Un Japonais à Paris

Le 13 juillet 2021, par Caroline Legrand

Acquise directement auprès de l’artiste, cette toile est signée Takanori Oguiss. Installé en France en 1927, le peintre japonais appréciait la douceur de vivre parisienne.

Takanori Oguiss (1901-1986), Canal Saint-Martin, les quais animés, huile sur toile signée, 55 65 cm.
Estimation : 40 000/50 000 

Jamais présentée sur le marché, puisqu’elle fut acquise par la famille de son actuel propriétaire directement auprès de Takanari Oguiss, cette toile illustre parfaitement le travail de l’artiste dédié aux rues parisiennes ou des villes de banlieue, à leur beauté simple et monumentale à la fois. Un cadrage original distingue ses compositions, dans lesquelles la figure humaine est souvent absente… comme si la vie inhérente à ces lieux séculaires était suffisamment éloquente. Peignant rarement les monuments célèbres, il donne sa préférence aux rues et aux bâtisses – vieux quartiers pittoresques, boutiques anciennes ou marchés –, riches de la vie et de l’histoire des hommes et des femmes ordinaires. Les architectures massives dominent des compositions peintes tantôt dans un délicat camaïeu de gris et d’ocre, tantôt dans une palette plus colorée et une matière plus épaisse. Son œuvre, réaliste, s’inspire du travail d’un Maurice Utrillo. Il faut dire qu’il a vécu tout comme ce dernier à Montmartre. Après être passé par les Beaux-Arts de Tokyo, le peintre japonais s’est installé à Paris en 1927. S’il habite dans un premier temps le quartier de Montparnasse, où il fréquente les artistes de la Ruche, il s’établit en 1933 dans un des ateliers de la Butte réservés aux artistes, rue Ordener. Très vite intégré notamment grâce à ses amis et compatriotes Léonard Tsuguharu Foujita, Sadami Yokote et Genichiro Inokuma, parlant rapidement français, il peint et expose avec succès ses vues des vieux quartiers de la capitale. Il pousse néanmoins ses pérégrinations jusque dans les villes environnantes, notamment à Saint-Denis, mais aussi dans toute l’Europe, à Amsterdam, Anvers ou Venise… Après un intermède au Japon durant la Seconde Guerre mondiale, le voyant officier comme peintre des armées, Oguiss revient en France en 1948, reprenant le cours de son travail au cœur de la douceur de vivre parisienne.

Agenda
Collaborateur de son cousin Le Corbusier – né Charles-Édouard Jeanneret-Gris –, Pierre Jeanneret a offert quinze années de sa vie au projet de création et d'aménagement de la nouvelle capitale du Pendjab, Chandigarh. Cette aventure sociale et architecturale unique a débuté en 1947. Il restera sur place de 1951 à 1966, jusqu'à la fin des travaux. Jeanneret dessine une centaine de bâtiments, notamment des logements sociaux et populaires, et conçoit des meubles alliant modernité et esprit traditionnel, notamment par l'utilisation de bois locaux. En témoignent la dizaine de pièces présentées dans cette vente, dont une bibliothèque double en teck massif, réalisée pour celle centrale de la ville vers 1957-1958 (25 000/30 000 €), et un bureau dit « administratif » du même matériau, à caisson latéral et piétement en double compas (10 000/12 000 €). Changement de latitude en compagnie du peintre japonais Takanari Oguiss, décrivant la douceur de vivre près du Canal Saint-Martin, les quais animés (40 000/50 000 €. Voir Gazette n° 28, page 44), et d'Émile Sagot nous invitant à redécouvrir L'Abbaye du Mont-Saint-Michel dans un ensemble de soixante-cinq dessins d'architecture aquarellés (12 000/15 000 €. Voir Gazette n° 28, page 14). 
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