L’empire du raffinement

Le 03 décembre 2020, par Sophie Reyssat

Porcelaines de Sèvres, dessins de Percier, et sculptures de Guillaume sont à l’honneur.

Paris, manufacture de Dihl et Guerhard et Piat-Joseph Sauvage, plaque en porcelaine dure à décor en brun sur fond blanc montrant Minerve célébrée par des nymphes et des putti, signée et datée «Sauvage in. f. manufre Guerhard. & Dihl an 6. An VI, 22 septembre 1797-21 septembre 1798», 84 34 cm hors cadre.
Estimation : 40 000/60 000 

Les lundi 7 et mardi 8 décembre se partagent une dispersion sur le thème de l’Empire. Si le premier jour débutera à 10 h avec des médailles, des ordres de chevalerie et des manuscrits, Adélaïde Labille-Guiard ouvrira l’après-midi aux cimaises, avec le Portrait présumé de Marie-Jean Hérault de Séchelles (1759-1794). Cette huile sur toile ovale (voir l'article Un Conventionnel peint par Adélaïde Labille-Guiard, une artiste royale de la Gazette n° 42, page 20), a été peinte en l’an III de la République, à quelques mois de l’exécution de ce député de la Convention (65 54 cm, 40 000/60 000 €). La porcelaine sera brillamment évoquée, dans toute sa diversité. Les arts de la table seront bien servis, grâce à la manufacture de Sèvres. Un sucrier, des compotiers, une jatte et plusieurs assiettes du service à fond pourpre sur le thème des vues d’Italie, fabriqué entre 1805 et 1807, et offert par Napoléon Ier à l’archichancelier Jean-Jacques Régis de Cambacérès, seront proposés entre 3 000 et 12 000 €. Une tasse litron de 1811, accompagnée de sa soucoupe, sera remarquée pour la rareté de son décor, le platine remplaçant l’or pour sa frise capraire sur fond beau bleu (600/800 €). Pour ses pièces décoratives, comme une paire de vases Médicis à la manière de Wedgwood, la fabrique a opté pour le biscuit (voir photo page de gauche). Ces pièces proviennent de la collection de la famille Le Fuel, comme la plaque de porcelaine reproduite. Son décor à l’antique, en trompe l’œil à l’imitation d’un bas-relief de bronze doré, a été peint par Piat-Joseph Sauvage. Membre de l’académie royale en 1781, l’artiste a plus d’une corde à son arc. Outre les décors intérieurs peints pour les demeures royales et les laiteries de la reine à Rambouillet et à Versailles, il use de son pinceau sur des supports aussi variés que le marbre, la soie, l’ivoire ou la porcelaine. Il est ainsi mentionné à partir de 1797 dans les archives de la manufacture de Dihl et Guerhard, pour laquelle il a réalisé cette œuvre.  

Cette aquarelle et lavis sur trait à la mine de plomb (45,5 x 30 cm), de Charles Percier (1764-1838), présentée le lundi 7, est une étude
Cette aquarelle et lavis sur trait à la mine de plomb (45,5 30 cm), de Charles Percier (1764-1838), présentée le lundi 7, est une étude de 1804 pour la grande vasque du palais des Tuileries, aujourd’hui conservée au Grand Trianon de Versailles (30 000/50 000 €, Mme de La Chevardière, expert). Initialement en possession de Jacob-Desmalter, qui a monté la pièce de malachite portée par des bronzes de Cartellier, en 1810, la feuille a été conservée dans sa descendance jusqu’à la collection d’Olivier Le Fuel. Quatre autres feuilles originales de Percier, figurant des jardinières, une pendule et un lustre, ont pris le même chemin. Elles sont aujourd’hui proposées entre 4 000 et 8 000 €.
Présenté le lundi 7, ce plâtre original patiné d’Eugène Jean-Baptiste Claude Guillaume (1822-1905), représentant Orphée charmant les bêtes
Présenté le lundi 7, ce plâtre original patiné d’Eugène Jean-Baptiste Claude Guillaume (1822-1905), représentant Orphée charmant les bêtes féroces (h. totale : 197 cm, 12 000/18 000 €, Mme de La Chevardière, expert), provient lui aussi de la collection de la dynastie Jacob-Desmalter et Le Fuel, avec laquelle il s’était lié par mariage. L’œuvre a permis au sculpteur d’obtenir une médaille d’honneur à l’Exposition universelle de 1878. Quatre bustes en marbre (h. 80 cm chacun), figurant Napoléon Ier à des périodes charnières de sa vie évoquent également son travail (de 15 000 à 30 000 €). Ils font partie d’une série de six, taillés d’après des plâtres conservés à la Malmaison. Ils montrent Bonaparte en général de l’armée d’Italie, en costume de sacre, dans sa maturité avant la campagne de Russie, et au moment de sa captivité.
Le mardi 8 évoquera la Restauration avec cette imposante jardinière de la duchesse de Berry. Ses formes galbées, au centre desquelles se d
Le mardi 8 évoquera la Restauration avec cette imposante jardinière de la duchesse de Berry. Ses formes galbées, au centre desquelles se détache un mufle de lion sous une galerie ciselée de roses, sont marquetées de loupe d’orme incrustée de filets en amarante (78 94,5 70 cm, 7 000/10 000 €, Mme de La Chevardière, expert). Elle évoque l’époque où la jeune veuve, installée aux Tuileries dans le pavillon de Marsan, désire donner un peu de gaîté à son intérieur. En 1824, elle décide ainsi de parer son appartement de fleurs, et de remplacer progressivement l’austérité de l’acajou par la luminosité de l’orme. L’absence de marque du Garde-Meuble laisse penser que cette jardinière est l’une de ses acquisitions personnelles.
 
Inspirée par les vases Médicis et Borghèse, respectivement conservés à la galerie des Offices de Florence et au Louvre, cette paire de vas
Inspirée par les vases Médicis et Borghèse, respectivement conservés à la galerie des Offices de Florence et au Louvre, cette paire de vases couverts (h. 52 cm), provenant de la collection Le Fuel, a été façonnée par la manufacture de Sèvres vers 1813-1814. Grâce au choix d’un biscuit de porcelaine dure à pâte bleue à l’imitation de Wedgwood, le décor se démarque en bas relief. Il relate le sacrifice d’Iphigénie pour le premier, et célèbre Bacchus et Ariane pour le second (20 000/30 000 €). La technique du biscuit a elle aussi été choisie pour la figurine de la déesse Cérès, fabriquée entre 1800 et 1850 au modèle du surtout du service particulier de l’Empereur (h. 44 cm, 3 000/4 000 €). Ces œuvres seront au programme le lundi 7 (M. Froissart, expert).
Agenda

Les lundi 7 et mardi 8 disperseront près de 400 lots évoquant essentiellement l’Empire, mis à part quelques œuvres, comme le portrait présumé du conventionnel Hérault de Séchelles, immortalisé par Adélaïde Labille-Guiard (40 000/60 000 €). Parmi les souvenirs de Napoléonides, figurent un almanach au chiffre de Joséphine, également utilisé par son fils Eugène (5 000/6 000 €), des pièces du trousseau de nouveau-né du roi de Rome (entre 800 et 1 500 €), ou encore un carnet de voyage contenant dix-huit dessins de la reine Hortense (4 000/5 000 €). Napoléon Ier veillera sur sa famille, avec quatre bustes scuptés par Eugène Jean-Baptiste Claude Guillaume, le représentant à différents âges de sa vie (de 15 000 à 30 000 €). Ils proviennent de la collection Le Fuel, au même titre que des dessins de Charles Percier ayant appartenu à Jacob-Desmalter, et des porcelaines produites par Sèvres et la manufacture de Dihl et Guerhard. La poésie s’invitera au programme avec les œuvres complètes de Jean de La Fontaine, anciennement dans la bibliothèque de l’empereur à Sainte-Hélène (5 000/6 000 €).

lundi 07 décembre 2020 - 10:00 - Live
Fontainebleau - 9-11, rue Royale - 77300
Osenat
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne