Étienne Morillon, avant-garde lyonnaise

Le 05 novembre 2020, par Caroline Legrand

Très peu représenté sur le marché, Étienne Morillon se révèle avec ce portrait pointilliste de 1908 comme un peintre novateur de grande valeur.

Étienne Morillon (1884-1949), Les Deux Petites Sœurs (Les Sœurs Coursanges), 1908, huile sur toile, signée et datée, 197 157 cm.
Estimation : 15 000/20 000 

Ce lumineux portrait pointilliste nous rappelle qu’avant la fondation en 1920 du groupe des ziniars, aux côtés des autres promoteurs lyonnais de la modernité tels Louis Bouquet ou Combet-Descombes, Étienne Morillon était déjà un grand peintre. Des couleurs claires déposées en petites touches animent cette composition verticale parfaitement structurée, et à l’effet de perspective renforcé par la présence de la poupée à terre, qui symbolise aussi l’insouciance de ces deux sœurs prenant la pose malgré leur impatience évidente à reprendre leurs jeux. Datée de 1908 – de sa pleine période divisionniste, donc, dont le musée Paul-Dini de Villefranche-sur-Saône possède un autre exemple, La Passante –, cette grande peinture représenterait les sœurs Coursanges. Cette année-là, Morillon a 24 ans. Fils de commerçant en tissus de Soucieu-en-Jarrest, près de Lyon, il est passé par les beaux-arts de cette ville, de 1901 à 1904, puis ceux de Paris durant les cinq années suivantes. Il a découvert les mouvements d’avant-garde que sont le pointillisme, le fauvisme et le cubisme, et a fréquenté des artistes de renom, tels Derain et Utrillo. Pendant les vacances d’été, il revient au pays natal et, en compagnie de ses frères Charles et Antoine, tous deux photographes, parcourt à bicyclette les villages de la région. Il peint également au fil de ses découvertes et rencontres la chapelle de Saint-Vincent d’Agny en 1907, ou nos deux filettes durant l’été suivant. Cette même année 1908, il débute sa participation au Salon d’automne de Lyon, où il exposera régulièrement, de même qu’aux Indépendants à Paris de 1914 à 1924. Il s’installe en 1910 définitivement dans la cité rhodanienne, occupant l’ancien atelier de Paul Borel, dans le quartier d’Ainay, qui sera plus tard celui de Jacques Truphémus. Étienne Morillon compte sans conteste parmi les artistes lyonnais d’influence, devenant dans les années 1930 et 1940 une référence pour les jeunes générations avec ses natures mortes, paysages et portraits au réalisme construit, inspiré du cubisme.

Agenda
Cette vente proposera l'une des œuvres phares de la semaine : une épreuve en bronze de l'Ève, petit modèle - modèle à la base carrée et aux pieds plats d'Auguste Rodin, fondue entre 1905 et 1917 par Alexis Rudier (voir Gazette n° 38, page 28). Pas moins de 400 000/600 000 € sont à envisager pour emporter ce fruit emblématique du travail naturaliste du maître. Le reste de ce programme complet comprendra de la peinture moderne avec Les Deux Petits Sœurs de l'artiste lyonnais Étienne Morillon (15 000/20 000 €. Voir Gazette n° 39 page 101) et une gouache de Maurice Utrillo, Le Moulin de Sannois (12 000/15 000 €), mais aussi du mobilier ancien avec une commode début XVIIIe galbée sur trois faces, à deux rangées de tiroirs et en placage de bois de violette en frisage dessinant des motifs géométriques, estampillée François Mondon (4 000/6 000 €). S'y ajoutent de nombreux objets d'art et de décoration, de l'art asiatique ou encore une grand-croix de la Légion d'honneur ayant appartenu à Eugène Tisserand, membre de l'Académie des sciences et de l'Académie d'agriculture, et une croix de commandeur en or de l'ordre russe de Saint-Stanislas, accompagnée d'une carte de visite du député Félix Faure (3 000/5 000 €). 
dimanche 15 novembre 2020 - 14:30 - Live
Lyon - 8, rue de Castries - 69002
Conan Hôtel d’Ainay - Cécile Conan Fillatre Commissaire-Priseur Judiciaire
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