Valadon et ses contemporaines. Peintres et sculptrices, 1880-1940

Le 15 juin 2021, par Sarah Hugounenq
Suzanne Valadon (1865-1938), La Chambre bleue, 1923, Limoges, musée des beaux-arts, détail.
© Centre Pompidou, MNAM-CCI, RMN-Grand Palais Centre Pompidou

C’est un travail d’enquête de plusieurs années qui a manqué de peu d’être sapé par la pandémie. Réunir une cinquantaine de femmes artistes de la première moitié du XXe siècle n’est guère chose aisée, ni dans la localisation des œuvres ni dans l’agencement du propos. Dans un accrochage qui rime parfois avec inventaire, des noms connus, de Camille Claudel à Sonia Delaunay, des figures réhabilitées dans leur caractère créateur telles Sophie Taeuber-Arp ou Nadia Léger, mais aussi de nombreuses signatures restées dans l’ombre comme Émilie Charmy se dévoilent au fil de l’exposition. Car si Suzanne Valadon est ici mise en avant, elle n’est que l’accroche d’un propos la dépassant : le rôle joué par les femmes dans les avant-gardes. Malgré l’accueil de la figure d’Hélène Bertaux – fondatrice de l’Union des femmes peintres et sculptrices –, le parcours se veut plus artistique que féministe. «Toutes luttent contre les schémas patriarcaux et veulent être reconnues comme artistes, non comme femmes, prévient Magali Briat-Philippe, conservatrice en chef et l'une des commissaires. Nous avons cherché à démonter des schémas de pensée en abordant leur rapport à l’art». L’idée de motifs naturellement féminins est battue en brèche au gré de la connotation érotique des fleurs de Séraphine de Senlis et de la brutalité expressionniste d’une mère à l’enfant par Tamara de Lempicka, tandis que la Boîte de nuit dépeinte avec fougue par Lou Albert-Lasard ou le magnifique Scipion le noir de Marie Vassilieff affirment leur liberté. Fourni, l’accrochage aurait gagné à se concentrer sur moins de figures en approfondissant leurs destins, styles et apports à la modernité. Cette exposition est donc bien un premier jalon appelant des projets d’études plus poussées, que certains musées ont déjà enclenchées en réattribuant certaines de leurs œuvres à des artistes jusqu’alors négligées ou simplement méconnues.

Monastère royal de Brou,
63, boulevard de Brou, Bourg-en-Bresse (01), tél. 
: 04 74 22 83 83.
Jusqu’au 5 septembre 2021.
www.monastere-de-brou.fr
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