Hommes et femmes de la Révolution

Le 12 novembre 2020, par Claire Papon

Cet imposant recueil réunissant autographes et dessins pourrait être l’objet d’une belle bataille d’enchères. Un juste retour des choses puisqu’il concerne la Révolution française.

Henri Félix Emmanuel Philippoteaux (1815-1884), La Patrie en danger, aquarelle faisant partie d’un volume in-folio, Les Hommes de la Révolution d’après nature par Coste d’Arnobat, comprenant des autographes ainsi que des dessins originaux et aquarelles. 15,5 10,5 cm.
Estimation : 150 000/200 000 € (l’ensemble) 

C’est à Pierre-Nicolas Coste d’Arnobat (1731-1808), ancien gendarme de la maison de Louis XV devenu littérateur et journaliste, que l’on doit la publication en 1793 d’une brochure intitulée Anecdotes curieuses et peu connues sur différens personnages qui ont joué un rôle dans la Révolution. Réédité en 1830, à tirage restreint et sous un nouveau titre, le recueil précise qu’il s’agit de «pièces historiques ou inédites, pour servir à l’instruction du temps présent». Cette édition est ici présentée avec luxe, remontée en grand format, enrichie d’autographes des principaux protagonistes et de trente-cinq dessins originaux et aquarelles. Augustin de Saint-Aubin livre ainsi un portrait de Necker, Théophile Fragonard – petit-fils du grand Jean-Honoré – celui de l’exécuteur Sanson, Félix Philippoteaux montre Mirabeau à la tribune, les noyades de Nantes, La Patrie en danger (voir photo) ou L’Engagement des volontaires. Auguste Raffet laisse vingt-sept vigoureux dessins préparatoires (crayon noir rehaussé de lavis) pour L’Histoire des Girondins de Lamartine, la plupart annotés. Marie-Antoinette y côtoie Couthon, Billaud-Varenne, Dumouriez, Tallien, Robespierre, Fouquier-Tinville, Bonaparte… Parmi les écrits, tous les genres ou presque sont présents : d’une lettre d’amour écrite par Camille Desmoulins à une demoiselle au manuscrit autographe du pamphlet de Jean-Paul Marat Lettre de l’Ami du Peuple à l’auteur des Révolutions de France et de Brabant, en passant par de rarissimes devoirs d’écriture de Louis XVII et de Madame Royale, une lettre de Fabre d’Églantine au sujet de sa tragédie Agathocle, une autre du gouverneur de la Bastille, le marquis de Launey, sur la détention du cardinal de Rohan. Ou encore un procès-verbal signé par Mirabeau de l’entrée du marquis de Sade au donjon de Vincennes le 13 février 1777 ou celui de l’arrestation et de l’interrogatoire de Charlotte Corday après l’assassinat de Marat. Un dossier aussi foisonnant que le fut cette fin de XVIIIe siècle…

Agenda
Un peu plus de 300 numéros jalonnent cette dispersion numérotée 36 dans les collections Aristophil (voir Gazette n° 39, page 12). Le catalogue s'ouvre sur un ensemble de livres précieux ayant appartenu pour la plupart à Napoléon, Joséphine ou à Marie-Louise dont un exemplaire des Considérations sur l'art de la guerre du général Rognat rageusement annoté par Napoléon à Sainte-Hélène (30 000/40 000 €). Parmi les lettres des rois de France de François Ier à Louis XVIII, on a retenu celle du futur Henri IV (vers 1578) à Catherine de Médicis la suppliant de mettre fin aux guerres de religion (8 000/10 000 €). À leurs côtés, des personnages se pressent comme Louise de Savoie écrivant à Anne de Bretagne, ou Cagliostro rédigeant une prière impie contre Louis XVI et Marie-Antoinette (2 500/3 000 €). Un album rassemble les principaux acteurs de la Révolution française (150 000/200 000 €) et un volumineux manuscrit des Mémoires de Cambacérès dans leurs versions successives (40 000/50 000 €). L'épopée napoléonienne revit à travers des documents du siège de Toulon à Sainte-Hélène. Quelques jours avant d'épouser Joséphine, il lui adresse une lettre d'amour ardente et tourmentée (60 000/80 000 €), et, dans son exil, trompe son ennui en apprenant l'anglais avec Las Cases… Au XIXe siècle, on retiendra la correspondance spirituelle de Lacordaire à Mdame Swetchine – célèbre convertie au catholicisme – (3 000/3 500 €), les écrits de Lamartine en 1848, le journal intime de Victor Schoelcher (5 000/7 000 €), ou l'abondante correspondance, amoureuse et érotique, d'Alexandre II avec sa maîtresse Katia (5 000/7 000 €). La Grande Guerre enfin est racontée à travers le journal et les albums photographiques de l'abbé Loys Roux (10 000/15 000 €), la seconde revit avec quelques-uns de ses acteurs – De Gaulle, Saint-Exupéry, Churchill, Eisenhower…
jeudi 19 novembre 2020 - 02:00 - Live
12, rue Drouot - 12, rue Drouot - 75009
Drouot Estimations , Les Collections Aristophil
La Gazette Drouot vous offre 4articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne