Winter Bruneaf, arts premiers en fête à Bruxelles

Le 04 janvier 2018, par Alexandre Crochet

Ce parcours dans les galeries du Sablon fait la part belle aux œuvres de qualité et accessibles, invitant les collectionneurs à musarder parmi les découvertes de marchands belges comme internationaux. Tour d’horizon.

République démocratique du Congo, fin XIXe-début XXe siècle. Statue congo, h. 28 cm, bois, verre, galerie Didier Claes.
PHOTO GALERIE DIDIER CLAES

Plus jeune, plus concentrée et plus intimiste que sa grande sœur du mois de juin, Winter Bruneaf pour Bruxelles Non European Art Fair fait partie de ces manifestations discrètes et néanmoins précieuses dont le marché et les amateurs ont besoin. Lancé en 2011, ce parcours de galeries d’art tribal se déroule, comme son nom l’indique, en hiver, pendant le calme mois de janvier, principalement autour de la place du Sablon, dans le quartier historique des antiquaires de Bruxelles. «Winter Sablon est né quand les marchands d’arts premiers ont souhaité se dissocier des nocturnes des Sablons, qui se déroulaient à la veille des fêtes de fin d’année et auxquels ils participaient, tout comme d’autres commerces tels les chocolatiers. Ni les marchands ni les habitués de ces galeries ne s’y retrouvaient dans ce public mélangé», explique Didier Claes, qui vient d’être réélu à l’unanimité président de l’association sans but lucratif Bruneaf. Un poste que ce marchand bruxellois charismatique et toujours élégant connaît bien pour l’avoir occupé depuis 2013, à l’exception d’une courte parenthèse à compter de février dernier, quand son confrère Serge Schoffel a pris le relais. «Devant le succès grandissant de la Brafa, nous avons décidé de décaler la manifestation pour s’accorder à celle-ci», ajoute-t-il. Un choix judicieux : en se tenant en même temps que cette importante foire d’art et d’antiquités, la première dans le calendrier, Winter Bruneaf bénéficie indéniablement de passerelles avec ses visiteurs. Mieux encore, le renforcement, ces dernières années des arts premiers au sein de la Brafa, sans doute la foire où l’on trouve le plus d’exposants dans cette spécialité, soit une dizaine, renforce l’attractivité de Bruxelles dont elle incite à braver les frimas. «De plus en plus de visiteurs de la Brafa se rendent à Winter Bruneaf, il y a aussi un bon bouche-à-oreille», confirme le marchand parisien Renaud Vanuxem, qui participe au salon d’art tribal pour la quatrième fois. «La Brafa apporte d’autres types de visiteurs, précise Didier Claes, certains collectionnant dans d’autres spécialités que la nôtre.»
Format resserré
Avec moitié moins de galeries que sa grande sœur la Bruneaf de juin, soit vingt-quatre professionnels dont un éditeur et une maison de ventes, le format hivernal se veut plus resserré. Quand la Bruneaf pré-estivale se joint aux arts d’Asie et à l’archéologie sous la bannière «Cultures», elle préfère se positionner clairement sur l’art tribal. «Nous ne fermons toutefois pas la porte aux autres spécialités, confie Didier Claes, ainsi nous accueillons la galerie bruxelloise Kitsune, dédiée au Japon.» Et de préciser que, mi-décembre, le maintien de Bruneaf en juin sous l’ombrelle de Cultures a été acté malgré les velleités de scission, mais s’accompagnera d’une visibilité plus grande.

 

Burkina Faso, bronze, proto-voltaique, h. 5,5 cm. Galerie Renaud Vanuxem.
Burkina Faso, bronze, proto-voltaique, h. 5,5 cm. Galerie Renaud Vanuxem. PHOTO VINCENT GIRIER DUFOURNIER


Vetting spécifique
Si Winter Bruneaf compte logiquement un plus petit nombre de marchands étrangers qu’au printemps, une poignée d’entre eux a choisi, plutôt que de louer un espace dans les galeries de confrères belges, de se réunir en un même lieu au sein de la Nonciature (voir interview de Bruce Frank). Située sur la belle place du Sablon, cette ancienne ambassade du Vatican au XIXe siècle ne manque ni d’allure, ni de cachet. Pendant Bruneaf, en juin, c’est dans ses murs que sont organisées par le salon les expositions de prestige d’arts premiers. «C’est un très bel écrin, à nous d’apporter les perles», résume le marchand parisien Renaud Vanuxem. Outre les deux jours de vetting général assuré par une poignée d’experts, «nous y faisons un vetting spécifique entre nous, et nous nous cooptons. Tout est gardé pas loin de là pour le Parcours des Mondes, et il y aura cette fois encore de très belles choses à découvrir pour la première fois, des œuvres originales et jamais montrées», ajoute-t-il. Les amateurs ne devraient pas être déçus par les pièces présentées par Renaud Vanuxem à Bruxelles. Au chapitre des arts océaniens figure un focus sur la Nouvelle-Guinée avec une figure d’ancêtre Yangoru Boiken. Parmi les pièces représentatives de l’Afrique, il montrera des œuvres mumuye du Nigeria. L’un des clous de sa présentation devrait être un très ancien bronze d’Afrique de l’Ouest, du Burkina Faso. Cette «découverte», personnage minuscule par sa taille environ 5 cm de haut mais magistral par sa qualité, est «remarquable par sa belle patine de fouille, certainement un chef-d’œuvre dans ce corpus».
Retour aux fondamentaux
Fidèle de longue date, Renaud Vanuxem vante les qualités d’une manifestation comme Winter Bruneaf, qui permet de «revenir au cœur du métier d’antiquaire, aux fondamentaux, notamment en exposant des œuvres singulières et de qualité, à moins de 20 000 € ». Proposer des œuvres accessibles, comparées à la flambée des résultats en vente aux enchères, tel est l’un des motti de Winter Bruneaf. «À Bruxelles, nous sommes beaucoup de marchands découvreurs, en particulier pour les pièces du Nigeria et du Congo, autour de la place Saint-Jacques, raconte Didier Claes. Notre force est de pouvoir montrer des pièces anciennes restées dans les familles coloniales belges.» Les marchands étrangers et spécialement français ne s’y trompent d’ailleurs pas et viennent profiter de cette manne fraîche en vue des prochains salons internationaux… Parmi les exposants locaux, ne manquez pas Congo Gallery, dirigée par Marc Felix, grande figure du marché belge, connu pour ses pièces du Congo, comme son compatriote Martin Doustar. Le Bruxellois Renaud Riley a quant à lui opté pour un masque punu du Gabon aux pâles traits fins. Chez les «étrangers», le Milanais Dalton Somaré proposera entre autres un classique : une figure de reliquaire kota du Gabon. Autre classique chez le Français Bruno Frey, avec un beau masque dan du Liberia. Venue des Pays-Bas, Sanne Nies apporte notamment un étonnant masque dan diomandé de Côte-d’Ivoire. Si le moyen marché est l’un des grands axes de Winter Bruneaf, ce principe n’exclut pas, ici et là, que des pièces de très haut niveau soient proposées. Ainsi, Didier Claes a-t-il décidé pour attirer les collectionneurs dans sa galerie, légèrement excentrée car désormais située dans le quartier des galeries d’art contemporain et non au Sablon, de miser sur des objets d’exception dont une importante statue bakongo à plus de 300 000 € tandis qu’à la Brafa, il exposera des œuvres plus accessibles. Les amateurs fortunés et exigeants ne seront ainsi pas oubliés…

 

Papouasie Nouvelle-Guinée. Figure d’ancêtre de la rivière Ramu, acquise par le Linden Museumen 1899, galerie Bruce Frank.
Papouasie Nouvelle-Guinée. Figure d’ancêtre de la rivière Ramu, acquise par le Linden Museum
en 1899, galerie Bruce Frank.
PHOTO GALERIE BRUCE FRANK


 

3 QUESTIONS À
BRUCE FRANK

Que représente pour vous la participation à Winter Bruneaf ?
Ce sera ma troisième année consécutive. Ma motivation vient de l’opportunité de m’associer à un groupe de confrères et amis, Joaquim Pecci, Renaud Vanuxem, Olivier Castellano et Adrian Schlag. J’ai beaucoup d’estime pour leur goût et leur professionnalisme. De plus, l’espace e l’ancienne Nonciature, où nous présentons notre exposition-vente en commun, est vraiment magnifique. À chaque fois, je rencontre de nouveaux collectionneurs de toute l’Europe. L’année dernière, j’ai fait la connaissance de Russes et de Polonais.

Que montrez-vous cette année ?
Pour cette édition, j’ai choisi le thème de «L’art indo-pacifique» avec vingt-deux objets d’Indonésie, de Papouasie - Nouvelle-Guinée, la plupart des pièces ayant une importance historique et une provenance ancienne. Je montrerai entre autres une figure d’ancêtre de le la rivière Ramu, de Papouasie - Nouvelle-Guinée, acquise par le Linden Museum en 1899, une tête sépik de la tribu Latmul de la même région, auparavant dans les collections célèbres d’Harry Beasly et de Walter Bondy, ou encore pour environ 5 000 $, un gardien du Ris de la tribu Dayak, issu de Bornéo.

Comment se porte le marché pour ce type de pièces ?
Le marché de l’art océanien reste assez fort en ce moment pour les pièces de grande qualité, en raison de leur rareté, et du nombre de collectionneurs et d’institutions désireux d’acheter des œuvres.    
À voir
Winter Bruneaf, au Sablon, Bruxelles.
Du 24 au 28 janvier 2018.
www.bruneaf.com
Bienvenue, La Gazette Drouot vous offre 4 articles.
Il vous reste 3 article(s) à lire.
Je m'abonne