Le Ernst des Creuzevault père et fille

Le 26 novembre 2020, par Anne Doridou-Heim

Avec Richier, César et PIcasso, Max Ernst était un des lauréats de ce duo pionnier au service de l’art de son temps.

Max Ernst (1891-1976), Forêt, 1927, huile sur toile, 65 81 cm.
Adjugé : 1 346 200 

277 552 € – soit 200 % de l’estimation globale basse – étaient totalisés par la dispersion du second volet de la collection de Colette Creuzevault, mise en lumière dans l’Événement que la Gazette n° 38 (voir l'article La collection Creuzevault entre peinture et sculpture pages 14 et suivante) lui consacrait. En y ajoutant les 2 582 164 € de la première session, le résultat global s’élève à 5 859 716 €. Cette vacation racontait une nouvelle fois, et en 38 numéros seulement, les choix avant-gardistes d’Henri Creuzevault, prolongés avec la même passion par sa fille Colette. C’est toute une époque qui défilait ainsi, celle où Paris était une fête pour l’art et, où l’effervescence était à son comble, emmenée par des esprits éclairés et audacieux. Un halo lunaire venait illuminer la Forêt de Max Ernst (1891-1976). L’huile sur toile (voir ci-dessus) est un document historique à plus d’un titre. Tout d’abord parce qu’il s’agit de l’une des premières illustrations de la technique du frottage mise au point par le peintre, ensuite parce qu’elle appartient au début du surréalisme. Et enfin car elle rappelle les liens de Creuzevault avec les pionniers de l’art moderne et son engagement sans faille à les défendre, en leur organisant des expositions (Ernst en 1958 notamment) sur les murs de sa galerie et en leur achetant des œuvres pour sa collection personnelle. On peut affirmer qu’il ne s’est pas trompé : les 1 346 200 € reçus par cette œuvre vibrant d’une sombre lumière intérieure consacrent son jugement. Tout comme les 266 700 € d’un plus classique dessin de Picasso, les 381 000 € d’un bronze de Germaine Richier, les 196 850 € d’une fonte en bronze du Pouce de César ou encore les 92 000 € d’une toile de Matta (toutes reproduites page de gauche). Pour Henri Creuzevault, le XXe siècle était celui de la sculpture… Et c’est bien une autre de ses qualités d’avoir osé montrer ce médium au même rang que la peinture, là où beaucoup encore le reléguaient au second rang. En 1964, il organise une exposition manifeste, «Dix grands sculpteurs – vingt sculptures», puis récidive fin 1967 avec «Table d’orientation pour une sculpture d’aujourd’hui», abordant l’emploi par les artistes de nouveaux matériaux. Sa fille prendra sa suite avec la même détermination et la même passion. 
 

Le goût d’Henri Creuzevault pour les univers oniriques le porte à s’intéresser au surréalisme, à Max Ernst bien sûr mais aussi à Wifredo L
Le goût d’Henri Creuzevault pour les univers oniriques le porte à s’intéresser au surréalisme, à Max Ernst bien sûr mais aussi à Wifredo Lam et Roberto Matta (1911-2002). De ce dernier, une importante huile sur toile titrée Infraréalisme (200 243 cm), du nom d’un mouvement créé par le Chilien – et dont il fut d’ailleurs l’unique membre –, retenait 116 840 €. La peinture était accompagnée d’une photographie le fixant, portant au verso, de la main de l’artiste, cette mention : «Ce tableau infraréaliste est la propriété de Colette Creuzevault.»
Précisément datée «9.1.71», cette Tête de Pierrot (31,9 x 22,4 cm) de Pablo Picasso (1881-1973), aux feutres noir et de couleur, rehaussé
Précisément datée «9.1.71», cette Tête de Pierrot (31,9 22,4 cm) de Pablo Picasso (1881-1973), aux feutres noir et de couleur, rehaussé de craie blanche sur carton gris, affichait sa mine drolatique à 266 700 €. Ce dessin plein de verve illustre un autre aspect du marché de l’art des années 1970 : les liens et le respect existant entre ses acteurs, puisqu’il a été exposé à la galerie Louise Leiris, autre incontournable de l’époque.
© SUCCESSION PICASSO, 2020

Les liens unissant les Creuzevault et la sculptrice Germaine Richier (1902-1959) sont bien connus et ont été rapportés dans ces pages, not
Les liens unissant les Creuzevault et la sculptrice Germaine Richier (1902-1959) sont bien connus et ont été rapportés dans ces pages, notamment à l’occasion de la première dispersion du 11 décembre 2019, qui comportait plusieurs pièces de l’artiste (voir l'article Henri Creuzevault : une collection axée sur la sculpture de la Gazette n° 40 du 22 novembre 2019, page 14). Cette fois, c’est une épreuve en bronze à patine brune, justifiée 4/6, d’une œuvre conçue en 1946 qui apparaissait et se posait à 381 000 €. La Vierge folle (h. 133 cm) montre l’une des rares représentations humaines réalisées par Germaine Richier. Elle date aussi de cette période où elle se détache de l’influence classique pour tracer son propre chemin avec détermination.
En 1957, César (1921-1998) est encore peu connu lorsque Henri Creuzevault l’expose pour la première fois et lui propose un contrat. Le gal
En 1957, César (1921-1998) est encore peu connu lorsque Henri Creuzevault l’expose pour la première fois et lui propose un contrat. Le galeriste peut être considéré comme l’un des principaux instigateurs de son travail à la fonderie. Colette poursuit fidèlement cette amitié artistique après le décès de son père en 1971 et organise en 1973 «Tête à tête», pour laquelle elle réunit tous les aspects de l’œuvre du Niçois, plaques, compressions et expansions. Douze productions de l’artiste se retrouvaient ici. Le Pouce (90 47,5 26 cm), une épreuve en bronze à patine dorée datée 1966 et pièce emblématique de la série sur les empreintes, imprimait la sienne à 196 850 €. Conçue en 1964, cette version a fait l’objet d’une édition de huit numéros seulement.
© SBJ / ADAGP, PARIS 2020



 


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