André Lhote en Avignon, la cité des papes 

Le 22 septembre 2021, par Caroline Legrand

L’artiste offre avec cette peinture plus qu’un beau panorama sur la cité des papes : un paysage en forme d’hommage au patrimoine culturel français.

André Lhote (1855-1962), Paysage d’Avignon, huile sur papier marouflé sur toile, 67 138 cm.
Estimation : 50 000/60 000 Adjugé : 43 100 €

André Lhote a peint à plusieurs reprises la ville d’Avignon, que ce soit dans ses toiles cubistes des années 1910 ou dans celles de la fin de sa carrière. Et ce n’est sans doute pas un hasard s’il a choisi un lieu marqué artistiquement par l’œuvre emblématique de Pablo Picasso, Les Demoiselles d’Avignon de 1907. Par ailleurs, il a acheté en 1926 une maison située à un peu plus d’une heure au sud de la cité, à Mirmande dans la Drôme, où de nombreux artistes trouveront refuge durant la guerre. En 1938, il s’en rapproche encore en faisant l’acquisition d’une seconde demeure à Gordes, au cœur de la Provence. Les monuments historiques, les villages pittoresques et les vestiges du passé ont été une source inépuisable d’inspiration pour lui. Chantre de la modernité attaché à sa propre vision d’une peinture décorative, Lhote n’a jamais cessé de questionner le passé, se servant de la culture classique, ou de la tradition, comme base de sa réflexion. Il déclarait ainsi vouloir «atteindre un but classique en employant des moyens neufs». Une conception que nombre de ses acolytes cubistes, désireux de détruire les références artistiques anciennes pour mieux construire l’avenir, ne partageaient pas. Composition aérée et lumineuse mettant l’accent sur les monuments du passé, ce tableau n’est pas sans rappeler certains paysages des grands peintres italiens de ruines antiques du XVIIIe siècle, ou encore ceux réalisés durant son séjour romain par Jean Auguste Dominique Ingres, l’un des artistes que Lhote, enfant, admirait le plus dans les musées. Mais il prend quant à lui le parti de les restituer par aplats de couleur et formes synthétiques… Rappelons aussi qu’il aimait transmettre ce savoir essentiel il enseigna tout d’abord, entre 1918 et 1920, à l’académie Notre-Dame-des-Champs à Paris, avant de créer sa propre école en 1922, rue Odessa, dans le quartier de Montparnasse. Il y eut notamment pour élèves Tamara de Lempicka et Henri Cartier-Bresson.

Agenda
L'éclectisme sera de mise lors de cette vente. Elle verra se côtoyer aussi bien un Paysage d'Avignon peint par André Lhote, dont on attend 50 000/60 000 € (voir Gazette n° 33, page 71), qu'une sculpture en marbre d'un buste d'homme ou d'Éros issue d'un travail romain du IIe ou IIe siècle, à 30 000/40 000 €. La peinture ancienne ne sera pas en reste grâce à une paire de toiles d'un artiste de l'entourage de Nicolas Van Houbraken, Nature morte à l'aiguière fleurie sur un entablement et Nature morte à la coupe avec cactus sur un entablement (30 000/40 000 €). La décoratrice Line Vautrin imposera quant à elle sa sensibilité et son imagination avec un rare miroir asymétrique rectangulaire, ce qui le distingue des nombreux miroirs sorcière ronds qu'elle réalisa : en talosel et miroirs colorés, cette pièce unique devrait nécessiter d'enchérir à hauteur de 50 000/60 000 €.
samedi 02 octobre 2021 - 14:30
Les Baux-de-Provence - Domaine de Manville - 13520
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