’un an, entre 1884 et 1885), alors en exil en Algérie, pour avoir été une figure de la résistance nationale vietnamienne face à la colonisation française. Puis c’était au tour de la toile de Jean-Louis Paguenaud, (1876-1952) de prendre le large à 28 160 €. Ce peintre de la Marine a sillonné les mers du globe et illustré ses escales de nombreuses œuvres graphiques de grande qualité. Ce que ne manquait pas de relever l’amiral Dumesnil, commandant en chef de la flotte en Méditerranée, qui lui commandait ce panorama en 1934. La baie d’Along s’y déploie dans sa beauté unique. Il est d’ailleurs assez étonnant d’imaginer qu’elle a aujourd’hui retrouvé sa sérénité et que seules les jonques centenaires la sillonnent…
Le lendemain, les laques prenaient le pouvoir. Cette technique ancestrale n’a pas fini de dévoiler les talents de ses auteurs. Chaque vacation apporte son lot de surprises. Alix Aymé (1894-1989), la professeure qui l’a introduite à l’École des beaux-arts d’Hanoï pour lui donner une nouvelle vie, recevait 30 720 € à deux reprises. Une première fois pour La Petite Couturière (55 x 80 cm), une laque polychrome rehaussée de coquille d’œuf, et la seconde pour un Bouquet de fleurs (76 x 56,5 cm) exécuté sur bois. Les élèves dépassaient cependant leur maître : deux œuvres de l’artiste Nguyen Van Rô (1921-1997), professeur à l’école des arts décoratifs de Gia Dinh (ancien nom de Saïgon), réalisées avec des feuilles d’or sur panneaux de bois, retenaient respectivement 38 400 et 40 960 €. Quant à la Rive du Fleuve Rouge de Tran Phuc Duyen (1923-1993), une laque polychrome sur bois (96 x 127 cm) datée 1952, c’est jusqu’à 83 200 € que les enchérisseurs devaient monter ! Bui Xuan Phai (1920-1988), une figure essentielle de l’art vietnamien, auteur de nombreuses peintures du vieux quartier de Hanoï, concluait avec une Ruelle d’un village aux environs de Hanoï (30,5 x 40 cm) et un Village lacustre de Cat Ba (56 x 80 cm). Deux peintures reconnues respectivement à 51 200 € et 65 280 €.

mardi 17 mars 2020 - 14:00 - Live
9, rue Drouot 75009 Paris
Lynda Trouvé
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